PUSSY : DES CHATS ET DE L’ART À LA SPACE COLLECTION

Interview : Julie Hanique / Photographies : G. Marcos

Dans le cadre de la Biennale de l’Image Possible (BIP), la SPACE Collection accueille pour la deuxième fois Michael Dans comme commissaire d’une exposition collective. En duo avec l’historienne de l’art Pauline Salinas, le plasticien s’intéresse au thème du chat dans la création contemporaine en rassemblant une trentaine d’images, principalement des photographies, mais aussi deux vidéos. Cette exposition, qui initie un cycle de thèmes simples et potentiellement populaires, s’accompagne d’une publication, premier tome d’une collection en construction aux Éditions du Caïd. À cette occasion, Quatremille a rencontré les deux curateurs.

Quatremille : Le chat, c’est à la mode ou indémodable ?

Michael Dans : Comme Pauline l’explique dans son texte, c’est un thème ancien, qui a un rôle majeur dans l’histoire de l’art. Mais nous avons aussi voulu montrer l’importance de sa place dans cette période trouble, où rien n’est rose. La demande de la Police bruxelloise de publier des chats sur les réseaux sociaux au moment des attentats a été un genre de déclencheur pour cette exposition.

Pauline Salinas : La surmédiatisation de petites bêtes poilues et mignonnes, c’est de l’ordre de la fuite, du refus d’affronter les problèmes de la réalité en se réfugiant dans le futile. Le chat, c’est aussi un animal très individualiste, une valeur qui est centrale dans notre société : le « chacun pour soi », « après nous, les mouches ». Il y a un effet miroir, de mimétisme.

M : Et réellement, nous adorons les chats. En fait, nous sommes tous de gros chats qui nous nous promenons dans une grande boîte à caca…

P : Dans la scénographie, nous nous sommes fait plaisir en accentuant la mise en abîme : tout le sol de l’espace d’exposition a été recouvert de litière. L’effet est saisissant car la SPACE est installée dans un ancien appartement. Ça donne une dimension étrange : comme si une vieille folle aux chats avait laissé les choses dégénérer et que son appart’ s’était transformé en énorme litière.

M : L’exposition joue beaucoup sur les rapports d’échelle. C’est également l’effet de la projection de l’ombre chinoise d’un chat en plein saut que le public pouvait découvrir de la rue au moment du vernissage.

Quatremille : Sur chaque mur de l’exposition est placé un présentoir avec un exemplaire du livre Pussy. Dans quel but ?

P : Ce sont deux projets qui sont nés en même temps, en parallèle : des expositions et des livres. C’est la première parution d’une mini-collection, Caïdoscope, aux Éditions du Caïd. Elle se construit autour de thèmes qui peuvent avoir l’air bateau au premier abord, mais dont les artistes vont s’emparer avec leur propre regard, leur identité esthétique.

M : C’est une collaboration avec Pascal Schyns, avec qui j’apprécie beaucoup travailler. L’édition est soignée et le prix modéré, il va donc falloir vendre un certain nombre d’exemplaires avant de pouvoir sortir les autres. Les neuf autres thèmes sont déjà choisis : Taxi, Roses, Pony, Fire, Ride, Lipstick, Cactus, Rock ‘n roll, Stars. L’idée était de commencer avec les chats, car c’est le sujet a priori le plus aguicheur, qui pourrait attirer un public qui en général n’achète pas de livres d’art. Mais bon, le premier titre pose déjà problème, car les libraires ne veulent pas présenter en vitrine un livre qui s’appelle Pussy et a donc une connotation sexuelle. C’est aussi l’injure utilisée pour désigner un faible ou une « lavette » qui nous a plu dans ce mot. Ça peut être vu comme un hommage aux gros mecs barbus qui ont envie de jouer avec leur animal de compagnie et de le photographier, ou qui regardent des vidéos de chatons.

Quatremille : Vous aviez déjà travaillé tous les deux sur une exposition ?

P : Pas vraiment. J’avais écrit le petit texte du catalogue pour le Prix Jeune Artiste de la Fédération Wallonie-Bruxelles, dont Michael assurait le commissariat.

M : C’est comme ça que j’ai eu envie de travailler avec Pauline, qui a la capacité d’écrire rapidement  des choses intéressantes. J’avais déjà eu l’occasion de monter une expo à deux avec le projet Bates Motel à la SPACE et j’avais trouvé ça génial. Comme co-curateurs, nous avons pratiquement tout préparé ensemble, notamment la sélection des artistes pour laquelle nous étions complémentaires.

P : Nous avons notamment découvert le travail de Rita Lino sur Instagram, qui a rapidement accepté de participer. Certains artistes ont réalisé des images spécialement pour cette exposition et d’autres ont proposé des photos plus anciennes, mais avec de nouvelles compositions, comme Michael Briglio-Nigro ou Patrick Mascaux. Nous avons contacté des artistes de générations et parcours très divers et les connexions se sont tissées naturellement sans se concerter. Il y a des images de toutes sortes, des mignonnes, des presque abstraites, certaines montrent des chats estropiés ou morts… La sélection offre des formats, des supports d’impression et des encadrements particulièrement variés.

M : L’accrochage final est un travail de synthèse. Nous avons pu faire une sélection dans un grand nombres d’images proposées par les artistes. La SPACE permet ce type de processus, et je tiens à remercier toute son équipe pour la grande liberté qu’elle nous a accordée. Les choix ne se sont figés qu’en dernière minute, car pas mal de photographies nous ont été apportées juste avant le vernissage. Nous étions en confiance et c’était à chaque fois de belles surprises.

Quatremille : Quand se termine l’exposition ?

P : Le 1er avril… Et bien sûr, nous vous réservons une surprise. Nous allons trouver une autre idée après le goûter thématique du cuisinier Bertrand Mathieu. Il nous avait concocté des terrines chocolat-speculoos qui ressemblaient à des pâtés pour chat, ainsi que des fruits enrobés de chocolat et de graines de sarrasin aussi effrayantes que délicieuses dans leurs petites litières…

Pour plus d’infos sur l’expo : www.space-collection.org et www.bip-liege.org

Le livre Pussy est vendu au prix de 20 € dans les meilleures librairies ou en ligne aux Éditions du Caïd : https://www.editionsducaid.com/

Le travail photographique de Michael Dans est aussi à découvrir prochainement dans l’exposition solo That kind of Wonderful à la Galerie Nadja Vilenne (vernissage le 16 mars).