SUPERVUE 2019, ARRÊTE-MOI SI TU PEUX

Rédaction : Ludovic Minon, Thomas Renauld // Photos : Simon Verjus

La quatrième édition du Supervue Festival s’est achevée il y a maintenant deux semaines. Une programmation éclectique, un intimisme bien liégeois, une météo dégoulinante et des coupures de courant… Et pourtant, une indéniable réussite. Vivement l’année prochaine !

Super hype

Peu s’en souviendront, mais le Supervue 2019 a débuté sous un soleil de plomb. C’est alors la sueur et non la pluie qui trempe les t-shirts. À l’entrée du terril aux airs de savane fumante, les premiers festivaliers sont accueillis par un trio acoustique aux accents ska qui se calque sur le beat lointain de Lait de Coco, premier set de la journée. Le Supervue, « haut lieu de la hype liégeoise », s’ouvre comme un parcours bucolique aux milles curiosités plastiques. Mais à cette heure, la plaine reste morne et le public clairsemé. Faut dire que la hype liégeoise, elle se lève tard.

Super drache

Marbre, duo slam-rap remplaçant Bakari au pied levé, aura été la première victime d’une météo bien locale. La drache apocalyptique fait sauter les plombs, achevant prématurément leur show. Plus tard dans la soirée, c’est la moitié du site qui sera plongée dans le silence et dans le noir. Un coup dur pour les organisateurs qui jouent de malchance. Et tant qu’à parler du négatif, n’oublions pas ces fameux gobelets en plastique jetables… Pour un festival qui préconise l’utilisation de gourdes, ça la fout mal.

Super, malgré tout

Il faudra bien quelques heures avant que les foules ne bravent la grisaille pour monter jusqu’au terril. Nous sommes à Liège après tout… La pluie ? Peu importe ! La coupure de courant ? La super vue n’aura jamais été aussi belle que dans le noir ! Et cette histoire de gobelets… Qui a-t-elle empêcher de boire exactement ? 

Le Supervue, capable de se faire côtoyer public familial décontracté et techno-soulards décomplexés, réussit une fois le plus le pari d’une programmation à deux vitesses. Tous auront applaudi les moineaux-les moineaux d’un Veence Hanao et les boum-boum d’une Dj Marcelle. Mais la plus-value du festival, c’est aussi la rage de La Jungle, le rock de Tisdass et les infatigables Césars du Clan Langa Langa. Qui a peur de la pluie quand le soleil est sur scène ?

Du rock au rap en passant par la musique électronique, les joyeux lurons de la Supérette continuent de forger l’ADN Supervue d’année en année. Le cru de 2019 se sera démarqué pour des raisons bien distinctes. Le point sur les prestations les plus marquantes par Thomas Renauld.

Veence Hanao x Le Motel — Kick, Snare, Bien

Veence Hanao nous martèle le corps, le cœur et l’esprit depuis plus de 10 ans maintenant. Entre Saint-Idesbald, un premier album dont on ne cerne toujours pas les contours une décennie plus tard, et Bodie, composé avec l’aide du génial Motel, notre cœur palpite et plie mais ne rompt pas. Quel plaisir, dès lors, de voir Veence Hanao et le Motel s’amuser sans retenue une heure durant. Surtout quand le show est si maîtrisé ; surtout quand un Veence Hanao des grands soirs, oreilles en charpie, livre une prestation si forte et contrastée.

Car son talent, sa force depuis toujours, se situe là. Dans Saint-Idesbald déjà, dans Loweina Laurae et dans Bodie ensuite : c’est cette science du contraste qui nous accroche et nous émeut. Autant dans le propos que dans le phrasé, Veence Hanao semble toujours à la limite, prêt à éclater de rage, de tristesse ou de joie… au choix. Un concentré d’émotions vives qui n’aura pas manqué de faire mouche, une fois de plus. Mention spéciale, aussi, à Le Motel, qui semble avoir saisi mieux que quiconque cet art du clair-obscur et qui le retranscrit à merveille en musique.

Evixlo — T’étais pas prêt

À ma droite Evian Christ, instigateur des Trance Parties au Royaume Uni, possédé par des démons musicaux depuis une dizaine d’années. À ma gauche Kamixlo, membre du défunt Bala Club observé il y a deux ans déjà sur cette même scène. Le choc ne pouvait être que fatal… 

Mixant, charcutant tout sur leur passage, le duo n’a eu de cesse d’asséner au public de grands coups violents. Puisant tour à tour dans le reggaeton, la trap, le hip-hop ou la bass music, Evixlo a percuté le terril au détour d’une prestation inoubliable. Parfois de mauvais goût, souvent étonnants, toujours dans la maîtrise, ils ont littéralement roulé sur Saint-Nicolas. Pour le plus grand déplaisir de certains badauds pas toujours conquis.

Pourtant, si ce melting-pot peut sembler un peu foutraque, il témoigne d’une science du mix et de la sélection hors norme. Faire se rencontrer les cultures pop, hip-hop et hardcore – entre autres – n’est pas donné à tout le monde. Surtout quand c’est fait avec une telle réussite.

Cabasa — Urgence et chaos

Si la soirée du vendredi a fini en trombes sous les assauts de Kamixlo et Evian Christ,  elle n’a pas si bien démarré. Alors que le jour était tombé depuis peu, Cabasa s’installait et instillait sa fièvre rythmique à un public toujours perdu dans les boucles lentes de la prestation de Tapan. Peu à peu, Cabasa échauffait les esprits et le public s’embrasait au moment où des sonorités typiquement gqom pointaient leur nez. Cabasa s’appliquait, le résultat s’en ressentait… Et puis plus rien.

Sons et lumières disparaissent, puis reviennent. Qu’à cela ne tienne, Cabasa embrasse ce climat de chaos, monte le tempo et nous offre quelques minutes de frénésie salvatrices : il martèle l’assistance de classiques happy hardcore dans une urgence qui sied autant à la musique qu’au contexte. Suite à ça, le courant déserte à nouveau. Beaucoup abandonnent, les membres de la sécurité somment certains de partir, d’autres restent, les lumières reviennent, la pluie tombe ça et là. En bref, tout le monde dodeline, se pose quelques questions et passe à autre chose.

Si cette situation n’a rien de bien grave, elle pointe tout de même du doigt ce qui est certainement le plus gros défaut du festival et de ses organisateurs : la communication. Un simple message d’annonce aurait suffi à éclairer les festivaliers. Dans la même optique, un message d’excuse sur les réseaux sociaux aurait été appréciable au réveil. Au lieu de cela, un message de remerciement à Cabasa pour avoir fait se mouvoir la foule jusqu’au bout de la nuit. Ironique, si pas cynique.

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