SUPERVUE FESTIVAL – TERRIL ELEGANZA

Rédaction : Thomas Renauld / Photographies : Simon Verjus

Pour la troisième année consécutive, le Supervue Festival, ses bénévoles et son public ont investi l’atypique Terril Piron, pour un week-end chaud à bien des égards. Un festival perfectible mais terriblement attirant.

En passant les portes du festival, on se rend très vite compte que des changements déjà évoqués dans la presse ont été opérés, notamment pour des raisons de sécurité. Ainsi, le site du festival, fauché de toute son herbe, voit ses plaines se parer de couleurs plus chaudes, perdant quelque peu de son charme champêtre. Dans le même ordre d’idée, on observe rapidement que l’espace réservé aux œuvres plastiques semble quelque peu vidé de sa substance d’antan. Le manque d’herbe se fait ressentir, là aussi. Un mal nécessaire qui ne rend donc pas service à la scénographie des lieux.

© Simon Verjus

Dans l’ensemble pourtant, l’esthétique du Supervue Festival séduit toujours : les œuvres présentées dans les dômes sont soignées – merci Les Sentiers de l’I-Voir – et le site du festival rend toujours autant justice à l’environnement qui l’entoure… Même si quelques manquements importants gâchent quelque peu la première journée. La présence d’un seul et unique stand de tickets ne suffit pas à satisfaire des festivaliers qui doivent aussi attendre trop longtemps au bar en vue d’obtenir le Graal. Qu’à cela ne tienne, les organisateurs ont été assez réactifs pour que ce problème soit réglé dès le lendemain à la première heure. L’autre problème, moins souvent évoqué, concerne l’architecture de la scène principale. Pour des raisons logistiques peu évidentes en effet, certains DJ’s ne jouent pas sur la scène à proprement parler, mais derrière un échafaudage, lui-même installé derrière une barrière Heras obturée, à côté de la scène, qui plus est. Rendant trop peu justice aux artistes, cette disposition est frustrante, sinon décevante.

Musicalement, le tout semble bien plus maîtrisé : la programmation, qui peut paraître brouillonne au premier regard, témoigne d’une identité forte et riche de sens : comme expliqué par Munix dans une interview accordée à la Redbull Music Academy, le projet musical du Supervue Festival s’articule autour d’un axe principal, simple mais peu évident à mettre en œuvre : l’envie de briser les barrières de genre. Ainsi, musiques électroniques et acoustiques s’enlacent au gré de la journée, plutôt qu’elles ne s’affrontent. Les influences musicales et géographiques se mêlent elles-aussi et le résultat global est jouissif, surtout quand on a la bonne idée de vaquer d’une scène à l’autre ; les contrastes sont saisissants. C’est aussi à ce moment qu’on se rend compte de l’importance non négligeable des sets multiples de Plic:-:Ploc, artiste résident du festival. Tempérant souvent justement les différentes ambiances, préparant le terrain à d’autres moments, il fascine toujours par son détachement.

Mais même si les sets de Plic:-:Ploc sont fermement ancrés dans les cerveaux fatigués, ils sont loin d’être les seules performances musicales à avoir marqué les esprits durant ces deux jours d’errances artistiques. On pense notamment à ce que nous a offert le groupe à géométrie variable, rendant honneur ce soir-là à l’illustre In C de Terry Riley : Bétøn. Loin de se limiter à une simple retranscription électronique de l’œuvre de Riley, les différents membres de Bétøn jouent avec sa musique et se jouent de ses codes ; des occurrences de lignes acides se démarquent de cette profusion sonore et les rythmes se cassent au gré de ce qui ressemble de plus en plus à une cour de récréation : les musiciens s’amusent, le public aussi.

© Simon Verjus

À noter également ce soir-là, une fin de soirée en feu d’artifice, les artifices en moins. Les deux derniers sets furent pour nous ceux de Gabber Eleganza et de Croww. Le premier, italien, s’est attelé à rédéfinir le son hardcore pour le public liégeois. Puisant tout autant dans le breakbeat que dans la jungle, le grime, la bass music ou le gabber – forcément –, Alberto Guerrini nous a offert un cocktail détonnant via un sens du métissage improbable. Ainsi, ce sont de grands classiques de la musique comme « Energy Flash » de Joey Beltram ou l’étouffant « I Luv U » de Dizzee Rascal qui se sont acoquinés à des ovnis musicaux tels « Turbo Mitzi » de Pinch & Mumdance ou « 3 Litres » d’Evil Grimace. Une réussite sans impair nourrie par une science de la musique impressionnante. Une science dont le second, Croww, prend intelligemment le contre-pied, consciemment ou non. Au programme de ce set final, un crescendo de sonorités abrasives, faites de mélanges absurdes. Un défouloir bienvenu, au-délà de considérations intellectuelles rendues impossibles par la chaleur et l’ivresse.

Le samedi aura lui été une journée contrastée. Au-delà du fait d’avoir raté les performances de Lord & Hardy et de Nystagmus – encore –, la déception est venue du côté de Yayoyanoh, dont la performance aura été à la mesure de notre état d’esprit à ce moment : brouillonne. Le collectif Lait De Coco a lui enterriné une bonne fois pour toutes son statut de figure importante de la scène liégeoise actuelle – un Labok en feu, notamment, aura permis cela. Plic:-:Ploc, lui aussi visiblement en grande forme, nous a gratifié du sublime « Raindrops » de Pearson Sound avant que Steff et Liyo du collectif He4rtbroken ne fassent tomber le jour avec un set bass music hyper riche. Dernier fait marquant, et non des moindres : le set de Dj Lycox, membre du label lisboète Principe. Durant une bonne heure, Lycox et son jingle répété à l’envi nous ont assommé à coups de basses martelantes et de rythmes syncopés, terminant à merveille un week-end intense qui, même s’il n’aura pas été parfait, restera bien volontiers dans nos mémoires jusqu’à l’année prochaine. C’est donc avec un plaisir non dissimulé qu’on remercie les organisateurs de ce festival aux qualités plus que certaines.

© Simon Verjus

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