SLY & ROBBIE MEET NILS PETTER MOLVAER @ REFLEKTOR

{ Chronique de l’événement }
Photographies © Marie-Valentine Gillard
Rédaction > Clément Maquet / Philippe Belligoi

 

 

Il y a peu, Quatremille est allé profiter de la rencontre musicale de Sly&Robbie & Nils Petter au Reflektor et vous propose son compte-rendu à propos de cette fusion improbable !

 

LA CHRONIQUE DE CLÉMENT MAQUET :

 

« Ce lundi nous avons assisté à l’étreinte des antipodes, à la fusion de la glace et du feu, au mariage de la Jamaique et de la Norvège. Dans un Reflektor, toujours propice aux nouveaux langages musicaux, les deux papys légendaires du reggae Sly Dunbar et Robbie Shakespeare étaient entourés du trompettiste protéiforme Nils Petter Molvaer.

Dès le début, la trompette s’empare de notre attention en s’immisçant dans des nappes puis des boucles sonores pour nous amener dans un songe. Un rêve éthéré et froid venu des grands Nords qui brusquement bascule vers Kingston Jamaique dès que Sly et Robbie entrent en scène. On se retrouve transporté aux rythmes de leurs riddims imparables dans une atmosphère plus tellurique, plus proche des hommes et de leur humanité. Et c’est bon. Le groupe nous amène dans l’oxymore musical, au mariage du ciel et de la terre et des contraires qui s’attirent. Basse et batterie jouent ad libitum jusqu’à l’épuisement leurs grooves hypnotiques pendant que la trompette nous entraîne dans ses improvisations entre fulgurances soniques et poésie hallucinée. Le public clairsemé semble conquis par cette nouvelle langue pleine de la beauté des insulaires.

Au bout d’une session passée à la vitesse d’une double caisse claire, Robbie nous gratifiera de sa version du standard « No, No, No » (You don’t love me) comme pour nous taquiner de l’affection que l’on lui porte. Pour terminer, nous pourrions citer La Nuit des rois d’un autre Shakespeare: « Si la musique est la pâture de l’amour, Jouez encore, donnez-m’en jusqu’à l’excès, En sorte que ma faim gavée languisse et meure »

 

LA CHRONIQUE DE PHILIPPE BELLIGOI :

 

« C’est une affiche assez exceptionnelle que nous proposait le Reflektor ce soir-là : une réunion de musiciens talentueux venus d’horizons variés comme le jazz, l’électro ou encore le reggae/dub.
 À la trompette, se déchaînait le Norvégien et pionnier du « nu jazz » – sorte de fusion entre le jazz et la musique électronique – Nils Peter Molvaer. À ses côtés, son compatriote guitariste Eivind Aarset – évoluant dans le même genre d’univers – et le Finlandais, Vladislav Delay, connu pour ses sorties en ambiant/techno minimale sur des labels comme Chain Reaction, Mille Plateaux ou encore Raster Noton. Pour soutenir tout cela, était présente une des plus célèbres et solides sections rythmiques jamaïcaines – active depuis plus de 40 ans – ayant accompagné et produit quantité de groupes/artistes de la scène reggae dub du cru, mais aussi des stars internationales telles que Grace Jones, Gainsbourg ou encore Simply Red : j’ai nommé Sly Dunbar aux baguettes et son acolyte Robbie Shakespeare aux 4 cordes!

Et les voilà tous en scène! Le binôme basse/batterie tourne tranquillement comme une mécanique bien huilée, sans avoir besoin d’en faire des tonnes (excepté l’un ou l’autre solo de Robbie). La décontraction et la justesse avec laquelle ils touchent ou frappent les peaux et les cordes les en dispensent largement! 
Sur cette solide ossature, se balade la trompette de Molvaer… Apparaissant par ici, puis disparaissant par là, au gré de son humeur mais dans un style toujours reconnaissable. La guitare diffuse des nappes sonores ou quelques notes éparses de-ci de-là, mais jamais il n’est question de solos ou encore moins de riffs. Vladislav Delay, comme le suggère son nom, enrichit le son à l’aide d’effets façon dub judicieusement placés et triture également, de temps à autres, des ressorts ou pièces métalliques amplifiées. 
L’ambiance, dans le public, est plus à l’écoute qu’à la danse. Malgré l’irrésistible pulsation qui s’empare assez vite de moi et de mon corps, je me sens un peu le seul en mouvement face à la passivité générale d’un public plutôt clairsemé. Parfois, Sly & Robbie s’estompent pour laisser dialoguer trompette et guitare entre elles dans des moments ambiant un peu mystiques… Comme le sont aussi ces morceaux reggae roots qui font, au contraire, la part belle aux 2 Jamaïcains.

Finalement, c’est au sens propre que, un à un, disparaîtront de la scène les différents musiciens : laissant Shakespeare seul en scène! Lui, faisant mine de chercher partout après ses complices dans un numéro comique assez hilarant avant de s’exclamer « Mais où sont ils? Ils m’ont laissé ici tout seul… Mais peut-être qu’ils reviendront si on les rappelle? ». Un appel du pied auquel le public répond timidement mais suffisamment fort pour que les musiciens le gratifient d’une reprise de l’incontournable classique reggae aux multiples versions de Dawn Penn « No no no (you don’t love me) » : savoureuse cerise sur le gâteau en guise de conclusion finale d’une bien belle soirée! »

 

 

Quelques photos pour se replonger dans l’ambiance :

 

 

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On check, on partage, et on suit la page du Reflektor!