PHILIPPE DEBONGNIE, L’HUMAIN AVANT TOUT

Questions : Rachel T. Nardellotto / Réponses : Philippe Debongnie / Photographies © P. Debongnie / Rédaction : Ludovic Minon

 

Passionné de jazz, l’illustrateur Philippe Debongnie jongle entre différentes techniques et autant de projets. Du papier-crayon au digital, ses créations aux multiples lectures « partent de l’humain et s’adressent à l’humain ». Qu’il parle du jazz ou du sauvage, cet artiste éclectique nous raconte des histoires, tout en images.

Quatremille : Hello Philippe, pourrais-tu nous donner ta punchline, ton credo ?

Philippe Debongnie : Mon truc à moi, c’est de raconter des histoires avec des images. Je n’écris pas très bien par contre, mais j’adore travailler avec les images. Que ce soit en peinture ou en collage, en créer de nouvelles qui racontent des choses m’amuse et me passionne à la fois. C’est donc ce que je fais avec tous les moyens à ma disposition : les formes, les contrastes, la composition, les couleurs et puis surtout, dans le cas des collages, avec toutes les références indirectes induites par le type d’images avec lequel je travaille.

Quatremille : Quel paradoxe fort définirait au mieux ton univers artistique ?

Philippe Debongnie : Un paradoxe ? Pas facile celle-là… Je dirais que j’essaie de faire des images nouvelles qui ont l’air anciennes. Dans l’idée de raconter des histoires avec mes images, je tente de leur donner une présence, une essence la plus forte possible. Je cherche à leur conférer un côté vintage, mais aussi un côté pop. L’équilibre entre les deux n’est pas toujours facile à trouver mais c’est l’idée, le but que je me fixe. Dans mes collages en tout cas !  

Quatremille : Ton travail semble être à la rencontre du manuel et du numérique. Comment jongles-tu avec l’un et l’autre ?

Philippe Debongnie : Assez naturellement en fait. J’aime autant l’un et l’autre médium : je prends le même plaisir à travailler au crayon ou à la peinture sur du papier que dans Photoshop à mélanger des images. Et pourtant le travail, la manière de fonctionner, la visée, le temps passé… Tout est différent. Au cours d’une journée, je passe facilement d’un médium à l’autre sans heurts. À nouveau, c’est assez fluide.

Quatremille : Tu dis que tu aimes que ton travail inspire « quelque chose de fait main mais d’un peu dérangeant à la fin ». Pourrais-tu nous expliquer ce que tu entends par là ?

Philippe Debongnie : Souvent, mon travail a un impact visuel assez évident. Au résultat, mes images sont toujours facilement lisibles, claires, simples. Pourtant, elles sont toutes le fruit d’un lent et long travail de calibrage (pour les collages) et de peinture (pour les portraits de jazz). Sur un portrait comme sur un collage digital, je peux passer jusqu’à une semaine. Tout au long de ce travail d’élaboration, mon but est d’amener l’oeuvre au maximum de son potentiel mais aussi de mes capacités. Je ne suis satisfait qu’une fois que l’image devient fluide, limpide. Et je pense que lorsque quelqu’un regarde mes images, il sent ce travail. L’image parait évidente, mais elle est aussi plus profonde qu’elle ne le laisse paraitre de prime abord. C’est assez clair avec mes paysages typographiques : il faut un certain temps avant de comprendre que les lettres ne font en fait pas partie de l’image de base et qu’elles ont été ajoutées. Mon but est que l’image ne fasse plus qu’une avec les lettres et le message.

Quatremille : On peut également lire que ta principale inspiration est l’humain : son comportement, son habillement, ses propos… Pourrais-tu développer ?

Philippe Debongnie : Je suis profondément humaniste. Pour moi, toute démarche artistique part de l’humain et s’adresse à l’humain. Je suis fasciné par les gens, les goûts, les couleurs, les envies, les manières de se comporter. On a beau dire que tout les goûts sont dans la nature, parfois ça étonne, surprend, amuse, impressionne. Chaque personne raconte une histoire et chaque visage porte cette histoire. Gaie ou triste, assimilée ou subie, elle est là et on en peut pas s’en défaire. Ces histoires me parlent et me touchent. Cette fascination pour l’histoire portée par des personnes constitue la base de mon travail de portraits.

Quatremille : Y a-t-il tout de même des artistes qui ont marqué ton parcours et influencent ton travail ?

Philippe Debongnie : Oui bien sûr, j’ai fait des études artistiques et j’ai donc eu toute une série de cours d’histoire de l’art, de sémiologie, d’esthétique, etc. Je suis très touché par les expressionnistes abstraits : Mark Rothko, Barnett Newman, Jackson Pollock,… J’aime vraiment beaucoup le travail de Gerhard Richter, Egon Schiele, Giacometti, entre-autres. Leur influence sur mon travail est loin d’être visible mais elle est certaine. Mais je ne pense pas avoir de lien direct avec aucun artiste dont j’admire le travail. Par contre, pour ce qui est des artistes actuels, j’apprécie énormément le travail de Laurindo Feliciano, de Keith Henry Brown et de Joe Ciardiello qui sont trois illustrateurs très talentueux. Les dessins de Yann Bagot me parlent également beaucoup.

Quatremille : Y a-t-il un(e) artiste (toutes disciplines confondues) avec qui tu aimerais collaborer ?

Philippe Debongnie : Laurindo Feliciano cité précédemment. Yann Bagot également. Des écrivains : Vincent Engel, François Emmanuel, Laurent Gaudé, Philippe Claudel et Alessandro Baricco. Tous ont écrit des histoires magnifiques ! Des musiciens, trop nombreux pour les citer ! Bien que je ne sois absolument pas musicien, j’écoute de la musique en permanence et j’adore rencontrer et collaborer avec des musiciens. Rendre leur univers musical en image est un travail passionnant.

Quatremille : Comment comptes-tu faire évoluer ton travail à l’avenir et où pouvons-nous suivre son évolution ?

Philippe Debongnie : Pour les portraits de famille, je suis en train de travailler avec Cindya Izzarelli à l’élaboration d’un ouvrage qui racontera l’histoire de plusieurs des personnages, leurs vies, leurs joies et leurs déboires. Un travail passionnant mais de longue haleine. Pour la peinture, je ne sais pas encore où elle va me mener… Je travaille toujours sur des portraits de musiciens de jazz, parfois sur d’autres sujets mais je n’ai pas encore démarré de série dont je puisse dire « voilà, c’est vers là que j’ai envie d’aller ». Je connais le médium (la peinture à l’eau) mais pas encore le sujet. On verra.

Quatremille : As-tu quelque chose à ajouter ?

Philippe Debongnie : Non, pas à l’instant. Si vous désirez des précisions sur l’un ou l’autre de mes propos, n’hésitez pas !

Quatremille : Merci !

Philippe Debongnie : Merci à vous !

 

 

Le travail de Philippe Debongnie est à suivre sur son site personnel et par inscription à sa newsletter (www.philippedebongnie.be), ou via sa page Facebook.

Nous vous invitons également à visiter son blog consacré aux portraits de jazz.