TIM DUP, LA MÉLANCOLIE SUBLIMÉE

Chronique : Anaïse Lafontaine / Rédaction : Cécile Botton / Photographies © Dominique Goldo

Beaucoup ne le connaissent pas encore et pourtant, Tim Dup fait partie de cette grappe toute fraîche de talents émergents. Sa poésie chantée, ponctuée d’une touche de modernité, m’a réconciliée avec les voix françaises. Ce 16 mars, j’ai assisté à son concert au Reflektor.

Je suis arrivée juste au moment où Shelby Tarawa montait sur scène. Cette jeune femme, uniquement accompagnée de sa guitare, assure le début de la soirée avec un naturel déconcertant. Tout en sourire, elle chante sans filtre. Sa voix soul englobe toute la pièce et réchauffe la foule. Elle a d’ailleurs un certain nombre de fans dans la salle. Des compositions originales, une ambiance douce et chaleureuse nous emmènent en voyage le temps d’une première partie tout en soleil ! Sa prestation se termine par la reprise de Everything’s gonna be allright de Bob Marley pour le plaisir du public qui chante en chœur.

La salle est comble. Je m’attendais à un public plus jeune et je suis surprise de voir beaucoup de personnes d’âges et de styles différents. Un certain nombre d’entre elles semblent être venues pour Tim Dup, alors que les autres ne le connaissent pas et sont venus écouter Shelby Tarawa. La foule est motivée et s’impatiente. Certains se sont peut-être même un peu trop échauffés car ils frôlent une dispute rapidement maîtrisée.

C’est une voix douce récitant un morceau de texte, un nuage de poésie qui calme les esprits. La voix de Tim Dup le précède sur scène. Il arrive sous les applaudissements, s’installe derrière son synthétiseur et commence à jouer le morceau qu’il vient d’entamer a capella. Lui aussi est seul sur scène. À cet instant, impressionnée, je réalise que ce jeune homme est non seulement interprète et auteur, mais également compositeur. Il nous chante sa Mélancolie heureuse, son Soleil noir, en nous expliquant que dans la vie, il est toujours le « cul entre deux chaises ». Il poursuit en nous racontant l’anecdote concernant cette fille Moïra Gynpt, qu’il a observée à la bibliothèque sans oser l’aborder, pour finir par la « stalker » sur Facebook. Il nous parle beaucoup, je trouve cela agréable et attachant. Cependant, l’ambiance entre chaque chanson retombe légèrement, ce qui peut rendre, par moment, la performance un peu molle.

Néanmoins, sur la scène, Tim Dup nous emmène en douceur, tout en nous faisant danser sur ses mélodies entraînantes. Il n’hésite pas à descendre dans la foule pour se mêler au public liégeois. À certains moments, sa voix s’arrache de sa gorge pour en devenir énervée, on y perçoit alors quelques fragilités… Une sorte de cris désenchantés qui contrastent avec sa voix délicate. Pourtant, derrière cette apparence juvénile et cette voix douce se cachent un réel cynisme à propos de la vie. Il nous offre une vision de son monde à travers des thèmes récurrents comme les désillusions, l’éphémère, la mélancolie ou encore l’amour. « Je parle de moi dans mes chansons, mais j’espère que je parle de vous aussi. » nous confie-t-il entre deux morceaux. Ce que j’aime chez ce garçon, c’est qu’il transforme des choses banales en instants de poésie quotidienne. Il arrive à parler de l’adulescence et de ce qui nous abîment sans masque. Il fait ressortir toute la beauté de ces instants fugaces. Il magnifie l’éphémère tout en rendant particulier le commun.

Dans le public, j’entends une remarque qui me fait sourire : « On dirait Nicolas Sirkis ! ». Il est vrai que son côté rêveur et enfantin nous montre certaines similitudes. Avec un brin d’audace et beaucoup de bienveillance, on ne peut que lui souhaiter la même carrière.