ZAATAR ET SON OUD

Chronique/Interview Olivier Sogan et Nader Mansour / Photos : Marine Rigo

Deep In Jam, ça vous parle ? Un groupe hétérogène aux instruments variés, que nous avions interviewé en janvier 2017 ! Il y a quelques jours nous avons rencontré un de ses anciens membres, Zaatar. Armé de son oud, il démarre une carrière solo. Le visuel intitulé « My Homeland », signé Mustapha Mezmizi alias MyopicEyes, est un de ses premiers pas. Quatremille vous présente son vécu, son art et son implication dans la lutte palestinienne.

Nous nous sommes rencontrés place du Marché au premier étage de Lazeez, un petit restaurant palestinien à l’ambiance cosy. Sous une lumière tamisée, nous nous installons autour d’une théière remplie d’un breuvage fumant à la menthe fraiche. Contre le mur, le oud que Zaatar porte en bandoulière dans son clip et qu’il utilise pour composer ses titres.

© Marine Rigo

Zaatar est un guitariste de formation classique. En Palestine, où il voit le jour, cet amateur d’art et de musique reçoit un apprentissage rigoureux au conservatoire. Ensuite, il étudie la musicologie au Edward Said National Conservatory of Music, à Birzeit. Il choisit d’accompagner son « chemin dans cette vie d’art, pour rendre justice. »

Déjà guitariste accompli quand il arrive en Belgique, il intègre Deep In Jam, un groupe de musique du monde, avec lequel il se produit à différents endroits, comme à Vielsalm pour les Fêtes de Massotès, ou au Savedd Festival à Chênée.

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La mélodie pour refuge, le oud en guise d’arme

Et c’est justement en se produisant sur ces scènes, et en évoluant dans son nouvel environnement liégeois, que le guitariste fait un constat : « À Liège, il y a un très bon niveau musical. Cependant, si beaucoup de cultures y sont présentes, il existe un terrain vide sur lequel établir la culture palestinienne. » Evoluant actuellement en solo, il tente de réaliser le défi suivant : diffuser la culture musicale de son pays afin qu’elle soit davantage présente dans notre région. Il entend la propager, en vue de relayer un combat international : se dresser contre la colonisation.

Son oud est composé de noyer et de bois de fleur : deux bois originaires de Palestine. Un instrument qui représente plus qu’un moyen original de composer, car il fait partie de son identité musicale. Seule musique autorisée dans son pays avec la classique, il fut élevé au son des rythmes traditionnels de sa terre natale. Issus d’une génération née dans la lutte et la rébellion, les exilés continuent à porter haut l’héritage culturel, peu importe l’endroit où ils se trouvent aujourd’hui. Le oud, en plus d’être un choix original fait partie de son ADN.

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« Si je te parle en arabe, tu vas peut être faire l’effort de me comprendre, si je te parle en français tu me comprendras sûrement », déclare Zaatar.
C’est à travers la musique, « seul espace inviolé » de son pays qu’il se dévoile. Et pour se faire comprendre du public européen, il métisse son œuvre. La musique arabe étant très codifiée, elle peut parfois être moins accessible aux oreilles non-averties. Alors, pour transmettre son message, il associe rythmes européens et identité palestinienne.

Dans le visuel de « My Homeland » filmé (entièrement avec un iPhone) en 20 minutes à La Panne, on retrouve cette identité. On y voit, à l’heure du soleil couchant, Zaatar marcher sur la plage au pas de sa composition, et puis exécuter un Dabkeh, une danse traditionnelle de sa région. L’air de dire que jamais il ne se coupera de ses racines, que le soleil de la colonisation se couchera tôt ou tard et que, pour paraphraser un proverbe de chez lui, « il a les clés de la maison que tu habites ». Traduction : sa nation demeure à jamais la sienne, même occupée.

© Marine Rigo

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