MILES SIGNS, PEINTRE EN LETTRES

Questions : Rachel Thonart Nardellotto / Réponses : Jérémy Goffart / Photographies © Miles Signs

Quatremille a rencontré Jeremy Goffart, alias Miles Signs, un artiste liégeois aux réalisations diverses mais toutes descendantes d’un seul et même principe : un travail de coeur fait avec les mains. Sans plus attendre, dévorez son interview et découvrez son travail en images ci-dessous !

Quatremille : Quelle est ta punchline / ton credo ?

Miles : Toujours à la main et avec le coeur !

Quatremille : Quel paradoxe fort définirait au mieux ton univers artistique ?

Miles : Je réalise des travaux plutôt minutieux, avec un process très précis, tout en étant de nature spontanée. Par ailleurs, je suis sensible aux œuvres et aux techniques anciennes, mais j’essaie que le résultat de mes travaux soit contemporain.

Quatremille : Peux-tu nous en dire plus sur ton attrait pour les techniques anciennes ?

Miles : Je suis très sensible à tout les développements existants autour de la lettre et, de manière générale, à tout ce qui a pu être fait auparavant. Je trouve un peu prétentieux de penser qu’on peut tout révolutionner. La typographie ayant énormément évolué, notamment via les nouvelles technologies, je pense qu’il faut vivre avec son temps mais en utilisant des techniques anciennes afin de créer quelque chose de moderne… et le faire de manière réfléchie ! A mon sens, certains codes de base, qui existent depuis toujours, doivent être respectés. Je pense que faire quelque chose de contemporain sans réfléchir à ce qui a déjà été fait, équivaut à faire fausse route. Le résultat vieillirait mal, j’en suis convaincu ! On vit dans un monde où tout est consommable et, personnellement, j’essaie de faire un travail qui peut durer. En définitive, je m’axe principalement sur le principe d’intemporalité, tout en apportant une touche contemporaine. Je cherche à rester humble et apprendre en faisant.

Quatremille : Comment amènes-tu cet aspect contemporain ?

Miles : Avant, tout était très codifié concernant les proportions et les associations de couleurs. Par exemple, les lettres romaines existent depuis plus de 2000 ans et fonctionnent toujours parfaitement. Personnellement, j’essaie plutôt d’ajouter une touche de fraîcheur, sans tomber dans le piège de la mode. Néanmoins, y être insensible n’est pas possible. Il s’agit donc de trouver un équilibre et d’observer ce qui nous entoure… de rester frais!

Quatremille : À ce propos, où puises-tu ton inspiration ?

Miles : Je puise mon inspiration un peu partout, en essayant également de sortir de mon domaine de travail initial. Par exemple, je suis très sensible à l’illustration ancienne et aux peintures du 19e siècle et début 20ème .Il est intéressant d’analyser l’évolution des codes esthétiques. J’aime également me nourrir de matières au sein desquelles la technique est la même depuis toujours. Par exemple, la confection du carrelage au Maroc où l’on retrouve des choix de couleurs riches et très intéressants ; ou encore les premiers cartoons et la BD de manière générale, pour la synthèse des détails.

Je suis également fasciné par les logos industriels, de voitures et de véhicules en tous genres. Ce que j’aime par-dessus tout, ce sont les blasons et compositions en modèle réduit utilisés pour décorer les avions et véhicules en temps de guerre. J’ai passé un temps fou dans les musées des transports et de l’armée ! Ce qui m’attire dans ces visuels est essentiellement la recherche d’efficacité et d’instantanéité.

Quatremille : Y a-t-il un point de départ précis à ta vie artistique ?

Miles : La seule chose que je sais vraiment faire depuis que je suis petit, c’est dessiner. Pourtant, on m’a tellement poussé, on a tellement insisté, que je m’en suis lassé. Je me suis lancé dans d’autres entreprises. J’ai mis beaucoup de temps à accepter le fait qu’on puisse avoir un talent et qu’on ait donc à le travailler. Pour moi, sans travail, le talent n’est rien. Cela fait seulement quelques années que je tente d’avancer dans la vie créative pour en faire quelque chose de constructif. Maintenant c’est ma vie !

Quatremille : Comment expliques-tu l’attrait des gens pour le travail de peintre en lettres?

Miles : Actuellement, j’ai l’impression que les gens sont de plus en plus lassés de ce qui est réalisé à l’ordinateur, du fait de la stérilité relative à ce qui en ressort. Quand il s’agit de vitrines – qui sont censées donner un aperçu rapide et fidèle de l’activité de l’établissement, par définition – cela traduit assez mal l’activité réalisée par l’artisan : un travail de cœur fait avec les mains. De ce fait, les gens sont beaucoup plus sensibles à un lettrage fait à la main.

De plus, il y a deux sortes de clients. Une partie de la clientèle a envie qu’on sente l’artisanat et l’authenticité sortir du lettrage. L’autre partie souhaite plutôt faire transparaître la tradition et le luxe, notamment par le biais des dorures ou autres techniques ornementales. Ce sont deux choses différentes avec lesquelles il faut composer.

Quatremille : Tu illustres des pages, des murs, des vitrines, etc. Comment ces activités se répondent-elles ?

Miles : J’ai commencé à peindre des lettres via le graffiti. J’ai cherché des lettres comme un monomaniaque pendant un temps fou ; j’ai réalisé des centaines d’alphabets. Cette approche restera en moi pour toujours mais en voyageant, en discutant, en m’ouvrant à d’autres horizons, je me suis rendu compte du savoir-faire nécessaire et de la technique attrayant à cet art.

J’ai personnellement beaucoup appris seul et avec mon ami de Typorama pour qui la minutie est un art de vivre et, pour moi qui ne fonctionne pas vraiment comme ça à la base, ça a été très enrichissant. Il m’a appris à toujours repousser les limites, sans se contenter du peu.

A propos des techniques de dorures, Caroline Pholien m’a transmis ces procédés lors d’un stage au centre des métiers du patrimoine à l’abbaye de la Paix-Dieu. Récemment, j’ai également eu la chance d’avoir une bourse de perfectionnement via la Paix-Dieu comme artisan, j’ai alors suivi une formation chez un lettreur chevronné à Londres, Nick Garrett, c’était extrêmement enrichissant et passionnant et j’y ai fait de très belles rencontres.

En définitive tout se relie ! Le processus créatif est toujours le même, quelque soit le travail de lettrage. Tout fonctionne ensemble : l’important est, à mon sens, de rester cohérent.

Quatremille : Tout ce que tu fais étant minutieux, recherches-tu consciemment le côté méditatif de ton travail ?

Miles : Ce n’est pas tellement conscient… Mais, oui, il y a un côté méditatif car ça me calme et je suis plongé dans ce que je fais mais ce n’est pas toujours de tout repos. Les étapes sont toutes importantes, elles prennent toutes du temps. Il faut donc vraiment être très concentré de A à Z !

Quatremille : Dans cette société qui prône le rendement et la vitesse, comment trouves-tu ta place en tant que peintre en lettres ?

Miles : C’est compliqué mais je ne pense pas être le seul à vouloir mettre un coup de frein au phénomène ! J’ai envie de m’inscrire dans une démarche à long terme. Je ne souhaite pas m’imposer et perturber mon milieu de vie. Je voudrais simplement m’inscrire dans un environnement : être discret mais contribuer , à mon échelle, à l’harmonie. Et, surtout, je cherche à mériter ma place en respectant ce qui se trouve aux alentours.

Quatremille : Y a-t-il une collaboration qui te fait rêver ?

Miles : J’ai la chance d’avoir autour de moi un réseau d’amis qui sont des personnes et des artistes formidables. Mes collaborations de rêve sont donc déjà en cours : je suis en train de travailler avec des gens dont j’admire le travail, qu’ils soient illustrateurs, tatoueurs, peintres ou autres. Je souhaite utiliser des techniques que je connais pour mettre en valeur leur travail. Cela aboutira, je le pense, à une association de genres assez intéressante !

Quatremille : Comment comptes-tu faire évoluer ton travail ? Où peut-on suivre ton actualité ?

Miles : Je compte le faire évoluer en tentant de sortir des sentiers battus. Mon objectif est de faire de la peinture en lettres mon métier principal mais j’ai également envie de continuer à réaliser des choses plus créatives et, surtout, de développer les collaborations que j’ai mentionnées ci-dessus. Pour suivre mon actualité, rendez-vous sur mes pages Facebook et Instagram !

Quatremille : Mille mercis !

 

 

 

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