À VIF : REQ PREND SOIN DE LUI

Rédaction : Romain Dejardin

Le self care, c’est le fil conducteur de À vif, le nouvel EP du slameur et rappeur liégeois  REQ. Lui s’est fait du bien en l’écrivant, et nous… en l’écoutant.

Entre mars et mai 2021, REQ à dévoilé À vif sur sa chaîne YouTube. Un EP 5 titres relançant sa carrière solo avec brio. Le projet est disponible en CD à prix libre depuis ce dimanche. Retrouvez REQ en concert le 11 août à la Brasserie de La Sauvenière à l’occasion de la scène slam de La Zone.

REQ - À vif © Enof
REQ – À vif © Enof

REQ - À vif © KSW Photography
REQ – À vif © KSW Photography

Avec À vif, REQ nous rappelle l’importance de se retrouver et d’être bien avec soi-même avant de s’ouvrir aux autres. Une condition qui selon lui mène au bonheur. « L’idée qui sous-tend le projet c’est le self care, c’est prendre soin de soi. La question c’est de se satisfaire soi-même et de ne pas attendre de satisfaire aux autres. Faut savoir vivre avec soi même pour vivre avec les autres » nous confie l’artiste. Une mise en question de son environnement proche qu’il a eu besoin d’exprimer musicalement grâce à son art. « La solitude je la connais. Dans le titre “Chiffré“ je dis “voilà que j’ai 22 piges et je me suis jamais senti appartenir à une communauté”, je me suis retourné et je me suis aperçu qu’il n’y avait personne autour de moi. Et du coup, il s’agissait vraiment d’apprendre à être bien avec moi-même. » Bien sûr, le bien-être est relatif et personnel mais il s’agit de réfléchir à comment l’atteindre. « Je me suis fait la réflexion y’a pas longtemps, il était 15h et je me suis dit que cette journée était vraiment bonne car j’ai eu le temps de travailler ma musique, d’étudier… J’avais déjà fait tout ce que je voulais dans la journée et il me restait du temps pour moi et pour ensuite aller chercher ma fille à la crèche en vélo. Et au soir il me restait du temps pour prendre soin de ma famille, j’ai fait toutes les choses dans une journée qui me permettent d’être bien avec moi-même. » Le projet À vif a lui-même contribué au bien-être de l’auteur en participant à l’acceptation de son image. Pour le tournage du clip de « Noyé », REQ s’est mis au défi de s’afficher à torse nu afin de proposer un résultat musical et visuel en total accord avec lui-même. « De base c’était pas prévu et moi j’avais envie d’essayer quelque chose. Ça faisait longtemps que j’avais envie de poser torse nu ou même nu pour voir ce que ça faisait et même tester quelque chose au niveau sensoriel, au niveau de l’approche que j’ai avec mon corps. À aucun moment tu te vois comme t’es et dans ma tête j’étais pas du tout comme je me vois sur ces images, ça m’a marqué car ça m’a fait prendre conscience de mon corps et du fait qu’il faut que je l’accepte. » nous confie le Liégeois qui, via son EP, nous invite à entrer dans son intimité.

Les 5 titres de À vif marquent un tournant dans la carrière artistique de REQ. Lui qui s’est fait connaître dans le domaine du slam a bel et bien commencé à écrire sur des compositions. « J’ai commencé à écrire à 17 ans dans ma chambre sur des prods que je trouvais sur internet. À l’époque, je me considérais pas comme un rappeur même si j’écrivais sur de la musique. » Mais alors, comment le considérer ? En plus de la musique, Nathan Jonniaux de son vrai nom est en voie de devenir anthropologue. Autant dire qu’il a un avis sur de nombreuses questions de société dont celles de la sexualité et de la masculinité notamment exprimées dans « Lesté » par la phrase « j’ai un sexe hybride » ici expliquée par son auteur : « ça veut dire que j’ai pas seulement un sexe en érection, je suis pas seulement un gars qui a la trique H24. En fait, cette phrase elle est là pour démystifier l’image de l’homme qui doit avoir la trique tout le temps et qui doit être performant. C’est cette image qui est rattachée à une sexualité immédiate et obligatoire. » On comprend mieux l’origine de son blaze : REQ pour Remise En Question. Ne pas s’enfermer dans un carcan permet aussi au rappeur d’explorer et de s’ouvrir vers d’autres horizons. « Le chant, c’est quelque chose que j’ai absolument envie d’approfondir dans mes projets futurs. Je suis quelqu’un qui se fait vite chier dans la musique et c’est pour ça que j’ai arrêté d’écrire du slam, car le rap c’est plus challengeant. J’ai encore beaucoup de choses à écrire dans le rap puis ça m’oblige à chanter, à aller chercher quelque chose de plus dans ma musique. Ça ouvre la voie à l’hybridation. J’ai pas envie de rester uniquement dans le rap, j’en garde le texte mais je sais que je vais en dévier. Ce ne sera pas non plus de la pop, ce sera dans un entre-deux. » On remercie d’ailleurs sa compagne Florence de l’avoir « aidé à chanter juste ».

Ayant un rapport particulier avec la scène dont il a commencé à faire l’expérience à La Zone à Liège, REQ a brillamment défendu son projet aux Connexions Urbaines et il le défendra encore prochainement à la Brasserie de La Sauvenière le 11 août aux côtés du batteur WIL et du beatmaker MaximumMinimum qui a entièrement produit À VIF. « MaximumMinimum était au Sénégal quand il a produit À vif et le batteur c’est un gars de ma fac qui était chaud de bosser avec moi. En façade, ça reste un projet solo mais il y a une collectivité derrière. J’ai envie que le set live colle avec les productions qu’on a faites ensemble. J’ai vraiment envie de m’entourer de musiciens. » nous confie l’auteur qui a eu l’occasion de développer ses compétences scéniques grâce au programme d’accompagnement ÇA BALANCE-musiques urbaines.

Vous l’avez compris, la solitude peut nous amener à nous morfondre mais elle peut aussi amener quelque chose de plus grand. Un questionnement confrontant, certes, mais qui vous fera grandir. À vif est visible sur YouTube, audible sur les plateformes de streaming et désormais disponible en CD… À suivre.