SMASH CAMILLA : « LE QUOTIDIEN EST UNE SOURCE D’INSPIRATION INÉPUISABLE. »

Photographies © Smash Camilla, Seresian Cobra
Interview > Thomas Renauld
Rédaction > Thomas Renauld et Eugénie Baharloo

 

 

 

 

Quatremille a rencontré Smash Camilia ! Illustratrice liègeoise qui nous dévoile les détails sur son travail, ses centres d’intêret et ses actualités à venir !

 

 

 

 

Quatremille : Quelle est ta punchline (maxime/credo) ?

Smash Camilia : C’est dur comme première question ! Je crois que j’en ai un paquet, qui diffèrent en fonction du moment. J’ai beaucoup de mal quand il s’agit de faire des choix au quotidien, alors choisir une seule phrase qui résume ma façon de percevoir les choses, c’est assez difficile. J’imagine que je la trouverai un peu avant de mourir, avec le recul nécessaire.

De façon plus globale, je crois qu’il faut être gentil avec les gens, rester en colère et être patient. En mélangeant les trois, il risque bien de se passer des trucs plus ou moins cool.

 

Quatremille : Comment définirais-tu ton projet artistique (influences/activité/objectifs) ?

Smash Camilia : Ah, encore une question difficile, haha. Je suis un peu nulle pour parler de mon travail, je ne suis pas prête à signer un contrat n’est-ce pas ? Bon, je dirais que mon projet se concentre autour d’un univers assez terre à terre, ordinaire. C’est très banal mais pour moi, le quotidien est une source d’inspiration inépuisable.

Plus précisément, j’aime beaucoup puiser dans des instants pas très drôles et les traiter avec humour. Je fais aussi pas mal d’illustrations plus contemplatives, et je pense que la féminité a une grande place dans ma démarche, même si je me concentre moins dessus en ce moment.

Mon style de dessin est complètement naïf – même s’il devient plus solide avec le temps – du coup quand on regarde mes images de loin, on a l’impression que c’est quelque chose de joli et/ou enfantin. Mais quand les gens s’approchent et comprennent le contenu, ils partent souvent en faisant la grimace. Heureusement, d’autres voient ce contenu et l’apprécient d’autant plus.

Après, j’adore dessiner des choses plus douces et réellement pour les enfants. Quand on est illustrateur, il faut savoir être polyvalent pour obtenir plus facilement des contrats d’édition ou des commandes. En conséquence, je me suis dit que j’allais travailler à la fois pour les enfants et les adultes, ça permet d’élargir le champ des possibilités.

Peut-être que ça me nuira ou qu’à long terme, un univers se fera manger par l’autre, mais je ne crois pas que c’est un processus que je contrôle.

 

Quatremille : Tout en privilégiant le dessin, tu sembles élargir ta pratique à de multiples techniques. Pourrais-tu nous en citer ?

Smash Camilia : Oui, j’aime énormément découvrir et faire des expériences, du coup j’essaie de toucher un peu à tout. Je me dis qu’en faisant ça, je finirai bien par trouver la technique qui me convient le mieux et qui me rendra super productive.

Depuis quelque temps, je fais de la sérigraphie et de la gravure mais je suis encore loin d’être experte. Je fais aussi un peu de collage, je trouve ça très apaisant.

J’aimerais beaucoup essayer la broderie, la céramique et pourquoi pas le tatouage. Dans un autre registre, la vidéo m’attire de plus en plus, ça pourrait être un bon moyen de mélanger d’autres passions comme le cinéma et la musique. J’exagère peut-être un peu.

 

Quatremille : Est-ce que cette variation te vient instinctivement ou s’apparente-t-elle à une contrainte que tu te poses afin de t’améliorer et te renouveler ?

Smash Camilia : C’est un peu les deux. Je pense que si on fait tout le temps la même chose, on s’emmerde. Personnellement, je me lasse assez vite d’un projet sur lequel je travaille, donc je dois user de stratégies pour arriver à finir ce que je commence. Utiliser différentes techniques, différents outils, varier les supports et bosser sur plusieurs projets à la fois.

J’envie beaucoup le concept du plasticien, qui va réaliser une sculpture sur un thème, puis un film, puis une toile, etc. Mais je pense que c’est encore plus difficile d’en vivre, le métier d’illustrateur semble super simple à côté.

 

Quatremille : On parle souvent de la fonction cathartique de l’art. Tes œuvres semblent à la fois liées à l’univers de l’enfance et à une certaine violence. Est-ce dû à certaines de tes influences ou est-ce, plus intimement, associé à un art-exutoire ?

Smash Camilia : Finalement, ce sont deux univers qui se rejoignent. Je ne sais pas trop comment répondre à cette question, disons que lorsque je vis ou que j’entends parler de quelque chose de désagréable et que ça me touche, le mettre en scène sur le papier va m’aider à rendre le malheur esthétique. Cela va lui donner une utilité artistique et le traiter avec humour va lui enlever sa dimension effrayante.

Oui en réalité, ça ressemble beaucoup à une thérapie. Mais ça concerne juste la facette de mon travail plus « violente », comme tu dis.

Quand je travaille pour les enfants, j’ai juste envie de les faire rire, eux et leurs parents. Peut-être pour leur faire oublier toute cette violence, et me permettre de l’oublier un peu moi-même… Pour l’instant, je n’ai pas l’impression que mon travail reflète quelque chose d’aussi profond mais je pense que j’arriverai à mieux le traduire dans quelques années.

 

Quatremille : De manière plus générale, pourrais-tu définir ton/tes processus de création ?

Smash Camilia : Comme je m’inspire beaucoup du quotidien, je peux trouver facilement des idées. Ce qui est plus dur, c’est de réussir à transformer un fait banal en quelque chose d’original et percutant, qui va intéresser les gens. Je pense que mon processus de création c’est 80% de réflexion et 20% de dessin en soi. Ce n’est pas très intelligent d’ailleurs, parce le résultat n’est pas toujours complètement abouti.

J’essaie de passer de plus en plus de temps sur chaque projet, et de ne m’arrêter que quand je suis vraiment contente.

 

Quatremille : Penses-tu que Liège est une ville propice au développement de l’art et à de la culture ? La perçois-tu plutôt comme un tremplin et/ou comme un frein créatif ?

Smash Camilia : La culture occupe une place importante dans la ville, c’est certain. Mais j’ignore s’il est facile d’y développer un projet artistique.

Je pense que Liège est un super tremplin créatif, en tant qu’illustratrice j’ai participé à des expos collectives et des salons de fanzines/créateurs, c’est parfait pour avoir un premier retour sur son travail.

Comme c’est une petite ville, le risque pour moi est de me complaire dans une zone de confort et de ne pas aller plus loin dans ma démarche artistique. Liège est un peu un cadeau empoisonné pour ça, on a du mal à en sortir. Mais il y a clairement une émulation en ce moment, c’est pourquoi je reste ici, j’ai envie de savoir comment l’endroit va évoluer.

 

Quatremille : Quelles sont tes actualités à venir ?

Smash Camilia : Je travaille avec plusieurs personnes sur l’ouverture d’un atelier de sérigraphie rue Dony, dans le quartier Saint-Léonard. Le lieu est bientôt achevé, on espère y faire venir du monde lorsque tout sera mis en place.

Je fais aussi partie d’un fanzine/collectif, le Lavomatic. On vient de sortir le numéro 2 donc on est encore au début du projet mais on a plein d’idées pour la suite. On essaie de sortir un peu du concept seul de fanzine d’illustrations mais pour l’instant, on cherche. Tout le monde peut participer, même les gens qui ne font pas d’art !

En dehors de ça, je travaille sur un album jeunesse, ça prend du temps parce que j’aimerais le faire éditer officiellement mais j’ai confiance.

Sinon, j’aimerais également réaliser un album BD mais ce n’est pas pour tout de suite. Une expo solo, ce serait déjà pas mal !

 

Quelques images de ses travaux :

    

    

 

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