TEMPOCOLOR 2018: L’HUMAIN DANS L’URBAIN

par Astrid Maigné-Carn

Pour sa 18ème édition, le TempoColor change de formule. Ce qui, habituellement, se faisait en trois jours se transforme en une journée dans l’espace public et sept dates en salle du 13 septembre au 18 octobre. Musiciens, bénévoles et artistes du monde entier s’y sont donné rendez-vous. Zoom sur ce festival qui souhaite faire bouger l’humanité.

Les français 10lec6 – Crédit : © Melchior Tersen

Un enjeu humanitaire

Le 22 septembre prochain, le centre ville de Liège sera investi par ce festival engagé. Le projet n’en est pas à son coup d’essai. Depuis maintenant 18 ans, le TempoColor cherche à mettre en lumière les alternatives citoyennes ou associatives qui concernent les droits humains fondamentaux. Chaque année, le festival se concentre sur deux volets: d’un côté la musique et les concerts, de l’autre, les enjeux économiques et sociaux. C’est une vision internationale qui interroge les modes de consommation, les interactions entre le Nord, le Sud, l’Est et l’Ouest ainsi que les répercussions de nos actes sur le monde entier.

À l’origine du projet, deux cercles d’associations liégeoises : les porteurs du projet comme le CNCD 11.11.11  (Centre National de Coopération au Développement) qui est lui-même une coupole d’associations (Annoncer la Couleur, un programme qui envisage les questions de solidarités internationales, ou encore le p.a.c Agir par la Culture). L’autre cercle se compose de tout un réseau de partenaires qui participent à co-construire le TempoColor. Ce qui rassemble ces collectifs et associations ? L’urgence à travailler sur l’accès aux droits humains fondamentaux pour tous.

De la rue à la scène: une programmation consciente

Avec une programmation éclectique, loin du mainstream, le TempoColor donne de la voix aux artistes et aux initiatives en accord avec les valeurs du festival et pour qui venir y jouer prend son sens. « La plupart des artistes sont des citoyens du monde. Ils ont, certes, un médium qui est soit musical soit théâtral mais nous vivons et réagissons tous par rapport à notre société » explique Bénédicte Merland, chargée de la médiation culturelle au Centre Culturel des Chiroux, également à l’origine du projet. Chaque artiste pose un regard critique et propose, à sa manière, des alternatives.

KermesZ à l’Est – Crédit : KermesZ à l’Est

La journée du 22 septembre sera chargée ! Entre la place des Carmes et la place Xavier Neujean, petit déjeuner solidaire sur la question de l’accès à l’alimentation, théâtre de rue, fanfares et manèges l’après-midi. Une mobilisation solidaire est prévue avec notamment la construction d’une sculpture. Le soir, concerts avec une programmation nationale et internationale avec KermesZ À L’Est, Mâäk – Kojo, une interaction fascinante entre le jazz et la transe vaudou du Bénin. Seront aussi présents Anavantou, projet de musiciens belges et brésiliens ainsi que 10Lec6, les nouveaux venus de chez Head Bangers, label du groupe Justice. Une soirée after au Kultura sera organisée par 48FM. Le thème n’est peut-être pas joyeux mais les organisateurs s’efforcent de rendre les choses fort conviviales !

L’enjeu de cette nouvelle formule est non seulement de montrer aux citoyens que des alternatives sont possibles mais il s’agit surtout d’ouvrir le débat et de réveiller les consciences, d’où l’initiative de prévoir plusieurs dates en salle. Les formats prévus sont variés afin d’amener les citoyens et la classe politique au cœur du débat sur l’accès aux droits humains fondamentaux. Du 13 septembre au 18 octobre, les différentes dates en salle proposeront des rencontres avec les musiciens, des récits de différents parcours de vie, l’exposition photos Empire du jeune photographe Samuel Gratacap mais aussi des soirées débats avec le spectacle-débat “Je suis un héros”, monté par la compagnie Théâtre Intranquille ou encore un festival alimentaire prévu pour le 17 octobre.

Festivités engagées

Le 18 septembre aura lieu un apéro-politique, une autre forme de débat, plus engagée: les partis qui se présentent aux élections communales sont invités à rencontrer les citoyens autour de la thématique de l’accès aux droits humains fondamentaux et notamment sur l’accès au logement, à l’alimentation et à l’enseignement. Une manière pour les organisateurs de forcer les politiques à réfléchir sur ces questions que le TempoColor juge urgentes. L’enjeu est énorme d’un point de vue humain et les différentes associations organisatrices du TempoColor ne sont pas dupes : “Nous n’allons pas changer le monde, mais nous pouvons l’éclairer” rassure Bénédicte Merland. Les différentes associations qui portent le TempoColor sont bien conscientes que, sans la classe politique, les choses n’avanceront pas.

Affiche du TempoColor 2018

Le colibri n’est pas l’emblème du festival pour rien. Dans une légende amérindienne racontée par Pierre Rabhi, il y eut un jour, un immense incendie de forêt. Tous les animaux, terrifiés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu !  » Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part.” Cette légende s’accorde parfaitement avec l’idée même du festival: valoriser les alternatives citoyennes et associatives.

 

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