SOCIÉTÉ LIBRE D’ÉMULATION : DE L’ART, DES SCIENCES ET DES LETTRES DEPUIS 1779

Rédaction : Naomi Bussaglia, Marine Mélon, Giorgia Calamia // Photos : Guillaume Scheunders

Véritable survivante à travers les siècles, la Société Libre d’Émulation est une institution culturelle interdisciplinaire active depuis 1779. Malgré deux guerres, un incendie, de multiples crises financières et une pandémie, ses membres se battent pour continuer à faire vivre leurs projets.

La Société Libre d'Émulation © Guillaume Scheunders
La Société Libre d’Émulation, Maison Renaissance © Guillaume Scheunders

À deux pas du Théâtre de Liège, la Société Libre d’Émulation se cache dans la Maison Renaissance, un bâtiment logé au fond d’une cour de la rue Charles Magnette. Mais si elle se fait aujourd’hui discrète, cette institution forte d’une histoire vieille de près de 300 ans trônait auparavant sur la place du 20 Août…

Entre construction et déconstruction de la Société— Marine Mélon

Le 20 août 1914, les Allemands débarquent à Liège. Afin de répandre la peur, ils fusillent des gens et brûlent les bâtiments de ce qui s’appellera désormais la Place du 20 Août. La bibliothèque de la Société de l’émulation n’y échappe pas. Mais le vent souffle et emporte avec lui des centaines de pages de livres jusqu’au jardin botanique. Pour la plupart brûlées, elles flottent comme un tourbillon devant les promeneurs médusés. Un habitant du quartier attrape l’une des pages du tas de papiers. « Mémoires d’outre-tombe » lit-il, suivi du cachet « Société d’Émulation ». Il rapporte alors cette feuille à un associé qui l’a encadré et écrit l’histoire de cette page orpheline.

Bien avant de voir l’un de ses bâtiments partir en fumée, la Société Libre d’Emulation jouit d’une influence importante dans la cité ardente. En 1779, des Liégeois de la haute classe décident de la créer pour mettre en place une sorte d’éducation permanente. D’un côté, l’association propose une société d’agrément sous forme de pôle littéraire rassembleur, où la discussion et la lecture sont les bienvenues. De l’autre côté, une émulation avec un volet encyclopédique plutôt axé sur les sciences et les arts avec une ouverture au grand public, sorte d’espace culturel du 18ème siècle. Deux bâtiments, deux objectifs, mais une seule direction.

Durant le siècle suivant, les activités s’enchaînent et évoluent. Certaines permettent l’apprentissage de la langue française — on « djazait » encore wallon à cette époque — et le développement de la culture musicale. Dans un esprit progressiste, en s’inspirant des idées françaises des Lumières, la Société Libre d’Émulation s’agrandit, tout en restant proche du pouvoir en place. Sous l’égide du Prince-Évêque, d’un préfet français puis enfin des Hollandais, l’association prend de l’ampleur. Elle devient, au fil du temps, bien plus qu’une société d’encouragement aux lettres, aux arts et aux sciences. Toutes les idées qui permettent de moderniser la ville sont alors encouragées : les manufactures, le
soutien de l’économie, de l’hygiène, etc. Même l’Université vient s’implanter face à l’Émulation, créant un va-et-vient permanent entre les étudiants et les expositions.

Entre la création en 1779 de l’association et cette fameuse page orpheline du début de la guerre, il s’en est passé des choses à l’Émulation. Ces évolutions ont permis non seulement à l’Organisation de se diversifier, mais aussi à la ville de se moderniser et de se développer.
Utile Dulci

Jusqu’en 1979, c’est la Société Libre d’Émulation qui occupait l’actuel Théâtre de Liège ! Et si elle s’est aujourd’hui retranchée dans la Maison Renaissance, l’asbl collabore toujours avec de grandes institutions telles que l’Université de Liège et l’Aquarium-Muséum. La petite équipe de l’Émulation, principalement composée de bénévoles, s’affaire à faire perdurer l’asbl et sa devise : ​Utile Dulci​ (lier l’utile à l’agréable). Le programme, éclectique et original, tourne autour de cinq piliers : Architecture, Beaux-Arts, Lettres, Musique, Sciences & Techniques. Ses événements, expositions dans lesquelles collaborent artistes et spécialistes, se déroulent dans son bâtiment mais aussi dans d’autres lieux phares de la ville.

Du Dialogue au Chaos

La méthode de travail pour les expositions actuelles et à venir est celle des binômes improbables. C’est-à-dire : unir deux professionnels d’horizons complètement différents à travailler en parallèle sur une même thématique. En 2021, c’est le thème du chaos qui met tout le monde d’accord. Un choix judicieux qui laisse courir librement l’imagination des artistes. Jusque fin février 2021, on pouvait y observer l’exposition ​Dialogue organisée par des animateurs et créateurs de nature diverses travaillant pour trois structures actives dans le domaine de la santé mentale et de l’insertion. Ces structures — l’AIGS, le Club André Baillon et Revers — se sont alliés à des dizaines d’artistes professionnels ou amateurs pour fournir des œuvres thématiques. On se permet presque de rêver à l’étage de la Maison Renaissance, au milieu des centaines d’oiseaux en origamis de Deborah Thys… alors que le sous-sol nous laisse perplexes face à un art presque bruyant de par ses nombreuses couleurs et une installation ​chaotique.​ ​Dialogue p​ ropose de mettre en avant des personnalités plus que des œuvres, ou plutôt le lien que ces personnes entretiennent avec l’art. Amateur, timide, imperceptible, la singularité est à l’avant de la scène.

La Société Libre d’Émulation, c’est donc un mélange d’Histoire, de rencontres improbables, d’enthousiastes de tous bords, de curieux passionnés. Des projets y naissent, se développent et y créent une véritable émulation.

Très prochainement

Sur la thématique du Chaos, on retrouvera bientôt Mativa-chambre 381, une exposition photographique de Baudouin Litt. Du 10 mars au 3 avril, accessible gratuitement du mercredi au samedi de 14h à 18h. (sur inscription au préalable)

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