SOFIANE MEZIANE : LE HIP-HOP POUR ÉLARGIR SES HORIZONS

Interview : François Fazari / Photos : Margaux Dejardin

Quatremille se penche aujourd’hui sur la culture hip-hop, et plus particulièrement sur ce qui concerne la danse liée à cette culture à part entière. Un cas a attiré notre attention : celui de Sofiane Meziane, un danseur ayant la double casquette d’organisateur d’événements.  En pleine préparation de son événement Battle League of Liège – qui se déroulera Place Saint-Lambert le 8 septembre –, il a accepté de répondre à nos questions.

© Margaux Dejardin

Quatremille : Sofiane Meziane, quelle est ta punchline ?

Sofiane Meziane : « On doit tous pouvoir réussir, sans devoir en crever ». Peu importe l’art, il faut de l’aide derrière,  un soutien qui nous permet de nous pousser à y arriver.

Q : Peux-tu nous donner une petite présentation de ton parcours artistique ?

S.M. : J’ai commencé par le breakdance à 16 ans. Jorge, un des premiers break dancers de Liège, m’a proposé une initiation et j’ai très rapidement demandé à en faire plus. À 18 ans, je me suis intéressé au hip-hop debout. On était une dizaine à ce moment-là. La danse hip-hop est venue grâce aux battles dans les gares, puis à Bruxelles. J’ai arrêté à 24 ans, pour ensuite reprendre à 28 ans. À un moment, on se rend compte que les battles, ce n’est plus pour nous. En revanche, s’empêcher de danser est impossible, comme les chanteurs qui chantent dans la salle de bain : il y a toujours un moment où on s’imagine danser, on crée des mouvements dans notre tête. C’est aussi de la danse.

Q : Tu as un projet en approche : Battle League of Liège. D’où t’est venue l’idée de ce projet ?

S.M. : Je n’ai pas inventé le concept. Des battles, il y en a partout. À Liège, il y avait beaucoup de stages, mais peu de battles. Du coup, quand on allait à l’étranger (Allemagne, France, etc.), on était en manque d’expérience, de structure, d’exercice. On avait besoin de battles pour se motiver. Lors de la première édition de mon événement, beaucoup d’étrangers sont venus, avec un très bon niveau. Grâce à cela, des Liégeois de la nouvelle génération ont pu se mesurer à ces étrangers, à moins de 5 km de chez eux. Je me suis ensuite mis en collaboration avec l’asbl Liège Centre. Ils m’ont contacté et ont adhéré à cette idée.

Q : Pourquoi Liège Centre ?

S.M. : C’est une rencontre faite par hasard. Ils voulaient organiser un événement de danse pour les 20 ans de l’association sur la Place St-Lambert et de fil en aiguille, en sachant que je voulais organiser cette battle, ils m’ont demandé de l’organiser avec eux.

© Margaux Dejardin

Q : Tu as déjà organisé des événements du genre dans le passé. Que représente l’organisation d’événements de ce type pour toi, notamment en termes de temps, d’énergie, d’engagement ?

S.M. : Cela représente beaucoup. On ne peut pas vraiment se l’imaginer, mais derrière chaque événement, il y a beaucoup d’énergie et d’investissement engagé pour le projet. Souvent, on ne peut pas remercier tout le monde. Mais on ne calcule pas le temps car c’est notre passion. C’est plus facile comme ça.

Q : Organises-tu d’autres type d’activités, événements ?

S.M. : Oui. En plus d’être danseur, j’ai été président d’un comité de quartier. Donc, avec les jeunes, on a voulu changer pas mal de choses. J’essayais de les faire sortir du quartier, mais surtout de la délinquance. Pour cela, il fallait leur montrer qu’ils étaient capables de faire quelque chose. Dès lors, j’ai organisé des activités mini-foot, des activités danse (hip-hop), des classes vertes et des activités éducatives, comme une visite à la maison de la laïcité (ou encore le musée de l’immigration, pour leur montrer comment nous sommes venus, comment la Belgique a accueilli les premiers migrants). Le but est de les occuper, mais aussi de leur donner une base d’instruction. Ce genre d’activité me touche particulièrement.

© Margaux Dejardin

Q : Par ces projets, essaies-tu de faire accepter la culture que tu as connue pendant toutes ces années aux plus jeunes, voire à tout le monde ?

S.M. : Oui, à tout le monde. Ce que j’aime dans la culture hip-hop, c’est surtout le côté danse. On s’affronte, mais c’est un échange. On montre nos capacités, on essaye de se dépasser. Ce qui est dommage dans le rap, c’est que ce ne soit plus pareil. Je fais la promotion de la danse hip-hop, pas du rap sauf si le langage est peace. Si je travaille avec des rappeurs, ce sont avec des gens qui sont peace.

Q : Selon toi, qu’en est-il de l’art urbain dans la province de Liège ? Qu’en est-il de la danse ?

S.M. : Il y a beaucoup de jeunes talents qui se motivent l’un l’autre à Liège. Si je devais toutefois citer un problème à Liège, ce serait les infrastructures. Pour ma part, j’aide les gros crews à s’installer car je ne trouve pas normal que ceux qui veulent s’entrainer ne puissent pas le faire. Il faut aussi savoir que les danseurs hip-hop sont des artistes. Le statut artiste est très difficile à obtenir, et très peu en vivent. Ça limite l’accès à cet art : certains ont un travail annexe, une famille, etc. Tout cela demande de l’énergie et du temps.

Q : Qu’est-ce que le hip-hop a pu apporter dans ta vie?

S.M. : Découvrir d’autres personnes qui viennent d’autres milieux. Je viens de Droixhe et parfois, on n’a pas envie de rencontrer d’autres personnes quand on est avec ses amis d’enfance. Grâce à la danse, j’ai eu chance de voyager. La danse hip-hop permet d’élargir ses horizons. Les gens bougent grâce au hip-hop. On fait l’effort de parler d’autres langues et c’est une très bonne chose.

© Margaux Dejardin

Q : Qu’en est-il de tes projets futurs ? Doit-on s’attendre à de nouveaux événements du type « League of Liège » à l’avenir ?

S.M. : Pour le moment, je reste dans le domaine de l’événementiel. Je suis content de voir les gens de Liège pouvoir s’affronter, se mesurer et partager avec des gens d’autres villes. Si je dois aller plus loin, je veux pouvoir donner l’opportunité aux jeunes de faire des scènes, d’aller un peu partout pour se montrer et les faire vivre de leur art. À long terme, j’aimerais que les gens se produisent, qu’ils créent. Personnellement, je veux être la personne intermédiaire qui peut les aider à trouver des scènes, des sponsors, à se produire, créer, être payé, et ainsi voler de leurs propres ailes.

Quatremille ne manquera pas de vous faire découvrir l’événement Battle League of Liège ce 8 septembre sur la Place Saint-Lambert, en espérant vous y croiser nombreux pour partager l’esprit hip-hop insufflé par Sofiane Meziane, que nous remercions.

Merci également au magasin Slow Now pour l’accueil réservé lors de l’élaboration de cette interview.

Commentaires

commentaires