PERSONNE N’EST PROPHETE EN SON PAYS

Chronique : Yves « Shimikal » Nshim / Correction : Ludovic Minon / Photographies : ÂA, Nooz

 

Drogue, luxure, sexe, gourmandise… entre vices et vertus, ce n’est pas une nouvelle série HBO qui m’a charmé lors de cette rentrée mais le nouveau projet solo « Sinner in Paradise » de l’artiste liégeois ÂA (Âtlaï Abdallah), également chanteur d’Okapi And The Architect qui viennent également de sortir leur EP « Holy Garden ».

La première fois que j’ai rencontré ÂA, on m’avait parlé de lui comme d’un lover, une sorte de Chris Brown : pas parce qu’il aurait tendance à cogner ses conquêtes mais peut-être à cause de son attitude et quelques traits de ressemblance physique. Papillonnant entre arrogant conscient de son talent et bourreau des cœurs, ténébreux et charismatique.

Loin de tout ça, j’ai plutôt vu un personnage réservé. Pas comme quelqu’un qui aurait quelque chose à cacher, mais plutôt comme un livre ou un disque dont on serait persuadé qu’il renferme un message qui va œuvrer à notre épanouissement. J’ai rencontré un alter ego limite timide, d’où certainement ce besoin de se purger par l’écriture. Ainsi que par les images. Parce qu’en plus de nous emporter dans un univers musical éclectique qui passe de la Nu Soul et du RnB à des rythmiques orientales, caribéennes et africaines, de l’afro-pop à la house, entrecoupé de balades toutes mélodieuses, les vidéos psychés de cet artiste torturé sont un univers en soit. Ajoutez-y des paroles profondes sur la société de consommation ou l’hyper-sexualisation des relations interpersonnelles, des textes introspectifs chantés sans honte ni censure, et vous obtenez ce cocktail explosif qui fait de « Sinner in Paradise » un des meilleurs EP que j’aie eu l’occasion d’écouter.

L’artiste ressemble donc plus à Kid Cudi ou Franck Ocean qu’à un Chris Brown. Pourtant, en écrivant cet article et après avoir écouté en boucle « Sinner in Paradise », il m’est impossible de vous dire en un mot dans quel univers musical il va vous plonger. C’est notamment dû au génie de l’artiste parisien Kaahem qui revêt pour l’occasion sa casquette de producteur. Avec ce deuxième EP en solo, ÂA signe ici un des projets musicaux les plus abouti produit ces dernières années. Ça reste mon avis personnel, certes, mais de tout point de vue et ce depuis l’accouchement de son ainé « Show Me Kinshasa Again », que ce soit les textes, le choix des prods ou les mélodies à la guitares posées calmement par son acolyte Mohammed Drizi, ÂA se confirme comme un artiste avec lequel il faudra compter dans l’avenir.

Bien qu’ÂA semble parfois torturé, l’artiste a clairement la tête sur les épaules. On sent de bout en bout de cet EP – qui se savoure beaucoup trop vite – qu’il est plus que sûr de lui, lucide. Finies les illusions, ÂA est prêt à tout donner pour faire connaitre sa musique.  Dans cet EP à écouter avant ou après le travail, avant ou après une sortie, solo ou en couple, ÂA s’assume totalement. S’amuse aussi, sans tabou : entre ivresse et vitesse, on partage un bout de route coincés dans cet embouteillage qu’est la vie. Entre zouk réflectif et afro-house introspective, conversation intimiste et allégorie magique de cette cité ardente qu’on aime tant, l’identité est multiple et plurielle, mais surtout fièrement portée, balancée et cadencée.

Un mixage de qualité permet de suivre les différentes histoires racontées par chaque morceau. Sincère, authentique et sans prise de tête, bien que lui se soit clairement pris la sienne sur plusieurs passages de ses textes. L’album est un plaisir pour les oreilles, ses vidéos un délice pour les yeux. Il saura, nonchalamment, vous faire penser et danser en même temps. Cette dualité entre rythmes joyeux et textes introspectifs donne une impression de ‘pas assez’ sans jamais être moraliste. Parce que s’il y en a une, de morale, elle n’est pas la même pour tous, et c’est sans jugement que l’EP se termine comme un hymne à la vie à travers nos vices.

En fait, c’est comme si cet album était trop visionnaire. Dans le temps et dans l’espace. Les seules fois où l’oreille dérape sont lorsque ÂA change de langue sans prévenir, mais les jeux des sonorités ainsi ajoutés aux jeux de mots en valent la chandelle. La question que je me pose à force d’écoute reste la suivante : « Pourquoi ÂA n’explose pas ? » Peut-être que pour une fois l’expression galvaudée « Vous n’êtes pas prêts ! » prend tout son sens. Un prochain EP le consacrera peut-être tout en continuant de nous enjailler sur scène (il a d’ailleurs été retenu pour les Francosessions 2018). En tout cas je reste sur cette impression qu’effectivement personne n’est prophète en son pays… Faudra-t-il encore attendre un adoubement français pour se rendre compte une énième fois qu’on est passé à côté d’un incroyable talent ?

EP Disponible ici :

Spotify → http://spoti.fi/2gkdrgH

Deezer → http://bit.ly/2yojIPq

iTunes → http://apple.co/2kQAjWk

Soundcloud → http://bit.ly/2yfrbjv

Amazon → http://amzn.to/2yu2hfy

ÂA Facebook https://www.facebook.com/AAtheweirdo/

ÂA Instagram weirdokapi    ou  https://www.instagram.com/weirdokapi/

Prestations à venir :

Le 2 Février 2018 à La Zone

Le 17 Février 2018 au Reflektor

Francosessions 2018

 

 

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