MODE MUNTU, CONTEUR DE COULEURS

Photographies © Mode Muntu
Chronique > Nastasja Caneve

 

 

 

 

Quatremille a récemment visité l’exposition de La Cité Miroir, rendant hommage au peintre congolais Mode Muntu. Nous vous livrons la chronique de Nastasja Caneve !

 

 

 

 

LA CHRONIQUE DE NASTASJA CANEVE : 

 

 

 

 

Viens avec moi, partons là-bas.

Cela fait quelques jours que notre belle Liège sent bon le printemps, les petits bourgeons pointent le bout de leur nez, les rayons s’infiltrent à travers les carreaux, relient les ponts et viennent s’écraser sur ces personnages-branches, filiformes et noirs qui s’entremêlent, perdus dans la brousse dense, celle de Mode Muntu. Ce nom résonne comme une danse, comme un cri venu d’ailleurs.

Je trouvais l’ensemble beau, harmonieux, bercé d’équilibre nonchalant. La curiosité m’a un peu démangée et j’ai passé les portes du soleil, celles de la Cité Miroir où tout brille et scintille, et je me suis immiscée dans ce gros cube noir, un saut dans le temps, un aller-retour à Élisabethville (Lubumbashi), cité où a grandi Mode Muntu, entendons « Homme Modeste », ce peintre congolais né en 1940 et mort en 1985.

Première impression rassurante, il n’y a pas de vide dans les œuvres de Muntu. Jusqu’au dernier millimètre. Les personnages filiformes envahissent les toiles, ils les arpentent, les frôlent de leurs doigts, êtres fantomatiques qui s’enchevêtrent au milieu de forêts venues d’un pays où il ne pleut pas. On entend les percussions et la chaleur moite, une invitation à l’enivrement.

Mode Muntu est un conteur de couleurs. Vives, étincelantes. Autant de toiles qui reflètent son monde, le Congo. Le peintre fait référence au calendrier lunaire Luba qui structure la société entière, il aborde les mythes de l’origine des sexes, il nous emmène dans ces villages où les humains côtoient les termites, mets délicieux. Entre ciel et mer, les poissons volent sous l’eau où les forts mangent les faibles et où les faibles mangent les plus faibles.

Mode Muntu, un artiste timide, solitaire, torturé, candide est en marge de la vision mercantile de l’art. Adepte de l’art pour l’art, cet homme modeste connaissait Liège. C’est là qu’il a participé à sa première exposition internationale, à la Galerie des Dominicains en 1955. Sans parler du jumelage de Liège et Lubumbashi, deux villes qui accueillent chacune un Torê. Mode Muntu a donc reposé ses valises pleines de gouache dans le Cité ardente jusqu’au 27 août 2017.

À vous de vous plonger dans ces exhortations au voyage, de vous laisser bercer par la musique des pointillés colorés. La tête tourne et l’imagination déborde… Une des toiles m’a inspiré une petite histoire…

C’est l’histoire d’Aba, une jeune princesse merveilleusement belle, qui doit trouver chaussure à son pied, selon les désirs de son père, le roi. Mais, la jeune fille fruitée n’est jamais séduite. Ils défilent tous, les petits, les grands, ils lui font mille courbettes mais rien n’y fait. La belle reste impassible. Un jour, alors que son regard s’échappait par la fenêtre de sa chambre, elle aperçut un jeune homme, de dos. Et le son de sa flûte, avec ses notes envoûtantes qui dansent, la sortirent de son ennui. Le jeune vagabond, Akim, communiquait avec un serpent qui ne cessait d’écrire Aba dans les airs, en se tortillant. Aba. Aba. Aba. Cette dernière, intriguée, s’approcha du jeune homme, toujours de dos, qui sentit sa présence, son odeur, son souffle. Il savait. Elle aussi : ce serait lui. Sans fioriture, il lui glissa un brin d’herbe maladroitement noué autour du doigt, l’union était scellée. Aba dût rentrer, des étoiles dans les yeux. Akim hantait son esprit jusqu’à la rivière où elle aimait flâner, se prélasser au soleil en attendant le temps qui passe, fuyant son père qui ne voyait guère cette union d’un bon œil. Mais, Aba, en caressant l’eau du bout des doigts, se rendit compte que le brin d’herbe s’était dénoué. Et si le charme était rompu ? Elle convoqua les serviteurs du palais, tous, sans exception, et ils se mirent à chercher fissa le brin de l’union sacrée…

 

Quelques illustrations de l’artiste :