MITHRA JAZZ FESTIVAL : JOUR 1 ET 2

Photographies © Maxime Lenglois
Chronique > Kathe Dewaele, Philippe Belligoi & Patrick Thonart

 

 

 

 

 

Quatremille vous propose une exploration des deux premiers jours du Mithra Jazz Festival de Liège, rendant compte des concerts de Yussuf Kamaal, The Comet is Coming, et Dee Dee Bridgewater. Nous vous livrons les comptes-rendus de Kathe Dewaele, Philippe Belligoi, et Patrick Thonart!

 

 

 

 

 

YUSSUF KAMAAL : LA CHRONIQUE DE KATHE DEWAELE

 

 

 

 

 

YU-ssef Kaa-mal.

Quatre syllabes qui se décomposent en quatre mesures.
Mesures qui se déclinent en quatre styles.
Déclenchent une multitude d’émotions.

Une rythmique jazz les percussions rentrent en vibration avec des claviers aux tonalités plus modernes, plus house. Bassiste qui propulse des vagues à la fois mélancoliques et sensuelles.
Entraînent dans un tourbillon auditif et sensoriel d’une intensité rare.
Essayer de décrire l’expérience, c’est la réduire, d’une certaine manière.

Il y a sûrement des choses qui m’ont échappé dans ce cocktail si explosif mais ce que j’en retiens principalement, c’est la douceur et la profondeur du solo blues de bassedétermination frénétique et presque endiablée du batteur jonglant les rythmiques complexes du free jazz du bout de ses baguettes, mes hanches qui se libèrent et s’accordent à mes battements de coeur guidés par les mélodies et accords saccades, balancés par un claviériste au dynamisme fougueux.

 

 

 

 

 

 

 

 

THE COMET IS COMING : LA CHRONIQUE DE PHILIPPE BELLIGOI

 

 

 

 

 

C’était écrit dans les cieux, une comète allait s’abattre sur Liège le 12 mai… Mais heureusement pour nous, un vaisseau spatial attendait de nous emmener afin d’échapper à cette apocalypse imminente. Pilotée par King Shabaka au sax, par Danalog The Conquerer au synthé et par Betamax Killer à la batterie, l’embarcation nous promettait un beau voyage dans des galaxies electro, jazz, funk, afro et psychédélique avec toute l’amplitude que ces musiques prennent lorsqu’elles résonnent dans l’espace intersidéral.


22H55 : Les portes du vaisseau s’ouvrent afin de laisser monter à son bord toutes les âmes éclairées désireuses de se soustraire au funeste sort qui semble réservé à la planète. Elles attendent patiemment l’allumage des réacteurs qui ne devrait pas tarder… 5 ou 10 minutes plus tard, l’équipage se présente et souhaite un bon voyage à ses passagers : nous voilà partis !


Vous l’aurez compris, on a ici à faire à des fils ou petits-fils spirituels de Sun Ra qui, à l’image du génial et fêlé jazzman mythique, s’inventent une cosmologie imaginaire dans laquelle ils propulsent l’auditeur un tant soit peu réceptif à ce genre de délires artistiques. Délires nés dans la spontanéité (premier album enregistré en quelques jours) mais toutefois solidement échafaudés puisqu’à la base, le batteur et le claviériste formaient un duo electro-psyché appelé Soccer 96 et étaient responsables de deux albums. De son côté, Shabaka Hutchings possédait déjà une carte de visite assez alléchante – Melt Yourself Down, Sons of Kemet – et dans un élan enthousiaste, il n’a pas hésité à rejoindre les deux compères sur scène, avec son sax, juste après quelques concerts auxquels il avait assisté et de là, la comète prit son envol !


Et ce soir elle nous a bien fait voyager, même si le public n’était pas particulièrement remuant, à l’exception des premiers rangs dans lesquels je me suis glissé pour profiter pleinement. Comme sur son maxi Death to the Planet tout récemment sorti, le trio exploite à fond son potentiel electro, n’hésitant pas à tirer vers l’acid ou la house, mêlant ces genres au jazz, au funk ou à l’afrobeat et ses rythmes irrésistiblement dansants. Plus loin dans leur set, on aura aussi droit à quelque chose de beaucoup plus carré, une sorte de krautrock punk jazzy (???) qu’on n’attendait pas vraiment mais qui fait plaisir aux amateurs de surprises du style.


Il va sans dire qu’après une telle démonstration, la tâche de donner encore un rappel à un public déjà comblé n’était pas une mince affaire… Mais ils s’en sont acquittés avec finesse, puisqu’ils ont choisi non pas de placer la barre encore plus haut au niveau explosivité mais, au contraire, de calmer le jeu et les esprits pour redescendre calmement.
Et de retour sur la terre ferme, on constate qu’on a survécu au passage de la comète et qu’on ressort même apaisé et un peu grandi de cette traversée intergalactique… malgré la gravité terrestre !


Alors un conseil, guettez les horaires de décollage du fabuleux vaisseau s’il venait à se poser près de chez vous, le dépaysement est garanti ! Foi de spationaute mélomaniaque !

 

 

 

 

 

 

 

 

DEE DEE BRIDGEWATER : LA CHRONIQUE DE PATRICK THONART

 

 

 

 

 

Baudelaire adorait le jazz et a toujours regretté d’être né trop tôt pour écouter Dee Dee Bridgewater en concert. Il devait se douter qu’on lui imposerait en première partie China Moses, rejeton de la Diva de Memphis, lorsqu’il a perfidement écrit : « Le génie, c’est l’enfance retrouvée à volonté ».

C’est une chose de pouvoir déballer ses états d’âme (puérils) quand on est la fille de l’institutrice et qu’on a pu faire son élocution avant les autres. Cela marche avec un public captif (15 % de la salle du Forum de Liège : les moins de 60 ans…) qui se contente de plusieurs moments décousus, d’un beat mal servi par un bassiste poussif, d’un pianiste dont les audaces de dentellière sous acide ne créent pas l’unité et d’une confusion générale où un saxophone courageux, sincèrement jazzy, et des drums efficaces mais souvent abandonnés par le groupe s’efforcent de créer la magie. Une autre chose est de prétendre servir l’héritage maternel : la voix de China Moses n’est pas maîtrisée et manque d’assurance quand elle doit être projetée par-delà les têtes d’un public pourtant bienveillant. D’autres (qui se reconnaîtront) renchériraient plus cruellement encore : « Pour suivre cette Moïse-là (Moses) à travers la Mer rouge, il faudrait vraiment que j’aie beaucoup d’Égyptiens au derrière… ».

L’enfance retrouvée, c’est Dee Dee Bridgewater qui nous l’a offerte. Le génie d’une macrâle (sorcière) de la scène qui sait faire oublier qu’elle connaît toutes les ficelles du job : 100 % de la salle, tous âges confondus, KO-debout, qui se laisse séduire, violer, bousculer, groover, croonerifier, mellower, vas-y-que-j’te-rappelle-que-t’as-des-boyaux-tifier, défriser (un comble), mobiliser, Memphis-soundiser, up-beatifier, coolifier, bref, envoûter par ce que jazz, funk et blues ont de meilleur. Des drums respectés par tous, sans un seul décrochage, une basse de-la-mort-qui-tue, aussi impeccable pour rappeler le beat que pour des solos pas light du tout, un clavier funkissime, sorte de Léviathan venu du fond des heures Motown (quelque chose du genre « les gamins, vous fatiguez pas, v’là 100 ans qu’on fait tous les soirs ce que vous essayez d’inventer »), des cuivres là juste quand il faut et deux choristes qui n’auraient pas démérité en première partie. Et puis, la voix : c’est retrouver l’enfance que de pouvoir faire rouler le chant aussi bas dans le ventre avant de l’exploser dans tous les recoins d’une salle entièrement muqueuse de disponibilité ; c’est offrir l’enfance que d’oser le cri, comme la note haut perchée (toujours juste !), en toute spontanéité, sans calcul ; c’est jouir de l’enfance que de profaner en riant des standards que l’on savait pourtant momifiés. Et c’est le génie de la maturité de tenir, de bout en bout, un parterre comblé, avec le cœur hors de la poitrine, qu’il s’agisse de prendre le contre-pied de Chet Baker en chantant la rage ressentie quand The thrill is gone, ou de finir en apothéose avec Purple Rain (sic). Quand je serai grand, je veux être choriste chez Dee Dee Bridgewater…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Revivez le premier jour du Mithra Jazz Festival à travers ces quelques photos D’Enrico Rava + Geri Allen, Get The Blessing, et Dave Douglas! 

 

 

 

 

 

    

 

 

 

 

 

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