LA TRANSCENDANCE À L’ARRACHE

Chronique : Anaïse Lafontaine / Correction : Ludovic Minon / Photographies : Emilie Cronet

Ambiance de folie, transpiration incontrôlée et hormones à profusion. Il y a peu, je me suis rendue au concert d’une des figures montantes de la nouvelle vague du hip hop francophone : Lomepal.

Impatience

J’ai découvert lors d’errances nocturnes sur youtube ce jeune rappeur-chanteur aux allures nonchalantes et à la voix suave. J’ai tout de suite adoré. Tout. Le style de son, sa voix au tempo parfois lent et joueur et surtout, l’honnêteté de ses propos. Lomepal n’y va pas par quatre chemins pour décrire avec des mots tranchant – vous avez la réf’ ? – son quotidien, ses questionnements, sa place dans la société ou encore sa vision de l’amour. Les réflexions qu’il incarne dans ses chansons font écho à toute la génération des millenials, qui se retrouve définitivement dans ses textes. Et le succès est au rendez-vous : le concert était sold-out depuis des semaines.

Bouillonnement

La première partie était assurée par Dimeh, jeune rappeur suisse, qui a vraiment assuré. Il était très à l’aise et parcourait l’espace scénique avec aisance. Il a totalement enflammé le public avec ses sons entraînants et ses beats dansants. C’était une découverte pour moi, mais apparemment pas pour tout le monde car le public était extrêmement motivé et réceptif. Un nom à suivre !

C’est donc dans une excitation et une impatience palpable que le public attend celui qu’ils sont venus voir : Lomepal. Du balcon, je pouvais sentir la chaleur monter d’en bas et voir encore plus de petites têtes arriver et se serrer pour voir le rappeur au plus près.

Maîtrise

Après un petit interlude de magie réalisé par un de ses compères, la voix de Lomepal se fait enfin entendre. Le public hurle lorsqu’il aperçoit la silhouette du rappeur arriver par la gauche. Les jeux de lumière sont un élément important du spectacle : l’aspect scénique et artistique est réfléchi, soigné. La production musicale est impressionnante. À l’écoute des albums de Lomepal, j’avais déjà remarqué ses talents de chanteur. Mais en live, sa voix qui porte et transporte me donnerait presque envie de l’entendre sur des tubes entièrement chantés. Aucune de ses chansons ne peut laisser de marbre. Il y en a pour tous les goûts : des chansons plutôt douces et personnelles à d’autres plus rythmées et dansantes. De quoi permettre au public de se défouler dans la fosse.

Aisance

« J’suis skateur depuis que j’suis né, la musique ça fait quelques semaines… » Lomepal est pourtant sur la scène comme chez lui, sa présence y paraît naturelle et sans prise de tête. Il interpelle son public durant tout le concert, va même se poster dans la foule, assis sur une échelle pour être au plus près. Le public, lui, ne s’arrête pas de chanter. Il connaît toutes les paroles par coeur et paraît parfois complètement en transe. Les cris et les applaudissements ne s’arrêtent pas. On pourrait se demander si Lomepal n’est pas victime de son succès, et s’il s’y attendait. Car derrière son côté égocentrique et sûr de lui, on remarque lorsque l’on est attentif à ses paroles qu’il cache en réalité une certaine fragilité. Un jeune homme rempli de doutes qui à lui seul trace le portrait d’une génération morcelée par ses désillusions.

De manière totalement subjective, car sous le charme de cet artiste depuis quelques temps déjà, je dirais que j’ai passé un moment hors du temps. Je ne peux que vous conseillez d’aller jeter une oreille à ce que Lomepal fait. Pour ma part, je me souviendrai de ce concert comme un des meilleurs que j’aie vu depuis longtemps. « Pauvre de moi, j’me souvenais pas qu’on avait le pouvoir de danser comme ça, quand on se laisse aller, laisse-toi aller… »