LE SUPERVUE FESTIVAL 2017

Photographies © Denis Ledent © Marine Rigo
Chronique > Julie H., Thomas Renauld, Héloïse Husquinet

 

Quatremille a assisté au Supervue Festival ! Nous vous livrons les chroniques de Julie H., Thomas Renauld et Héloïse Husquinet !

 

LA CHRONIQUE DE JULIE H. : 

 

Il y a un an, l’équipe de la Superette (collectif pluridisciplinaire interviewé récemment par Quatremille) nous présentait la première mouture d’un projet qu’elle portait en elle depuis plusieurs années : le Supervue Festival, une rencontre estivale entre un ancien site industriel rendu à la nature, des pratiques artistiques variées et un public hétéroclite.

En 2017, la formule se peaufine avec une seconde édition déclinée en deux jours qui travaille davantage les particularités du lieu. Scénographié, avec une infrastructure restant légère grâce à une multitude d’interventions particulièrement bien implantées, le Terril Piron se laisse découvrir au gré de la déambulation et du passage des heures. S’y révèle la finesse des choix plastiques (notamment en matière de vidéos et d’installations lumineuses) dans un ensemble particulièrement poétique, où se croisent de jeunes enfants courant et se cachant dans les hautes herbes, des voisins venus partager une bière en curieux et des clubbers d’au moins trois générations, se reposant parfois dans les hautes herbes.

La programmation des trois scènes, ouvertes au maximum sur l’espace environnant, offre essentiellement une palette étendue des différentes tendances de la musique électronique : de la minimal, du rap, de la techno, du funk congolais, de l’électro-punk, du jazz, de la house…, voire un mélange arythmique du tout dans les moments les plus déconcertants. Pari gagné avec l’aide de Hugo Freegow : donner une tonalité à l’ensemble en misant sur l’éclectisme et en équilibrant avec les sets des meilleurs dj’s locaux et autres perles venues d’ailleurs. Parmi les prestations scéniques les plus enthousiasmantes, il semble évident que j’ai eu le grand tort de louper le show de Bobby de Nazareth, mais je me suis régalée avec la prestation de « The Choolers », tant musicalement que visuellement (mention spéciale pour le twerk!). Quant au concert de Chris Imler, s’il a fallu l’attendre longtemps (problème d’avion), c’était particulièrement intense comme bande son pour dire « à l’année prochaine ! » au Point de Vue.

 

LA CHRONIQUE DE THOMAS RENAULD : 

 

Tout, lors de ce dernier week-end du mois de juillet, semble présent pour satisfaire pleinement les festivaliers et les artistes qui fouleront le vaste terrain du Terril Piron. Forts de leur expérience acquise au fil des années, les membres de La Superette ont créé, pour cette édition 2017, un festival à l’identité forte, douce et unique. Ce constat réjouissant ressurgit dans nos esprits tout au long du week-end, tant nos sens sont caressés mais aussi, à de nombreuses occasions, malmenés dans ce joyeux cirque organisé.

Chronologiquement, le premier organe à jouir de cette richesse est l’œil. Dotés d’un sens de la scénographie impressionnant, les membres de la Superette réussissent à donner vie au terril Piron. C’est avec un sens du détail inouï et une créativité hors norme qu’ils nous emmener loin, très loin, par le biais des créations loufoques exposées sur le terrain : chaque scène dégage une atmosphère bien définie. S’il s’agit déjà là d’un tour de force, c’est en parvenant à faire vivre ce qui lie ces différentes scènes – les allées colorées par la nuit et les lumières, notamment – que les organisateurs du Supervue impressionnent. En effet, chaque heure du jour et de la nuit offre au festivalier un nouveau tableau à contempler. Bien aidée par le ciel, clément, changeant et splendide deux jours durant, La Superette peut se targuer d’offrir aux festivaliers des ambiances mémorables et des souvenirs colorés.

Musicalement parlant, ce week-end se décline à l’image des ciels liégeois d’alors : contrasté, très variable mais presque toujours saisissant. Le set d’ouverture du Point de Vue – la scène qui, inexorablement, offre à tous un panorama inhabituellement chatoyant du bassin sidérurgique liégeois – par Plic:Ploc constitue une parfaite introduction ambient à ce week-end musicalement chargé. S’en suit alors une succession improbable de concerts et styles pas forcément compatibles, de prime abord. Moment fort du festival, les trente minutes de set de Ssaliva et Orrorin, qui chatouillent les oreilles de plus d’un festivalier. Leur musique, bruitiste, puissante et lorgnant souvent du côté du drone, semble avoir été créée spécialement pour accompagner le paysage industriel du bassin en contrebas et le ciel menaçant, qui laisse alors tomber quelques lourdes gouttes sur l’audience déjà malmenée par les fréquences sonores. Ce ballet sensitif, qui fait office de lien entre les concerts censés se succéder sur La Plaine – la scène « principale » –, n’a d’autre effet que de renforcer la douceur du reste de l’après-midi. OKLou et ses productions R’n’B aux accents bass music semblent alors cotonneuses, bien que totalement maîtrisées et dansantes.

Tombée du jour, changement d’ambiance. Direction Le Parvis – la scène qui ressemble le plus à un dancefloor classique, à ce détail près que le DJ se trouve au milieu de la foule, à l’intérieur d’un totem qu’on aurait emprunté à des scouts à la folie exacerbée – où Bamao Yendé distille sa furie. Si sa technique est perfectible, son sens de la sélection est impressionnant. Ambitieux, il n’hésite pas à faire se chevaucher deux, trois, quatre morceaux. Les rythmes sont syncopés, les influences sont garage et UK Funky, pour notre plus grand plaisir, évoquant tout à la fois DJ EZ – excusez du peu – et Roska. C’est donc sans regret que l’on quitte Le Parvis, conscient d’avoir manqué la performance de Lolina (Inga Copeland pour les intimes), pour rejoindre La Plaine, Bala Club et notre future déception. Nous nous garderons d’émettre un jugement totalitaire : Kamixlo et Mechatok coulent et figent le ciment nécessaire à la bonne tenue de la performance de Uli K mais malheureusement, ce dernier semble s’engluer dans ce qui fonde son concept. L’utilisation omniprésente et, surtout, monocorde de l’autotune obstrue la voie de la beauté de l’art du Bala Club. Ironie. Un tour sur Le Parvis pour se délecter de l’electro lente et savoureuse de Jerohm et nous revoilà, pour un court moment, sur La Plaine, où l’absurde semble régner en maître : pêle-mêle, ce sont Sophie, Korn, PNL, Zomby et Squarepusher qui se sont succédés sous les assauts finaux de Nevrland.

Serait-ce ça, l’expérience Supervue ? Entendre s’acoquiner Korn et Zomby sous l’œil bienveillant d’une scénographie surréaliste ? C’est avec ces drôles de questions à l’esprit que le second jour commence, sous une chaleur accablante, cette fois. Surprise : Plic:Ploc se trouve sur le Point de Vue quand nous arrivons, comme s’il n’avait pas bougé depuis la veille. Une heure de patience plus tard, L’Œil Kollectif arrive, accompagné de deux danseuses. Encore une heure plus tard, L’Œil Kollectif s’en va, laissant les spectateurs, le crâne ouvert en deux par leur performance puissante, impressionnante, absurde et collective. Les cerveaux gisent sur le sol, piétinés par cette musique hypnotique. Un moment fort dont la fadeur des mots ne peut rendre justice à l’intensité de cette performance. Il semble même impossible de poser des mots sur ce concert – était-ce un concert ?

Une fois les cerveaux laissés au vestiaire, le reste de l’après-midi semble avoir perdu tout son sens, pour notre plus grand plaisir. Les concerts précédant la nuit viennent alors à nous comme des uppercuts : Cantenac Dagar, un duo dont la folie n’a d’égal que la puissance de son minimalisme, fracasse notre corps à coups de beatbox chamanique. Choolers Divisions, définitivement le concert le plus généreux et énergique de cette édition 2017 du Supervue Festival, enflamment La Plaine. Tolouse Low Trax, leur faisant suite, se charge alors de faire tomber la nuit, offrant une musique étonnamment lumineuse : à ses fréquences habituelles s’ajoutent des rythmes dub, convoquant par le même fait l’esprit des Primal Scream. Une union improbable mais réussie, à l’image de ce festival. Sur le Point de Vue, Don’t DJ allonge sa performance et Sega Bodega s’apprête à faire suite à Tolouse Low Trax. À dilemme cornélien, sets ébouriffants ? Les échos parvenant de la performance de Don’t DJ semblent excellents alors que Sega Bodega entame son set. Au programme (chargé) de cette heure, basses d’outre-tombe et vocaux découpés à l’envi, à tel point qu’ils forment de nouvelles mélodies, irréelles. Une programmation juste, une fois de plus, et le dernier set programmé sur Le Parvis, par Roger 23, ne déroge pas à la règle. Faisant se suivre techno breakée, UK garage, ambient, IDM et electro, Roger Reuter clôt le Supervue Festival 2017 de la plus belle des manières : éclectisme, fun et qualité.

 

LA CHRONIQUE DE HELOISE HUSQUINET: 

 

Un lieu exceptionnel. Vue panoramique sur l’autre côté de la ville, bassin sidérurgique en contrebas. Des chemins à peine tracés, de larges étendues, un espace ouvert à l’errance, à la découverte vagabonde. Des chapiteaux où s’étirent des guirlandes de lumière colorées. Un air de fête foraine. L’enfance prête à se dévergonder. Dans une mise en scène chaleureuse, intrigante, magique et festive, aux portes du merveilleux.

Un dispositif qui démultiplie les expériences sensitives et sensorielles, crée des ponts entre les paysages sonores et visuels. Trois scènes, trois ambiances particulières – le « point de vue » pour la contemplation, la « plaine » pour les performances scéniques, le « parvis » pour la danse. Un décor artistique et original, issu des créations de la Superette – masque, téléphone géant, nuages d’ouate, entre clin d’œil et insolite – et d’œuvres d’artistes exposées pour la première fois en plein air, comme celles de Xavier Mary. Des installations disparates essaimées ça et là, entre les herbes hautes : cabane d’expérimentations sonores, projection de vidéos aux accents surréalistes, matériel de peinture à disposition des enfants. Un carrefour de connaissances et de découvertes. La possibilité de faire des retrouvailles, de pouvoir se laisser aller à la foule, de visage en visage amis.

La promesse de découvrir une programmation musicale éclectique, osée et hors norme, d’artistes de Liège et d’ailleurs. J’ai vu des prestations électriques. Le charisme dingue de Bonnie Banane : ses parades en imper noir chaussettes blanches et bottines, ses expressions de pantomimes, sa manière de poser corps et voix, forte et mutine. Les dj sets bouillonnants de Bamao Yendé et King Doudou devant une foule déchaînée, dansant par vagues et cercles concentriques autour du mirador. Un horizon musical métissé. L’énergie lumineuse du groupe congolais Les anciens de Zaïko pour relancer la danse et secouer les corps engourdis. Le raï marocain de Najim Aghrib, la trompette du syrien Yamen Martini. Le groupe liégeois Bobby de Nazareth célébrant dans un joyeux délire « la passion du kyste ». Des improvisations musicales et chorégraphiques débridées, la danse sensuelle d’Amélie et Julianne aux côtés de l’Œil Kollectif, les yeux bardés d’un bandeau rouge colorié à même la peau. La performance impressionnante de Choolers Division – ferme présence scénique, énergie folle. Le set mélodieux, lancinant et caverneux de Tolouse Low Trax. Entre autres, entre beaucoup d’autres.

Nouvelle prise de conscience de la capacité d’entreprise et d’innovation des Liégeois donc.

Le Supervue, c’est un festival qui prend le contre-pied des machines à fric habituelles. Un festival qui se construit par échanges d’idées et de services, par relations d’amitié, par coups de cœur, par engagement volontaire et investissement passionné. Saluons la beauté d’une aventure collective. À laquelle chacun peut apporter son aide, proposer librement ses atouts. Saluons l’immense mérite d’avoir osé faire quelque chose de différent. D’avoir lancé une idée folle pour, réellement, la suivre, la partager et l’enrichir. Un rêve entre deux potes, puis cinq potes, puis tout le reste de leurs amis, des inconnus séduits par le projet, qui deviennent à leur tour des amis. Bien sûr, on pourrait évoquer les tâtonnements d’une organisation à ses débuts, les moments de latence entre deux concerts, des choix dans l’assignation des scènes incompris, des programmations risquées.

Mais le Supervue est une œuvre qui n’en finit pas d’être modelée, ciselée. Les yeux ouverts sur l’avenir, tous les amoureux de l’art et de la fête, de la création et du partage, trouveront à y participer.

 

LES PHOTOS DE DENIS LEDENT : 

    

    

    

LES PHOTOS DE MARINE RIGO : 

     

     

     

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