NANDRIN FESTIVAL : SUCH A NOISE, 25 ANS PLUS TARD

Rédaction : Sébastien Tong // Photos : Hugues Pagacz & Nandrin Festival

Le 18 août dernier, le Nandrin Festival accueillait Such A Noise XXL, groupe de blues/rock belge. Il y a vingt-cinq ans, lors de la première édition, Such A Noise s’était produit en tête d’affiche, aux côtés de dEUS. Focus sur un groupe belge héritier de Woodstock et partisan du feeling cher aux rockeurs !

Such A Noise est un groupe de blues rock belge qui a connu de belles heures au départ des années 1990. Quatre albums sortent entre 1991 et 1996, et de nombreuses tournées inscrivent le groupe comme un essentiel. Programmé notamment aux côtés de Deep Purple durant cette même période, le groupe côtoie des figures aujourd’hui bien connues, comme Rudy Lenners, batteur de Scorpions et, durant un temps, de Such A Noise lui-même.

Inoubliable, le show de Such A Noise XXL mélange harmonieusement la technicité nécessaire aux nombreux solos et la simplicité chaleureuse d’un groupe de rockeurs au grand cœur. Le public n’est pas mis de côté, des sourires et des clins d’œil sortent souvent de scène. Difficile de ne pas se remuer en entendant « Can’t Stand the Pace » ou le titre éponyme « Such A Noise ». À côté de ces morceaux rock, on trouve des ballades blues comme « When Love is Calling You ». L’effectif est riche et l’alternance des solistes permet, quelque part, de faire connaissance avec chacun des interprètes. Un inoubliable concert, à vivre pour tout amateur de blues rock !

 Le rock… qu’est-ce qui a changé ?

Jean Pierre Froidebise, Such A Noise au Nandrin Festival 2019 © Hugues Pagacz - Nandrin festival
Jean Pierre Froidebise, Such A Noise au Nandrin Festival 2019 © Hugues Pagacz – Nandrin festival

Lorsque, dans les années 90, Gary Moore sort son tube « Still Got the Blues », Sony Music décide d’exploiter le mouvement blues dans un maximum de régions. Ils cherchent alors notamment en Belgique, « et là, ils nous ont trouvés ! Pourquoi ? Parce qu’on était pile poil le groupe qui faisait du blues à ce moment-là, et qu’on avait justement une ballade ! Il n’y aurait pas eu Gary Moore, on serait passés complètement inaperçus. ». Pour le co-fondateur du groupe, il n’y a pas de hasard. La firme s’est intéressée à eux parce qu’ils représentaient un succès financier potentiel. Le rock a changé depuis les années septante. Jean-Pierre Froidebise nous donne son explication.

« C’est simple, c’est l’anniversaire de Woodstock pour l’instant, et Woodstock, ça représentait un certain esprit musical. Très créatif jusque dans la moitié des années septante. Au début des années quatre-vingt sont arrivées les premières boîtes à rythme, les samplers, et MTV. Là, l’image prend de l’importance, on n’a plus besoin de violonistes en studio puisqu’on fait tout numérique, et les batteurs disparaissent puisqu’il suffit d’appuyer sur un bouton. Fini les solos de guitare, place au riff, qui doit accrocher en dix secondes. ». En 1994, à leur première apparition au Nandrin, Such A Noise apparaît comme anachronique. On les apprécie parce qu’ils jouent comme dans le temps, dans l’esprit des Hendrix et autres groupes de la lignée de Woodstock. « Notre problème à nous, les gens de mon âge, c’est qu’on a vu disparaître tout un pan d’un certain esprit rock ». Pour Jean-Pierre, la musique a changé. Elle est devenue celle des multinationales qui détiennent jusqu’aux houses of the blues aux États-Unis et écrasent tout pour le profit, avec les caractéristiques de tout monopole : « tu passes dans leur filet, ou tu ne passes pas. Et ça, il y en a plus d’un qui ont été écœurés. J’ai été écœuré à vomir. »

Deux éléments pour un bon rock

Jean-Pierre Froidebise et Téo Crommen, Such A Noise au Nandrin Festival 2019 © Hugues Pagacz - Nandrin festival
Jean-Pierre Froidebise et Téo Crommen, Such A Noise au Nandrin Festival 2019 © Hugues Pagacz – Nandrin festival

À l’heure actuelle, quarante ans séparent Jean-Pierre Froidebise et Téo Crommen, guitariste de Such A Noise, version XXL. À six ans déjà, il jouait de la guitare avec Jean-Pierre. « Il sort actuellement du Conservatoire de Bruxelles en jazz. C’est un jazzman redoutable, et il se trouve qu’il s’amuse beaucoup dans Such A Noise. Beaucoup de gens dans le jazz moderne voient la musique comme un ensemble d’équations… mais il ne faut pas oublier qu’au départ, on dansait, même sur du bee-bop ! Le truc de sortir sa guitare, d’appuyer sur la distorsion, de faire du boucan et de se marrer, ça c’est pas mal. Il faut savoir mélanger les deux ! »

Si les multinationales ont acheté la plupart des grands festivals et des grands noms, il doit rester une place pour le feeling, si cher au cœur des rockeurs ! Et selon Jean-Pierre, « la vraie musique, celle des gens qui en ont dans le ciboulot et dans le cœur, tout ça, ça va redevenir underground ! »

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