LE PECA… KESAKO ? RENCONTRE AVEC NOIR ARTIST
Interview : Chealsey, Ethan, Julien et Paul
Rédaction : Cécile Botton / Photos : CSS Saint-Joseph de Dolhain
Il y a quelques temps, NOIR Artist est allé à la rencontre des élèves du Centre Scolaire Spécialisé Saint-Joseph de Dolhain. Dans un premier temps, les élèves de la section d’horticulture l’ont interviewé et dans un second temps, il a présenté le projet fresque à l’ensemble de l’école. Celle-ci sera inaugurée le mercredi 3 juillet à 16h.
À la rencontre de NOIR Artist
En amont, lors du cours de français, Chealsey, Ethan, Julien et Paul ont analysé différentes œuvres de NOIR Artist afin de rédiger les questions qu’ils avaient envie de poser à l’artiste. Tout un travail axé sur l’observation et la langue française.
Julien : Comment avez-vous découvert l’univers de l’art ?
Lucien : « À la fin du secondaire, j’ai décidé de m’inscrire à Saint-Luc où il y avait un côté créatif et artistique. Et c’est un peu par hasard que j’ai découvert des techniques de peinture et de dessin qui m’ont passionnées. »
Chealsey : Pourquoi avoir choisi le nom « NOIR Artist ?
Lucien : « Au début, je travaillais uniquement avec des pigments noirs, des crayons noirs, de l’acrylique noir et quand j’ai commencé à travailler avec mon frère, on a décidé de donner un nom à notre activité… NOIR Artist, c’est mon frère et moi et NOIR, ça résumait de manière claire et précise mon style. »
Martin : « Parfois tu vois des œuvres d’artistes que tu aimes bien, mais tu ne sais pas qui est l’auteur, tu n’arrives pas le retrouver. Chez Lucien, comme la touche principale, c’est le noir et le blanc… On s’est dit que NOIR Artist serait plus facile à retrouver car ça correspond bien à ce que tu vois. »
Paul : Pourquoi y a-t-il un aigle en-dessous de « NOIR » dans votre logo ?
Lucien : « En fait, c’est un corbeau stylisé. Quand j’ai créé le logo en 2013, j’avais envie d’avoir un petit symbole en plus du nom NOIR. J’aime bien la symbolique du corbeau. Un oiseau noir, c’est un oiseau qui a la capacité d’enregistrer toutes les images qui percutent son champ de vision. S’il aperçoit un visage, juste 2 secondes, il va le retenir durant des semaines et va communiquer avec d'autres corbeaux… Et du coup, j’aime bien le côté de cet oiseau qui enregistre toutes les informations. »
Paul : Pourquoi la plupart des œuvres sont-elles en noir et blanc ?
Lucien : « Quand j’ai commencé mes études artistiques, la première technique que j’ai découverte, c’est le crayon… Je trouvais fascinant de réussir à faire un élément réaliste juste avec un crayon. Et tout simplement, c’est quand même le noir et blanc qui me plait le plus ! »
Julien : A quel moment vous êtes-vous associé avec votre frère ?
Lucien : « Un an après la sortie de mes études supérieures, j’avais juste l’envie de faire plein de projets, d’exposer dans des galeries, mais c’était compliqué car il fallait monter des dossiers, il y avait la comptabilité et tout ça…et moi je voulais juste créer. Du coup, mon frère Martin m’a proposé de travailler avec moi. C’est lui qui gère l’administratif et les contacts et ça c’est vraiment super pour moi. »
Chealsey : Comment s’appelle votre première œuvre ?
Lucien : « La toute première œuvre ??? J’en ai fait tellement pour le fun… Mais une des premières qui ait bien marchée, c’était un portrait de Marilyne où j’avais fait la moitié en tête de mort. Voilà, un côté pop art à ma sauce. »
Chealsey : À quel endroit avez-vous réalisé votre première œuvre ?
Lucien : « C’était dans le Carré à Liège dans un petite rue, mais la fresque a été effacée depuis. C’était il y a 10 ans déjà, ma première expérience de fresque. »
Julien : Quelle sont les références que vous utilisez ? Qu’est-ce qui vous inspire ?
Lucien : « Je m’inspire de la culture asiatique, même si je n’ai jamais été en Chine ou au Japon… Mais dans mon enfance, j’ai toujours été attiré par les mangas, les vidéos japonaises, les cartoons… Et puis il y a des références au pop art, au cinéma, … En fait tout ce que je vois, qui m’intéresse et me plait graphiquement, je prends note, je prends une photo, et un jour, je finis toujours par faire quelque chose avec. »
Paul : Pourquoi aimez-vous représenter des animaux « déformés », irréalistes ? Lucien : « C’est parce que j’aime beaucoup le mouvement artistique surréaliste dont Magritte et plein d’autres artistes surréalistes. Et tout simplement, j’ai un esprit qui part dans tous les sens… J’aime bien m’amuser avec tout ce qui passe devant moi ! »
Julien : Pourquoi aimez-vous représenter des paysages ou personnages abstraits ?
Lucien : « C’est encore mon côté surréaliste, J’aime prendre un tigre et le combiner avec un oiseau et lui rajouter une queue de dragon et puis que ce soit réaliste mais en m’amusant un peu avec tous les éléments pour raconter une histoire… C’est aussi le côté abstrait dans mes œuvres. »
Ethan : Quel est votre animal préféré dans vos représentations ? Pourquoi celui-là ?
Lucien : « Clairement, c’est le tigre, c’est un animal que j’ai déjà peint des centaines de fois. J’aime bien l’aspect visuel et toute la symbolique qui se cache derrière le tigre. Dans chaque culture, il y a une symbolique différente et une explication différente. Ensuite, viennent les oiseaux qui symbolisent la liberté. »
Julien : Pourquoi sur l’œuvre « Pencil on paper », sur la tête de l’oiseau, il est indiqué « 1984 » ?
Lucien : « C’est une œuvre que j’avais envie de faire sur le thème du livre 1984 de Georges Orwell qui a été écrit en 1948. Ce livre décrit une société, un peu comme aujourd’hui, où tout le monde est surveillé par des caméras. L’auteur parle aussi d’animaux qui ont une caméra dans leurs yeux… Voilà, c’est une référence à ce livre-là. C’est une dystopie, et j’ai fait toute une série d’œuvres sur ce thème-là. Une dystopie, c’est imaginé un futur qui se passe mal, c’est le contraire d’utopie qui montre le rêve. Comme l’IA, le rêve, c’est imaginer que cela aide les humains à faire plein de choses et la dystopie, c’est imaginer que les robots prendront le pas sur l’homme. »
Martin : « C’est impressionnant de se dire qu’Orwell ait imaginé un futur qui en fait se réalise… En 1948, il n’y avait pas de smartphones ! »
Paul : Pourquoi retrouve-t-on parfois des armes sur certaines œuvres ?
Lucien : « C’est vrai que dernièrement, j’en ai rajouté quelques-unes… j’aime bien travailler avec des éléments qui s’opposent, avoir des œuvres où il y a un grand contraste… des éléments d’amour et de haine qui cohabitent et interagissent entre eux comme un fusil avec au bout une fleur ou un oiseau qui s’envole… »
Martin : « Dans une œuvre, tu veux faire passer certains messages Quelquefois c’est difficile et quand tu mets un élément qui n’a peut-être rien avoir le reste, ça va faire passer ton message. Par exemple, une arme, c’est un élément violent, brut qui va attirer ton regard et tu vas te demander pourquoi l’artiste l’a mise là ? »
Julien : Pourquoi la plupart des représentations « humaines » ne portent-elles pas de vêtements ?
Lucien : « Je fais beaucoup de portraits féminins et quand je mets des vêtements, j’aime bien mettre juste une masse noire, c’est juste personnel. Quand j’ai un buste, ça me permet de rajouter des tatouages… Je ne sais pas, il y a quelque chose d’assez esthétique, naturelle, tout simplement. »
Ethan : Quelles difficultés avez-vous déjà rencontré afin de financer certaines œuvres ?
« Dans le milieu artistique, il y a peu d’aides pour réaliser nos projets, on doit se débrouiller pour les financer. En fait, l’art c’est complexe car tu as envie de créer des grandes œuvres, de dessiner, de peindre, de faire passer des messages pour tout le monde… L’art, c’est beau mais pour en vivre on doit le vendre. Ça a un coût ! Et le plus difficile, c’est parfois d’équilibrer le côté artistique et le côté business. »
Ethan : « Est-ce que vous gagnez bien votre vie ?
Lucien : « En tant qu’artiste, ce n’est pas évident, c’est une bataille au quotidien, mais j’ai la chance de gagner correctement ma vie ! »
Martin : « En fait, souvent on regarde si on est heureux en fonction du salaire que l’on perçoit. Et j’aime bien nuancer un petit peu car c’est vraiment un métier de passion pour Lucien. Il crée son art, il fait ce qu’il a envie de faire et moi je gère les projets que je décide avec lui de mettre en place et ça, ça n’a pas de prix ! Quand on est jeune, on se dit qu’on sera heureux si on gagne beaucoup d’argent, mais il faut essayer de penser différemment et voir ce qui nous passionne… Et si on arrive à en faire son métier, c’est gagné. »