PREMIÈRE BELGE TRANSPERCÉE POUR SOPICO, LE STREET SAMOURAÏ ÉVADÉ DU DOJO !

Chronique : Lucien Halflants / Photographies © Florian Allegro

Quelques jours avant Lomepal, conquérant poète, silhouette longiligne autour de laquelle se pressent les foules, c’est un autre bouffeur de bitume parisien qui vient retourner Liège. Il est 21h30 quand Sopico monte sur scène après Lord Gasmique, une première partie peut-être sublime, mais sur laquelle il me serait bien impossible d’écrire un mot : sombre histoire d’organisation, de rencontres fortuites et de temps tué en l’absence d’un ami.

Il est donc 21h30 quand l’homme gagne la scène. Allure de street samurai, cheveux longs attachés sous casquette rivée en deçà du regard. Le public, d’ores et déjà en feu mais clairsemé en raison d’un succès qui démarre mais ne plane pas encore, l’acclame. L’artiste, son wingman et l’homme aux mains de platines enchainent quelques morceaux, bandes passantes à fond. Le temps court, la chaleur monte, les voix amplifiées se posent, celle de la fosse commune s’élève.

Quelques tracks plus tard, Pico prend la parole. Il sourit, parle doucement, déclame son amour pour ceux qui sont là et ceux qui l’aiment et le soutiennent. Il prend son temps, enlace son acolyte, ami de toujours, parle de lui, parle de nous, pour nous, et ose le silence entre les chansons (chose totalement étrangère à la très grande majorité des scènes animées par des beats aussi urbains). Il prend son temps pour l’offrir tout en douceur à une demi-salle de plus en plus conquise. Moi aussi.

Puis, comme une parenthèse rêvée mais attendue, dans un silence quasi mystique, il prend sa guitare, la branche dans un buzz effroyable, « tout en violence » comme ses propres mots, l’accorde longuement et, presque dans un murmure, échange quelques mots avec les premiers rangs. La sentence va bientôt tomber. Taillé au métronome, il balance son flow dansant sur une guitare au cordeau. Tac, tac, tac. On entend presque les temps dans sa tête. Arpèges et punchlines poétiques, le Parisien est seul, son équipe le regarde, l’attend avec respect, le filme pour l’offrir au monde au moins pour les vingt-quatre heures d’une story Instagram.

Voilà, la foule est chaude et désormais charmée, reste à l’électriser. Un, deux, trois, ça y est. Les instrus reviennent au galop, plus lourdes que jamais. Les deux rappeurs s’en donnent à cœur joie pendant une bonne trentaine de minutes pour s’éteindre dans un Arbre de Vie à la rigueur reggaeton, comme un premier adieu, forçant les quadriceps et carrés fémoraux à se tordre et à se tendre sur des rythmiques à contre-temps. Mais la petite foule n’en aura que faire. Rappelé plusieurs minutes, il achèvera son œuvre des soirs répétés dans la douceur d’un dernier guitare-voix : le Hasard ou la Chance, si mes souvenirs sont bons. Vidé et apaisé, le monde s’en ira reprendre ses activités nocturnes.

Les mots ciselés se sont abattus comme des lames teintées d’or dans la chaleur de l’asphalte. À Liège, Pico a percé et a montré qui il était dans une troublante intimité. Sopico, c’est la street qui a troqué l’uniformité pour un mélange des genres, des ambiances, des sonorités et des matières. C’est la douceur d’un homme qui transperce les âmes avec ses armes codifiées. C’est un jeune Français échappé du Dojo qui transporte ses envies et idéaux à bout de volonté. C’est un flow qui danse et embras(s)e des obsessions à travers une forme maitrisée. Sopico, c’est bien des choses mais surtout un bon paquet de talent.

 

QUELQUES IMAGES © FLORIAN ALLEGRO

Première partie / Lord Gasmique

Deuxième partie / Sopico