COLO

                               Rédaction et photos : Fabienne Zutterman 

 

            Ce mercredi 8 novembre 2023, notre Casa Nicaragua liégeoise faisait la fête aux petits plats persans à sa table d’hôtes. Dans une joyeuse effervescence, la porte ne cessait de s’ouvrir sur des visages réjouis. Hasard ou heureux concours de circonstance, cette atmosphère festive accueillait aussi la conférence d’Alessandra Devulsky au sein de l’ASBL Cercle Ouvert.

            À l’arrivée d’Alessandra, le soleil brésilien a fait sa joyeuse entrée. Tout a semblé plus lumineux. Son sourire, son regard plein de feu, son accent chantant, tout en elle était séduction. À peine arrivée de Montréal, en dépit de la fatigue, la jeune femme explosait d’enthousiasme et surtout d’envie de partager sa vie. Elle s’est assise à notre table et les mots se sont d’emblée tissés pour nous raconter son histoire. Fascinée, je savourais en silence les émotions sur son visage et sur ses lèvres. Tout en elle était beauté.

            Avocate, docteure en droit économique et financier de l’Université de São Paulo et professeure à l’Université du Québec, ses titres sont impressionnants, mais, devant moi, c’était une jeune femme naturelle, spontanée qui aurait pu incarner l’amie en train de partager son parcours de vie. Nous étions à l’aise et toutes, à table, déjà subjuguées par son discours. La conférence s’annonçait féconde.

 

            Son livre, Le Colorisme - Métissage, nuances de couleurs de peau et discriminations, paru cette année en français aux Éditions Anacaona-Littérature brésilienne, Féminisme et Diversité, nous rassemblait grâce à Ivana Peterkova, responsable du Cercle Ouvert. La jeune femme à la peau très claire, blonde comme les blés, au regard azuré et à l’accent, lui aussi, chantant, aux côtés d’Alessandra, à la peau caramel, aux cheveux noirs et aux yeux de braise : les couleurs ont pris la parole au premier regard. Car c’est bien de couleurs dont il est ici question.

            Sous-produit du racisme, le colorisme hiérarchise les personnes en fonction de la teinte de leur peau. Plus elle est claire, écrit Alessandra Devulsky, plus elle est appréciée et valorisée. Et l’autrice d’évoquer les origines violentes du colorisme au Brésil au temps de l’esclavage et de la colonialité. Ce n’était soudain plus la femme bardée de diplômes qui nous parlait, mais la petite fille sensible qui voulait tout comprendre et surtout, pourquoi sa grand-mère noire boitait. Nous voici tous plongés au cœur de la violence, réalité brésilienne métissée, et de ses tabous familiaux. Il a fallu gratter des couches de fierté, bien ou mal placées, pour découvrir la vérité. Horrible, honteuse et si pénible à exprimer. Si sa grand-mère boitait, nous a-t-elle confié d’une voix sourde où grondaient encore ses colères d’enfant, c’est que des maîtres blancs sans scrupules l’avaient battue presque à mort. Et la petite Alessandra d’ouvrir les yeux sur la vie de sa famille. Sur les nuances de leur peau blanche, noire ou caramel et les conséquences indéniables de cette couleur sur la vie de chacun.

            L’autrice nous a ensuite emmenés dans le Brésil contemporain où la majorité de la population est noire (foncée ou claire). Dans une société métisse, dans laquelle l’élément noir est prépondérant dans la construction des identités, lit-on p.122 de son ouvrage, le colorisme sert d’aimant qui amalgame les racisé. es et, donc, soumet ces identités au racisme. On comprend que la lutte antiraciste d’Alessandra passe par la lutte contre le colorisme. La grande conquête des mouvements sociaux actuels, souligne-t-elle encore, est d’avoir réuni l’ensemble des Noir.es, des carnations les plus foncées aux plus claires, mettant ainsi fin à un éclatement qui opposait des personnes de la même communauté et niait tout l’éventail des négritudes de la diaspora... Les Noir.es à peau claire, tout en reconnaissant certains de leurs privilèges, peuvent aussi vivre pleinement leur négritude.

            Au fil de son récit, nous nous rapprochions tous d’Alessandra. La petite fille de jadis avait bondi en nous, la lance de la révolte au poing. Chacun de nous, dans le public, avait éprouvé les couleurs au plus profond de sa chair à une époque ou l’autre de sa vie. Nous avions chacun notre combat personnel contre le racisme et une irrépressible envie de le partager avec l’autrice. Les échanges qui ont suivi nous ont tous bouleversés. Je tiens à remercier madame Marieme Kaba, la blogueuse Mulakoze ainsi que l’auteur Abou Diako pour leur intéressante intervention lors de ces échanges.  

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Le livre d’Alessandra Devulsky, Le Colorisme-Métissage, nuances de couleurs de peau et discriminations, est disponible à l’emprunt à la bibliothèque du Cercle Ouvert à la Casa Nicaragua, rue Pierreuse, 23 à 4000 Liège.

            Les prochaines dates d’ouverture de la bibliothèque, au 2e étage de la Casa Nicaragua, sont le mercredi 29 novembre de 14 h à 18 h et le samedi 2 décembre de 11 h à 17 h.

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Publié le 20 Novembre 2023 par
Patrick Ndibwalonji

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