SLUGABED / TEEBS / LAPALUX @REFLEKTOR : UN MONDE DE POSSIBILITES INFINIES

Chronique : Vincent Abieri / Photographies : Maxime Lenglois

 

Malgré un bar toujours aussi fréquenté, la salle de concert de la place Xavier Neujean peine à se remplir. Tandis que Slugabed apparaît discrètement sur la scène accompagné de ses deux musiciens, une partie de l’assistance semble se désintéresser du spectacle tout en sirotant une bière. Mais comme le dit si bien l’expression, les absents ont toujours tort. Et pour cause : d’entrée de jeu, le jeune prodige du mythique label Ninja Tune place la barre très haut en nous présentant un tout nouveau live show. Soucieux d’apporter une touche de fraîcheur à sa carrière, le musicien choisit d’embaucher un batteur ainsi qu’un saxophoniste. S’accaparant les synthés, Slugabed opte pour un hip-hop à l’ancienne où les breaks nerveux et intuitifs s’accordent avec un saxophone aux notes dynamitées. Fort d’une technique irréprochable et d’une créativité hors norme, Slugabed enchaîne les compositions et répond à un des plus grands fantasmes des aficionados venus l’écouter : libérer le groove enfouit dans la machine à rêves.

Si les frasques tonitruantes de Slugabed ont su balayer d’un revers de main l’atmosphère quelque peu inanimée du Reflektor, c’est désormais au tour de Teebs de reprendre la main. Ce musicien, peintre et designer prend part à la fête en nous dévoilant certaines démos de ses travaux les plus récents et en nous gratifiant de ces morceaux ambiants enrobés d’effets dont seul l’artiste a le secret. Dialoguant avec son public, non sans une certaine timidité, Teebs empile les titres aux motifs accrocheurs, qui illustrent les singularités de sa personnalité ainsi que le côté hétercolite de sa discographie. Bien que certaines compositions semblent tourner à vide par leur longueur, on ne peut que pardonner ces faiblesses et se remettre en selle pour savourer des pépites où l’instrumental hip-hop est signe de renouveau.

La soirée se clôt sur le tant attendu Lapalux dont les structures musicales et les conceptions se révèlent être encore plus complexes que chez Teebs. Avec Ruinism, son troisième album, l’Anglais en profite pour bâtir  une réflexion à partir de nouvelles bases. Durant 1h30, l’artiste parvient à atteindre des sommets en nous emportant dans un autre cosmos, où les alternatives affluent et dans lequel tout semble vierge de vérité. Lapalux a saisi depuis longtemps que la musique possédait la capacité de bouleverser l’état des choses. Car c’est de cela dont se réclame le musicien : détruire pour mieux reconstruire. La profusion de ses idées le pousse à expérimenter toutes sortes de sonorités variées qui soulignent le caractère émancipateur et rêveur du maestro.  Et si tout était à refaire ?

QUELQUES IMAGES © MAXIME LENGLOIS

 

Commentaires

commentaires