En août 2017, mon vieux pote Gilles m’avait bien généreusement convié dans les entrailles baveuses du quartier Saint-Léonard pour quelques heures assez mouvementées au Micro Festival. Très bons souvenirs que je ressasse goulûment avec le stakhanoviste Charles-Henry Sommelette qui exposait alors dans une annexe du festival son énorme travail, des toiles immersives ciselées au fusain. Côté musique, j’avais retenu Cocaïne Piss, Osica et Bad Breeding. Mais est-ce que tout ça vaut encore le coup sept ans plus tard ? N’est-ce pas surfait ? Est-ce que je suis pas trop vieux pour ces conneries ? Quitte ou double.

Sur le papier, le festival reste fidèle à ses fondements. Proposer une affiche alternative éclectique pour une assistance limitée. Mais il est clair que l’infrastructure et l’agencement du site permettraient facilement de doubler sa capacité sans risques. Les organisateurs tiennent bon et on s’en réjouit. En effet, une fois sur place, pas de files interminables au bar, seulement quelques minutes pour un pain saucisse, et les endroits de repos pour nos vieilles carcasses sont souvent disponibles. C’est efficace, que demander de plus ?

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Vendredi soir, la météo est clémente, les dieux sont avec nous. Je découvre tardivement l’écriteau lumineux jaune MICRO suspendu au milieu de la rue des Haveurs. Quelques baraques à bouffe après l’entrée, et je bascule illico sous la tente principale, la Circus stage. Il est 22h, il y a Holy Tongue. Un trio composé d’une jolie percussionniste accompagnée de ses deux musiciens qui proposent une version épurée d’une dub raffinée proche d’un post-rock au tempo retenu. Y’a du monde mais on respire. J’atterris en douceur, ça commence plutôt bien… J’en profite pour continuer le tour du propriétaire. 

Je retrouve les copains à l’Oasis, la scène jaune qu’on la surnomme. PRZ balance une grosse techno qui décalamine mes soupapes encrassées de diesel enrhumé. Ça grouille de tous les côtés. Ça gueule à gauche, ça gueule à droite. Des bras se lèvent, et l’ambiance du vendredi soir monte crapuleusement. On continue notre promenade en testant une petite bière locale. On est coincés dans une boucle ‘Bar-scène’ qui va faire très mal. 

La clôture de ce premier jour se fait à la Microclimax, qu’on appellera la Pyramide. C’est Charlotte Pepe qui prend la relève après la drum and bass de AZO. Elle enchaine des disques de funk sensuel et élégant. La piste de danse est très vite assaillie par les déhanchés les plus sexy. Charlotte a très bien appris ses leçons : Un dj qui fait danser les filles est un dj qui a réussi. L’univers de l’artiste est à deux doigts du Paradise Garage new-yorkais de Larry Levan. On est de retour dans le milieu des années 80 dans les refuges libertaires. On danse jusqu’à la fin du set. Pour moi, c’est sûr, notre dj a désormais sa place au panthéon mythique de la fusion funk/house/disco. J’espère cependant la revoir dans un format beaucoup plus long. Un set de quatre heures serait idéal pour se mettre dans le bain. Je reste sur ma faim !

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Samedi après-midi de lendemain de veille. La boucle fut infernale… J’ai le crâne qui rayonne. Je zone quelques heures devant les Jeux olympiques avant de me décider d’embarquer dans ma berline de luxe. Je fonce directement à la scène jaune. Une jeune fille gueule dans un micro… Drôle de spectacle. Oonagh Haines ne va pas arranger ma biture… Aux frontières entre malaises et interrogations sur fond de musique électronique contemporaine. Ne plus être dans le coup signifie parfois s’économiser. J’excelle dans ce rôle.

 La partie anesthésiée de mon corps ne se réveillera que vers 23h30, sur la Circus, quand DITZ nous a lâché un gros pavé dans la tronche. Les Anglais ne rigolent pas. C’est noise et brutal. C’est du rock et c’est tout. Le chanteur à couettes est cliniquement instable. Il embarque une de nos pauvres mascottes sur la colonne en métal pour la punir de ses rebonds incessants dans la foule. Elle sortira heureusement indemne de son voyage au sommet du festival. Pour prolonger la punition, je vous conseille leur album : https://ditzband.bandcamp.com/album/the-great-regression 

Quelques gouttes de pluie innocentes, mais par un réflexe binaire on se réfugie rapidement sous la scène jaune. On arrive à temps pour Wata Igarashi  qui envoie une techno aiguisée et rapide. Le dj japonais assomme la fosse à coups de beats serrés. L’auditoire se lâche en sentant l’heure tourner.  Quand la musique s’arrête, un tonnerre d’applaudissements pour l’artiste. Les anonymes se dévisagent. Certains semblent perdus, on lit dans leurs gestes et leur démarche un désemparement propre aux voyageurs qui sortent d’un vol long-courrier. D’autres attendent un rappel qui ne viendra jamais. L’air se remplit déjà d’images hallucinées et d’échos fracassés qui nous suivront à l’aube quand nos oreilles retrouveront la vue. 

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Le dimanche est passé en un éclair. J’ai raté les chaises musicales. Et je le regrette… J’ai raté aussi les expos, honte à moi. Pour l’année prochaine ? Who knows ? À ma décharge, je ne suis juste qu’une victime collatérale supplémentaire de l’énergie du festival. Des rencontres à chaque carrefour. Un concentré de têtes qu’on connait. D’autres copains qu’on a connus parfois dans une autre vie, et qu’on salue chaleureusement, avec qui on s’arrête un instant qui dure souvent un quart d’heure. On perd alors notre petit groupe initial. On les cherche pendant dix minutes et sur ce laps de temps, on croise d’autres nouveaux copains avec qui on termine au bar… Petit arrêt sur le banc en skis, devant le bar à cocktail du fond, je ne recommencerai pas l’expérience de la vodka-bière. 

Il est déjà 21h30, on attend impatiemment le groupe de Derya Yildirim. La fusion entre Orient et Occident, traditions et modernité, accélération et ralenti, psychédélisme et groove. La chanteuse multiinstrumentiste nous sort des solos de saz magnifiques. Tout est rodé au micron. Le batteur m’obnubile. On traverse des pages d’histoire de culture anatolienne, on revient à coup de ligne de basse dans les quartiers afro-américains… Tout ça ici, sous une tente de concert au fin fond de Liège. Je m’accroche comme je peux à chaque instant, mais merde, ça file…

On va se finir à l’Oasis, mais la liaison est délicate. La fin du weekend arrive à une vitesse spectaculaire. On en profite pour liquider quelques tickets, et commencer à ronger notre nostalgie… Demain c’est déjà un nouveau lundi, la transition dans le monde réel sera chaotique…        

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Je ne vais pas tergiverser, le Micro Festival de cette année est, et restera, une parfaite réussite. On peut toujours aussi fébrilement ressasser comme de petits vieux gâteux l’augmentation du prix de la place, mais n’oublions pas de la mettre en parallèle avec les litres de sueur des organisateurs et des bénévoles, la situation idéale du festival, son infrastructure harmonieuse et, surtout, avec les belles années pourries de récession que nous (avons vécu) vivons – vivrons (encore). Il fallait donc choisir entre un divertissement de qualité qui répond aux attentes les plus élémentaires (toilettes et points d’eau gratuits !) ou observer sa propre faillite en croisant les bras… 

Néanmoins, ne nous leurrons pas, nous savons que cette culture pseudo-alternative empruntera toujours la voix du plus fort. L’underground ne peut plus attendre de miracle en essayant de prospérer – survivre – avec les mêmes moyens de production que la culture dite ‘mainstream’. Ils sont les deux faces d’une même pièce dans un éternel dialogue de sourds qui finira par les achever en même temps. Reste à savoir quand… 

PS : Cécile, je ne t’oublie pas. J’ai gardé mon abonnement à la Croix-Rouge. Je pense fort à toi. À très bientôt. 

Publié le 9 Août 2024 par

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