PILE OU FACE ? JE SUIS UNE HISTOIRE

Interview : Cécile Botton / Photos : Gauthier Mullenaets & Dominique Houcmant/Goldo

Durant le Festival de Liège, nous retrouvons FACTORY, trois jours dédiés aux artistes émergents. À cette occasion, Quatremille est parti à la rencontre d’Anthony Foladore et de Simon Fransquet, qui présentent leur pièce Je suis une histoire. Nous vous confions leurs confidences ainsi que notre ressenti du spectacle.

© Dominique Houcmant/Goldo

Je suis une histoire, une pièce menée par un duo double face qui s’est rencontré et découvert au fil des représentations de Montenero pour Simon et Des fils de Hasard, Espérance et Bonne Fortune pour Anthony. Ces spectacles ont rapproché et emmené les deux artistes vers un nouveau défi : celui de raconter les histoires de gens ordinaires, ceux qui ne sont pas assez riches, pas assez pauvres, pour qu’on prenne la peine de les raconter. « Pour écrire, je m’inspire de ma vie, de mes rencontres, des histoires que j’entends. Ici, j’ai mis en avant une personne de mon âge que j’ai bien connue et qui est morte… Et je me suis dit, ces personnes deviennent des histoires de villages, de comptoirs… on en parle en coup de vent, et puis la vie continue. »

Côté face, Anthony Foladore, initiateur du projet…

© Gauthier Mullenaerts

Après des études de photographie à Saint-Luc, il poursuit au Conservatoire royal de Liège en art dramatique. « Je n’avais pas envie de rester derrière l’appareil, je ressentais le besoin d’être aussi devant », lâche l’artiste. Ces études lui ouvrent des portes sur le théâtre où il démarre avec Fabrice Murgia, l’actuel directeur du Théâtre National. En parallèle, il met son talent au service de la télévision dans la série Ennemi public (saisons 1 et 2), et du cinéma dans différents courts métrages, dont La part sauvage de Guérin Van Vorst, ou encore, dans le dernier film des frères Dardenne, qui sortira prochainement. Élu Jeune Poète national en 2016, Anthony aime écrire. « J’ai commencé à écrire du rap et du slam vers 12 ans. À 20 ans, j’ai d’ailleurs gagné un concours à La Zone à Liège, et puis j’ai représenté la ville dans un concours de slam en France. Dans la pièce, il y a un texte qui devient une chanson…. Ça me donne vraiment envie de refaire de la musique ! »

Côté pile, Simon Fransquet, tout juste lauréat des Magritte du cinéma 2019 pour la musique du film Au temps où les Arabes dansaient de Jawad Rhalib !

© Cérémonie des Magritte

Après Saint-Luc et le Conservatoire royal de Liège en guitare classique, Simon termine ses études au Jazz Studio d’Anvers. « J’ai également suivi une formation chez Renzo Salvador, un luthier liégeois avec qui j’ai construit une guitare huit cordes unique au monde… à moitié contrebasse et à moitié guitare. » Compositeur, musicien multi-instrumentistes, professeur et luthier à ses temps perdus, l’artiste enchaine les compositions tant pour le cinéma, que le théâtre et la télévision. Depuis toujours, il compose pour tous ses projets. « Je joue de la guitare depuis que je suis tout petit, j’ai toujours été passionné par la musique et le cinéma », conclut le musicien.

Alors, ni pile, ni face…

© Gauthier Mullenaerts

Ces deux artistes, à la créativité débordante jonglent avec les deux côtés de la pièce, développant ainsi une alchimie bien ancrée. Si Simon s’inspire du texte d’Anthony pour composer, ce dernier se nourrit de la musique pour amplifier son écrit. Sept jours de travail intensif donnent naissance à une création inédite dans laquelle musique et texte se chevauchent dans une parfaite harmonie. Un véritable travail collaboratif ! « Nous avons un parcours semblable, et donc ça a collé tout de suite », explique Simon, « nous nous sommes un peu éduqués tous seuls. Devenir artiste, c’est une façon de grandir par l’écriture ou la musique, une manière de raconter une histoire, de nous en sortir ! » 

© Gauthier Mullenaerts

À pile ou face au gré des rencontres…

À chacun son histoire, forgée par les rencontres qui nous entraineront sur les chemins de la vie avec ses aléas aussi imprévisibles qu’anodins, mais qui toujours prendront le dessus du quotidien… telle une pièce jetée ! Du côté face, émergera une lumière conduisant à la reconnaissance, alors que le côté pile provoquera une indifférence pouvant mener aux ténèbres. À travers ses personnages, Anthony questionne le monde, raconte l’ordinaire. « Les personnes qui ne bougent pas ne peuvent pas grandir, être curieuse de la vie, évoluer, changer… Moi, grâce à mes études, j’ai pu voyager et m’ouvrir au monde ! » À Simon d’enchainer : « Et puis le café du village, c’est un microcosme, une manière de rendre hommage à tous ces gens ordinaires, une façon de mêler réalité et fiction. Avec la machine à histoire, nous changeons le cours de la vie ! » 

Une machine à histoire… côté pile, côté face

Le génie de l’auteur, avoir intégré une machine pour transformer la vie de ses personnages au gré de ses envies ! « En fait, il y a plein de points de vue sur les histoires, on peut les changer, se les imaginer … »

© Gauthier Mullenaerts

Et de conclure…

Bercée par la voix d’Anthony et la musique de Simon, Je suis une histoire m’a emportée dans un voyage sans fin… Impossible de rester insensible aux histoires de gens qui nous entourent tout en étant souvent invisibles. La sensibilité et la sincérité dégagées par les deux artistes vous emmènent au cœur de leur vie. Et lorsque le rideau tombe, vous n’avez qu’une envie, une nouvelle histoire car vous n’avez pas vu le temps passer.

© Gauthier Mullenaerts

Alors espérons que Factory soit une porte ouverte sur un budget permettant d’étoffer le projet. « L’idée de faire tout à deux », confie Simon, « c’est de tourner facilement car notre but, c’est que cette histoire fasse le tour du monde ! »… « Que la petite histoire du mon village sorte de Belgique, tu vois… si je m’en inspire, tout le monde peut s’y retrouver ! », conclut Anthony.

© Gauthier Mullenaerts

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