MICRO FESTIVAL – MAÎTRISE TOTALE

Rédaction : Thomas Renauld, Julie H. / Photographies : Marjorie GoffartLa Rache Studio 

Premier rendez-vous incontournable du mois d’août, le Micro Festival se déclinait cette année pour la première fois sur trois jours. Comme à leur habitude, JauneOrange et leurs compères se sont dépassés pour nous offrir un festival frôlant l’excellence, respectant plus que jamais l’image écologique et bienveillante cultivée depuis bientôt dix ans.

LA CHRONIQUE DE THOMAS RENAULD :

Quand on évoque le Micro Festival, l’élément qui persiste le plus souvent au cours des conversations est la qualité de l’organisation. Rien, malgré l’image bon enfant du festival, n’y est laissé au hasard. Plus soignée que jamais, c’est la décoration qui attire l’œil en premier lieu : les collectifs La Fessée, Sauvage Sauvage, et surtout Le Digital et les Micro Folies semblent s’en être donné à cœur joie pour rendre cette édition tout à la fois belle, agréable et écologique. Les sièges et autres bancs en bois, notamment, sont réalisés à partir de matériaux de récupération, au même titre que l’Oasis 3000, ce havre de paix rafraîchissant à bien des égards.

© La Rache Studio

Autre fait nouveau pour ce qui concerne la décoration et la scénographie des lieux : un deuxième espace, où se succèdent des DJ’s remplissant l’espace de leurs univers musicaux respectifs, est mis en place en cette neuvième édition du Micro. Nous évoquions l’année dernière le manque de place laissé aux DJ’s pour s’exprimer. Force est de constater que le problème appartient dorénavant au passé, tant cette seconde scène équilibre les flux de festivaliers plus ou moins fringants, selon l’heure, tout en permettant à tous les artistes de jouir d’une scène à la hauteur de leurs espérances. Parce que le Micro Festival, c’est aussi et surtout une manière d’entrevoir les choses. Ce qu’on pourrait considérer comme de l’hédonisme moral se retrouve dans chaque recoin du numéro 251 de la rue Vivegnis : les prix sont démocratiques et la nourriture, locale et surtout délicieuse. Mention toute particulière, une fois de plus, à l’asbl Les Oiseaux S’entêtent qui mériterait sans conteste d’empocher le prix du Kebab d’or.

Au-delà de ces considérations visuelles et gustatives, le Micro demeure tout de même un festival de musique et l’on peut dire que le public liégeois a été particulièrement servi, comme à son habitude au moment de fouler l’herbe du quartier Saint-léonard. Si quelques déceptions pointent le bout de leur nez au fil du week-end – la musique de Baya Computer ou de Flavien Berger nous ennuie toujours un peu ; Phil Maggi, Sébastien Schmitt et surtout Tom Malmendier jouent toujours trop tôt –, la programmation musicale est toujours aussi solide et cohérente dans son ensemble. Remercions le plus explicitement possible le collectif Gowiththeflow pour leur travail à ce niveau. Ainsi, on remarque qu’un soin particulier est apporté à l’enchaînement concerts-DJ sets : le tout est bien calculé, aussi bien en termes de temps que d’intensité. Dès lors, on retient volontiers la fin de soirée en apothéose, dès le jeudi, avec la performance majeure de The Notwist.

© La Rache Studio

Le vendredi, avec notamment Arthur Johnson et Snapped Ankles, nous donne à voir et à écouter des prestations hyper maîtrisée, mais ce sont plus particulièrement Komplikations et No Age qui retiennent notre attention ce soir-là. Le synth punk délabré des uns fait vaciller notre équilibre mental, le duo cordes-batterie des autres fait office d’exutoire adolescent et fait bouger la foule comme à aucun autre moment ce jour-là. Jouissif et primaire. Le samedi comporte lui aussi son lot de bonnes surprises, les Américains de Mystery Lights en tête. Leur rock garage, énergique et maîtrisé d’une main ferme et rugueuse a fouetté l’air de Saint-Léonard sans vergogne, emmenant un public abasourdi par la chaleur dans des contrées plus chaudes encore. Dans un univers similaire – un monde où la chaleur accablante moite les corps et les esprits –, le claviériste Rizan Said, également célèbre pour ses collaborations avec Omar Souleyman, entérine la réputation du Micro : à l’aube de ses dix ans, le festival est bel et bien le patron des festivals à taille humaine, et ce ne sont ni les concours mémorables de chaises musicales, ni la foire au vinyle, qualitative au possible, qui nous feront dire le contraire. Merci au Micro, donc, qui nous aura encore fait rêver le temps d’un week-end à la fois doux et chaud.

© Marjorie Goffart

LA CHRONIQUE DE JULIE H. : 

Pour sa neuvième et probable dernière édition rue Vivegnis, le Micro Festival a particulièrement soigné son image et son implantation. Le site se déploie davantage sur la partie herbeuse, même si la sécheresse du sol fait davantage penser à une piste damée par les pas des chevaux qu’au générique de La Petite Maison dans la Prairie. En plus de son caractéristique chapiteau de cirque accueillant les concerts, une deuxième scène couverte s’ouvre largement dans un coin pour abriter les danseurs et auditeurs des DJ sets. L’implantation générale est bien aérée et détail non négligeable : les files pour les jetons, les bars, la restauration et même les toilettes restent tout à fait raisonnables.

Au centre du terrain, une plate-forme multi-étages en bois de récup’ domine l’espace et offre une vue imprenable sur tout le festival : c’est la bien nommée Oasis 3000. Conçue par le méta-collectif La Fessée, elle intègre un système d’arrosage particulièrement bienvenu en ce temps de canicule, un bar à cocktails, et aussi la plus petite discothèque du monde, qui peut abriter deux festivaliers contorsionnés. Les non-claustrophobes auront eu la chance de s’y faire tirer le portrait par un photomaton. Dans la même idée de dorloter ses spectateurs, un combo de sérigraphes  incluant l’Atelier du Coin et les Tontons Racleurs propose de faire imprimer t-shirts et autres tissus.

Mais c’est évidemment aussi du côté musical que les bonnes surprises se multiplient, même si la chaleur insoutenable et la convivialité du festival « à la maison » prêtent parfois à la flemme. Pas toujours évident de faire la dernière dizaine de mètres qui permet d’assister à un concert depuis le cœur du chapiteau.

© La Rache Studio

Parlons donc musique… Réaction très spontanée lorsque les Allemands de Notwist renoncent à un dernier rappel : « Mais… C’est mon groupe préféré et je ne le savais pas ! ». Sachant que les programmateurs ont prévu un jour supplémentaire le jeudi, uniquement pour le plaisir de les voir jouer, nous pouvions évidemment prévoir une prestation scénique de toute grande qualité. Ce qui est confirmé par un set électro-rock tendu, qui monte progressivement en intensité, avec des incursions pop hypnotique et épileptique, dans un entremêlement de cordes et de claviers. J’y perçois même des envolées lyriques à la Hot Chip, voire des ambiances à la Georgio Moroder.

Samedi, dans une soirée d’abord dominée par le rock garage anglo-saxon, le court set de Flavien Berger est comme une pastille acidulée. Si, sur disque, il enchaîne les longues plages planantes, sur scène, il passe rapidement d’une ambiance à l’autre. Mi-charmeur mi-tête à claques, il interpelle le public, lui rappelle son plaisir à être en concert, vient chanter au milieu de la foule pour un moment finalement privilégié, qui invite à revoir ses clips. Dans un genre diamétralement opposé, le dernier coup de cœur avant désintégration par fatigue est pour les Irlandais de Robocobra Quartet et leur rock jazzy riche en cuivres puissants. Bref, je me réjouis de découvrir l’affiche et le lieu de la dixième édition et me promets, comme chaque année, de passer moins de temps en discussions pour profiter de davantage de découvertes choisies avec soin.

© Marjorie Goffart

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© La Rache Studio

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