PEP’S ARTISTES : QUENTIN LÉONARD, D’ICI ET D’AILLEURS

Interview : Cécile Botton

Pep’s artistes ou la mise en lumière d’artistes aux propositions multiples. Cette fois, c’est au Liégeois Quentin Léonard de se prêter au jeu. Guitariste, écrivain, chanteur, compositeur, producteur, professeur, cet artiste engagé ne compte plus ses projets et cherche désespérément la 25ème heure. Plongée au cœur d’un artiste en quête d’intériorité !

Quentin Léonard en concert © Quentin Léonard
Quentin Léonard en concert © Quentin Léonard
D’ici et d’ailleurs

« Je suis Leonardo Claudio Davi et je m’appelle Quentin Léonard. La nuance est déjà là, c’est que je suis d’ici et d’ailleurs, je suis ici et je viens d’ailleurs. » Adopté, Quentin a trois ans lorsqu’il arrive en Belgique. Dès le début de l’interview, l’artiste joue avec cette quête identitaire. Toute la vie de l’artiste se construit un peu sur ce double tableau : choisir au gré de ses envies ce à quoi il se sent correspondre, ce à quoi il s’identifie et donc finalement ce par quoi il se définit. « Un sujet intarissable puisque pour autant de cartes, autant de réalités et donc autant de livres, autant d’envols. » Mais au cœur de cette quête, la musique !

Ramassette et balayette pour unique guitare

Vers l’âge de 3 ans, à peine arrivé en Belgique, Quentin mime la guitare avec la balayette et ramassette de ses parents adoptifs ! « Avais-je vu ça dans ma prime enfance, je n’en sais rien du tout, mais à force de faire ça, mes parents m’ont très vite offert une guitare en plastique à l’effigie des schtroumpfs ! »  Deux ans plus tard, toujours accro à cette guitare, il rentre à l’académie et rencontre son professeur de guitare. « Je le considère comme étant mon seul professeur de musique même si j’en ai rencontré d’autres et pardonnez-moi pour les autres, mais c’était vraiment mon mentor… » Un enseignant progressiste qui a eu l’intelligence d’être à l’écoute des besoins de cet enfant et ado pour qui la guitare est devenue une passion qui ne l’a jamais quitté. « J’ai vraiment ce souvenir que la guitare était quelque chose de quotidien. »

A 3 ans, Quentin Léonard et sa guitare à l'effigie des schtroumpfs © Quentin Léonard
A 3 ans, Quentin Léonard et sa guitare à l’effigie des schtroumpfs © Quentin Léonard
À la quête de ses origines

À l’âge de 22 ans, Quentin décide de s’envoler vers le Brésil, cette terre qui l’a vu naitre. C’était en mars 2006. Un périple d’un mois pour renouer avec ses racines, sillonner sa terre natale au fil de rencontres et découvertes afin de profiter pleinement de l’instant présent. Avec une seule envie : transcrire cette expérience et ses ressentis en chanson. « Je pense d’ailleurs que le voyage a changé ma façon d’écrire la musique ! » Auparavant, l’auteur composait des chansons sombres, parlant des difficultés de la vie. « Je parlais de moi, de ce que j’observais chez les autres, et donc, forcément, c’était des paroles assez dures touchant l’amour blessé, le suicide, la drogue… » Depuis ce voyage, il se sent porteur d’informations, personne relais. « Je me mets en scène, mais ce n’est pas moi. » Des chansons en français pour cet amoureux des mots qui aime jouer avec les deuxièmes et troisièmes degrés de lecture. « Le francophile que je suis s’attache à l’intelligence de l’utilisation d’une langue et j’accorde tout son sens dans le choix d’un mot plutôt qu’un autre… Celui que je choisis a vraiment sa place et donc son sens ! »  

Un voyage riche en écrits

« Finalement je me suis pris au jeu d’écrire chaque jour un journal intime, ce que je n’ai jamais fait de ma vie. » De ce voyage, il revient avec un paquet de notes quotidiennes qu’il ne pouvait laisser se détériorer dans un tiroir. Au fil du temps, les notes arrivent à leur forme actuelle et donne naissance à l’autofiction L’envol de l’oiseau, présentant le point de vue d’un adopté considérant son adoption comme une étape positive de sa vie « Je voulais juste transmettre quelque chose, notamment à mes parents adoptifs, sans faire de dégât, alors j’ai un peu romancé l’histoire. »

Au départ, point de publication prévue, juste une envie de garder une trace de son voyage afin de la partager avec ses proches. Cependant, une personne lui fait cette confidence : « Dans ton livre, j’ai découvert des questions que je ne suis jamais arrivée à formuler à mon fils que j’ai adopté. J’espère qu’avoir lu ces questionnements va m’aider à trouver les mots pour les poser à mon fils. ». Ce témoignage le pousse à dépasser la dimension égo de l’acte d’écrire. « Là, quelqu’un s’est approprié mon texte, c’est ça qui m’a touché… voilà pourquoi je l’ai publié ! » Trois semaines plus tard, le livre sort. À travers cet écrit, c’est d’abord la question métaphysique « Ai-je le droit d’être où je suis ? » qui est abordée.  « Je pense que cette question va au-delà de l’adoption, c’est une question qui peut être universelle… qu’on grandisse dans sa famille biologique ou non, j’ai l’impression qu’on se demande toujours à un moment donné si on est au bon endroit. »

L'envol de l'oiseau © Quentin Léonard
L’envol de l’oiseau © Quentin Léonard
Pédagogue dans l’âme

Passionné, Quentin donne des cours de guitare dans lesquels il essaie de partager son amour de la musique. « À chaque cours, j’essaie de trouver chez mon élève la petite ouverture pour y glisser non pas des connaissances mais plutôt des petits cœurs à l’égard de cette musique. » Le plus important pour ce passionné, c’est de montrer à ses élèves qu’il est possible de se réveiller et de penser musique, d’avoir une envie incontrôlable de prendre un instrument pour créer, reproduire ou encore s’évader. Également professeur dans le secondaire, il forme de futurs animateurs avec qui il se sent parfaitement dans son élément. « Je peux leur transmettre cet amour de la musique et en même temps les éveiller au profil humain et citoyen de l’animateur. » Un rôle d’animateur qui lui tient à cœur lorsqu’il va dans les classes maternelles présenter ses chansons pour jeune public. « Là, j’ai juste envie de transmettre ou peut-être simplement de jouer le rôle du relais : recevoir un bâton en main, essayer de ne pas le détériorer et le transmettre à qui voudra. » Des chansons avec un langage adapté, mais pas infantilisant. Musicalement, les chansons pour enfants ont des mélodies assez basiques, plus accessibles. Afin qu’ils puissent chanter, on joue sur la litanie. C’est souvent l’enfant qui est mis en scène. « J’essaie de lui poser des questions à travers les textes afin de soulever un débat lors des animations qui suivent… je ne suis que le porteur d’un message. » Des chansons accompagnées d’un support pédagogique peuvent susciter la créativité chez l’enfant. C’est important pour Quentin qui souligne par ailleurs que les enfants apprennent par mimétisme et qu’à force de répéter les mélodies, un jour, ils vont prendre conscience des messages et y penser.

Des projets à la pelle…

À la recherche de la 25ème heure, Quentin croule sous les projets ! Depuis longtemps, il produit les CD de ses chansons. « Pas vraiment pour les commercialiser, mais c’est plutôt la quête de l’immortalité, de laisser une trace aussi minime soit-elle, de ce que j’ai en tête finalement, ma manière d’observer le monde, de le percevoir, de l’appréhender… » Ouvert à la rencontre, l’artiste produit divers projets. Le dernier en date, Si, si, je suis une fille !, un album de jeunesse traitant le transgénérisme de Mariela Astudillo Ramirez montre le côté engagé et ouvert du producteur. Très intéressé par le sujet, c’est tout naturellement qu’il lui propose d’ajouter une touche musicale au projet afin de le rendre plus accessible aux enfants. Habitant en Espagne, Mariela lui donne carte blanche et le laisse gérer de façon autonome et comme il le peut face à la situation sanitaire d’aujourd’hui. « Donc durant le premier confinement, je n’ai jamais autant travaillé… 10h par jour, 7 jours sur 7 rien que pour composer et écrire, ce que je n’avais jamais eu l’occasion faire… et secrètement s’il devait y avoir un autre confinement, je ne le vivrais pas mal car ce serait une nouvelle opportunité de foncer dans ce qui est finalement le moteur de toute ma vie : la créativité ! »

Et de conclure…

 « Ma vie ne se passe qu’à travers la rencontre et pourtant la solitude, voire même l’attitude d’ermite troglodyte me convient aussi… et je crois que l’un nourrit l’autre et que les deux finalement contribuent au fait que je me sente, j’espère ne pas me tromper, relativement équilibré ! »


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