QUAND PASSION ET VOCATION SE RENCONTRENT : LE PARCOURS DE MATHILDE MANKA

Rédaction : Olivier Sogan // Illustrations : Mathilde Manka 

À l’occasion de l’exposition Kult dans ton Rhiz[H]ome, Mathilde Manka, autrice de bandes dessinées féministes, exposait ses planches dans l’un des ateliers temporaires et modulables créés par le Comptoir des Ressources Créatives. Quatremille vous propose une immersion au cœur du travail de cette artiste, qui a su lier passion et vocation.

Debout parmi les souvenirs des sept années de Kult, et les œuvres d’artistes bénéficiant des ateliers imaginés par le Comptoir des Ressources Créatives, Manka réalise une Agora Peccavi. Un concept de son invention, qui consiste en la lecture de mots confessés anonymement sur papier et mis dans une boîte. Une initiative qui vise à décomplexer les gens sur tout un tas de problèmes qu’ils rencontrent.

© Mathilde Manka, illustration tirée de la première Agora Peccavi (Septembre 2018)

En portant un œil attentif aux illustrations diffusées sur son site internet, aux planches publiées sur Boulettes à la liégeoise ou encore aux tableaux exposés rue Stalon pour tirer la révérence de Kult, on comprend que Manka touche à tout, que sa palette de couleur est large.  Et si son univers est si coloré, c’est peut-être qu’elle a toujours, dans chaque coup de crayon, les mémoire de sa passion d’enfant. Quand elle était petite, et que ses parents tardaient à venir la chercher, Mathilde dessinait son monde en attendant de rentrer chez elle.

© Mathilde Manka – autoportrait

« Petit, tout le monde dessine, mais la plupart arrêtent en grandissant. »

Ce fût aussi son cas pendant un moment : en secondaire elle arrête car ce n’est « pas cool » selon elle. Pourtant, ce rêve ne la quitte jamais vraiment. Après son année de rhétorique, au moment du choix des études supérieurs, elle s’inscrit à Saint-Luc et se rend aux journées portes ouvertes. Elle choisit l’illustration, « éblouie » par les travaux des étudiants de cette filière. C’est à cette période qu’elle se lance à fond, multipliant les expériences. Elle travaille sur des commandes pour des particuliers et des magazines, expose des tableaux tout en fréquentant les bancs de Saint Luc. Son diplôme d’illustratrice en poche, elle accélère encore la cadence : peinture sur corps, storyboards, auto-publications et ventes de fanzines dans les marchés… Elle est sur tous les tableaux !

Certaines de ses occupations représentent pourtant trop de boulot pour peu de rentabilité.

Elle en abandonne quelques-unes, trop compliquées à mettre en place et pas assez viables sur le long terme. Mais la chance sourit aux audacieux, à ceux qui se donnent à fond pour atteindre leurs objectifs.  Assise devant un café, dans son atelier situé rue Hors-Château, Mathilde égrène les souvenirs de ses travaux. En 2015, alors qu’elle croquait la conférence Féministe Toi-même, on lui propose de faire la même chose pour une autre conférence, Stop Slut-shaming, organisée par le Centre de Planning familial en mai 2017.

© Mathilde Manka, Illustration tirée de la conférence Stop Slut-shaming (mai 2017)

Le premier d’une longue série

Par la suite, l’illustratrice n’a cessé de mettre son art au service de la cause féministe. Un combat qui lui tient à cœur et dont elle découvre la portée en fréquentant les blogs de Mirion Malle et en lisant les articles de Madmoizelle. Ces modèles l’ont aidé à « démystifier la féminité par l’humour » : en parcourant ces articles, elle comprend que « le sexisme touche tous les aspects de la vie ». Avec la taxe rose, qui désigne la différence de prix entre produits pour hommes et produits pour femmes, même « le prix des rasoirs des femmes est plus cher ». Elle en parle dans une BD illustrée par elle-même, co-écrite avec Boris Krywicki et publiée dans le numéro 12 de Médor en septembre 2018. 

©Thibault Godefroid – une des BD de Mathilde Manka pour Femmes Plurielles

« Même dans le domaine artistique, il y a des disparités. »

Tandis qu’on trouvait naturel qu’elle fasse de l’illustration parce qu’elle est une femme, d’autre aspects de l’art graphique, comme le graff, restaient hors de sa portée.  « J’ai toujours voulu en faire. J’étais très impressionnée parce que j’avais l’impression que c’était un milieu très fermé. Je ne connaissais pas du tout la technique, je ne connaissais pas les gens ; c’était inaccessible. » Une autre barrière qu’elle tente pourtant de briser : elle a sauté le pas depuis un peu plus d’un an, initiée par  Johnny Boy, membre du collectif Les Débrouillards.

Une auteure féministe, mais pas que…

Si la question des genres tient une place particulière dans son art, il serait malhonnête de ne la réduire qu’à cela. Elle est avant tout une personne qui se bat pour ses idéaux, comme en témoignent les planches réalisées pour le trimestriel Femmes Plurielles, dont l’une d’elles traite d’écologie. Reste à savoir de quelles teintes seront faites ses prochaines œuvres !

© Mathilde Manka, autoportrait

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