THAMEL… LOST IN SOUND !

Interview : Cécile Botton / Photos : Christophe Dehousse

Il y a un an et demi, Lost in Sound, un magasin de disques spécialisé dans les vinyles, voyait le jour rue Hors-Château. Samedi dernier, Quatremille a poussé la porte de cet endroit vintage afin de découvrir Thamel qui y présentait son deuxième album, Prairie Blanche

© Christophe Dehousse

Dès la porte franchie, le son intense dégagé par les deux enceintes JBL datant de la fin des années soixante vous prend de plein fouet. Le ton est donné, bienvenue pour cette remontée dans le temps ! Un magasin spécialisé dans le vinyle d’occasion ou neuf. Ici, vous pourrez peut-être dénicher la pièce manquante à votre collection ou une des dernières nouveautés. En effet, Lost in Sound essaie de s’ouvrir à tous les univers musicaux. Mais pas que… Envie de matériel vintage, amplis et autres platines des années septante s’y bousculent. Et pourquoi ne pas ressortir vos ancêtres en attente de révision, Fabrice Maroya vous sera de bons conseils. « C’est un véritable choix car le matériel hi-fi était tellement bien construit… et puis, nous développons ainsi l’esprit récup’… Ce qui permet de retrouver un vrai son d’époque chez soi ! »

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Il y a un an et demi, ce grand passionné de musique ouvre ce concept unique à Liège. « J’ai toujours travaillé dans le domaine où j’ai acquis beaucoup d’expérience », explique-t-il, « j’ai fait ce pari un peu fou et je suis très content. » Les clients apprécient et le bouche-à-oreille fonctionne bien. L’organisation d’événements comme celui d’aujourd’hui y contribue et offre également une belle vitrine à de jeunes artistes locaux. « Tout pour la musique, pour le vinyle et pour le plaisir ! », conclut Fabrice.

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Mais venons-en à Thamel. On ne pouvait trouver meilleur endroit pour découvrir Prairie Blanche, le deuxième album que Jérôme Mardaga produit sous ce pseudonyme. En toute intimité et sans un mot, l’artiste nous joue quelques morceaux sur son Buchla Music Easel, un instrument aux possibilités limitées datant de 1974. Cette musique de niche, confidentielle et pas toujours facile d’accès dégage un son aussi pur qu’intense. Un voyage au pays des compositions minimalistes, sans parole, sans rythme : une exploration au cœur de la synthèse sonore qui transperce un public captivé. « Pour cet album, j’ai été particulièrement influencé par Caterina Barbieri, Alessandro Cortini et Donnacha Costello », lâche le compositeur

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Dans son premier album Duna, il proposait un véritable travail sur le son alliant une grande variété d’instruments analogiques et des enregistrements multipistes réclamant un important travail de montage. « Un album probablement plus complexe, plus stratifié, c’est le mot qui me vient à l’esprit, une autre approcheJe le trouve un peu chargé, mais ça, c’est souvent une erreur de débutant… c’était mon premier exercice dans cet univers-là ! » 

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Le nouvel opus part sur le postulat inverse ce qui donne une couleur très différente,  quelque chose de très dénudé. L’artiste a réalisé l’entièreté de l’album avec deux instruments, le « Buchla Music Easel » et le « Make Noise Zero Coast ». Si le travail de composition fut assez long et méticuleux, l’enregistrement en temps réel fut rapide. « En fait, quand on appuie sur le bouton rouge, il y a une espèce de frissons… » Comme Prairie Blanche a été réalisé sans ordinateur, c’était impossible d’effacer et de recommencer. « Alors, quand on est parti dans une pièce musicale de 10 minutes, il s’agit de ne pas aller se planter à la 7e ou à la fin », confie Jérôme, « il y a bien quelques petits dérapages qui restent assez contrôlés… mais ça, c’est la grande joie de cet album, c’est très libérateur de faire de la musique comme ça ! »

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Un peu paradoxal pour de la musique électronique dont la croyance populaire imagine qu’elle est bidouillée sur un ordinateur et sans cesse retravaillée. « J’ai enregistré avec un petit enregistreur portable, le zoom H4, car j’aime bien le son qu’il dégage. Je l’ai simplement branché sur le synthétiseur et, avec ses deux pistes, pas de montage possible ! »

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Ces deux instruments aux sonorités extrêmement pures et un peu mélancoliques, nous offrent un moment de déconnexion totale. « Je trouve qu’il n’y a pas besoin d’ajouter beaucoup d’effets, car le son à la base est très beau et très riche, il contient déjà beaucoup d’harmoniques, d’overtones. »

Prairie Blanche, un titre qui mène à la simplicité, à la nature… un retour aux sources qui laisse à l’auditeur une liberté totale.

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