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MANU LOUIS : LE CHANTEUR AUX MILLE ET UN UNIVERS

MANU LOUIS : LE CHANTEUR AUX MILLE ET UN UNIVERS

Photographies © Manu Louis
Interview > Elena Diouf

 

 

 

 

Quatremille a rencontré Manu Louis, un compositeur et interprète de chanson expérimentale. Il nous parle de son univers musical et de son projet artistique. Vous pourrez également le retrouver en concert le 8 septembre au Centre Culturel d’Amay ! Nous vous livrons l’interview d’Elena Diouf !

 

 

 

 

 

L’INTERVIEW

 

 

 

 

 

Quatremille : Quelle est ta punchline (credo / maxime) ?

Manu Louis : N’attends jamais le « supermégamanager » fantôme. Il vaut mieux penser qu’on doit tout faire seul plutôt qu’attendre quelqu’un qui n’existe sans doute pas. Si le supermégamanager fantôme vient un jour, ce sera un bonus.

 

Quatremille : Comment définirais-tu ton projet artistique (influences / activité / objectifs) ?

Manu Louis : Kermesse Machine, mon dernier LP/CD (Igloo Records, 2016) est un disque hyper éclectique, influencé par les fêtes populaires, la musique pop, la musique électronique, les fanfares et la société de consommation. Depuis deux ans, avec ce répertoire, j’ai fait 150 concerts en solo dans 22 pays d’Europe et en Chine, accompagné par des instruments électroniques, une guitare, ma voix et des projections vidéos. À part ça, je compose de la musique pour grands ensembles (orchestres de chambre, orchestres à corde, fanfares…).

 

Quatremille : Quel paradoxe définirait au mieux ton style ?

Manu Louis : Chanson électronique / village pop / Vivaldi.

 

Quatremille : Quel rôle joue la musique dans ta vie : un moyen de faire passer un message ? Un exutoire ? Ou simplement un plaisir ?

Manu Louis : J’imagine que ce rôle a du changer au fil du temps. Passons-les en revue :

1. Faire passer un message ? Tout dépend du contexte. Disons que dans le cas des artistes relativement privilégiés, c’est-à-dire occidentaux, je suis souvent dérangé par les artistes à message. La véritable intention, chez les artistes, est presque toujours narcissique, ce qui n’est pas un problème en soi, mais utiliser un fond politique ou philosophique comme alibi pour avoir l’air moins superficiel me rend assez froid. Plus spécifiquement, par rapport à la musique, je pense qu’elle ne contient de toute façon pas de message politique (contrairement à certaines idées répandues au 20e siècle). Il y a peut-être parfois une énergie communicative et fédératrice, on peut l’utiliser, pour le bien ou pour le mal, pour mettre ensemble des gens, mais on ne peut pas parler de « message ».

Si on parle des textes, évidemment, ils sont influencés par mon regard sur la société mais j’essaie de me cantonner à l’expression. Si on veut faire passer une idée, une vraie idée, pas un fantasme, pas un slogan : une idée, alors la chanson n’est pas le medium adéquat. Un livre, écrit par une personne qui a étudié sérieusement un sujet, sera plus utile qu’un artiste qui a lu le journal, je pense. Prenons Imagine (John Lennon) par exemple. Certaines personnes ont pensé que cette chanson pouvait changer le monde ou les gens, mais je crois que c’est juste un slogan de paix abstrait. Ça ne dit rien sur comment vivre ensemble (heureusement, sinon ça aurait duré plus longtemps que l’opéra de Stockhausen). Finalement, ça sert à faire semblant que les gens ont de bonnes intentions et sont d’accord, c’est-à-dire à rien.

2. Un exutoire ? Pourquoi pas. Il faut être vigilant. Je suis rarement enthousiaste quand des chanteurs déprimés me prennent en otage, parce qu’ils veulent me faire sentir par tous les moyens qu’ils sont tristes ou contrariés. J’aime bien le blues ou le flamenco, par exemple, parce que c’est du théâtre. Je pense qu’en sortant de soi et par la distance, on communique mieux que par une représentation directe. Les radios sont remplies d’absurdes jérémiades.

3. Un plaisir ? Oui, c’est capital. Je suis vraiment content d’avoir commencé par le jazz et la musique improvisée. Ce sont des musiques qui n’ont besoin de rien d’autre qu’une concentration dans la musique et ça, c’est fantastique. Être chanteur de rock déprimé nécessite une toute autre infrastructure. Si vous jouez à la fête annuelle de la patate transgénique à Momalle à 14h, il y a des chances que votre concert soit déprimant (mais pas comme vous le souhaitiez). Par contre, un groupe de jazz qui se produit à la fête de la chaussette à Waregem peut passer un excellent moment, uniquement grâce à ce qui va se passer musicalement, indépendamment du public. Je pense que cette autonomie rend plus heureux. Évidemment, il existe toutes sortes de facettes plus obscures dans le jazz, mais il faut au moins reconnaître à cette musique le plaisir immédiat du jeu. Le problème de mes concerts, c’est que ce sont des chansons, donc il faut minimum la fête de la cravate à 17H30, pour que ce soit vraiment enthousiasmant.

 

Quatremille : Actuellement, avec Youtube, une multitude de chanteurs partagent leurs productions. Comment te situes-tu par rapport à cette réalité ?

Manu Louis : Je partage aussi mes trucs sur Youtube. Vous connaissez quelqu’un qui ne le fait pas et qui en tire profit ?

Il faudrait faire vérifier ce que je vais dire, mais je crois qu’il s’est passé, dans le monde de la musique, exactement la même chose que dans le monde normal : les riches sont beaucoup plus riches et les pauvres plus pauvres. Internet n’a fait que creuser cet écart encore plus.

Par contre, le retour à la mode du vinyle, dans la plupart des pays d’Europe, a ressuscité un appétit d’acquisition. C’est une excellente nouvelle, et pas uniquement pour l’argent que ça génère. Il faut tristement reconnaître, et notre conditionnement à cet égard est important, que, la plupart du temps, on donne plus de valeur aux choses qu’on achète (et qu’on vend) qu’à celles qu’on vit simplement. Aujourd’hui, contrairement aux années précédentes, les gens m’achètent des disques, et je dois avouer que, malgré tout mon donquichotisme, ça a redonné un élan positif et créatif au fait d’enregistrer de la musique. Je n’ai pas besoin d’un intérêt immense des gens pour mon travail, mais un minimum change la donne.

 

Quatremille : Quelles sont, selon toi, les forces de ton travail ?

Manu Louis : Mon obsession.

 

Quatremille : Qu’est-ce que Liège a amené à ton parcours artistique (tremplins / freins) ?
Manu Louis : Le conservatoire, dont Henri Pousseur (musicien belge encore plus connu que Stromae) a été le directeur. J’ai eu la chance, grâce à lui, de suivre les dernières années de cours de Frédéric Rzewksi et Garrett List. Puis il y a aussi L’An Vert, qui a été un laboratoire. J’ai fait des dizaines de concerts, toutes sortes d’expériences.

Il se passe vraiment beaucoup de choses, à Liège, pour une ville de 200.000 habitants. Le problème, c’est qu’on oublie parfois que c’est une petite ville, dans un petit pays. Les artistes internationaux ne viennent que très exceptionnellement y vivre ou y faire carrière, et les liégeois ne se déplacent pas souvent, ce qui fait qu’il n’y a pas beaucoup de mouvement. Cela peut faire stagner certains artistes. Ils ne se développeront jamais comme ils l’auraient fait s’ils avaient été en contact avec d’autres artistes, qui font la même chose qu’eux, mais mieux (comme on en trouve dans les grandes villes).

Le talent est indispensable mais ne va nulle part s’il n’est pas sérieusement et violemment mis en danger (indépendamment d’Internet, trop confortable).

 

Quatremille : Y a-t-il un morceau qui t’a particulièrement marqué ?

Manu Louis : Oui, c’est arrivé très souvent, mais maintenant, j’essaye d’écouter 90% du temps de la musique qui a moins de 2 ans. J’écoute beaucoup de choses, mais je réécoute peu.

 

Quatremille : Quels sont tes projets à venir ?

Manu Louis : Je suis en train de terminer un autre disque. Et je commence à intégrer son répertoire en concert.

Je lance aussi de nouveaux projets pour grands ensembles : orchestre électronique, 200 souffleurs + orchestre en plastique, orchestre à cordes, grand orchestre de chambre…

 Pour le moment, je fais des ébauches musicales dans tous les sens et j’envoie des propositions à des gens qui pourraient être intéressés de monter ça.

Travailler seul ne nécessite pas grand chose, mais avec de nombreux musiciens, il faut une grosse infrastructure. On verra ce qui prend le premier.

 

 

 

 

 

Un peu de musique pour se mettre dans l’ambiance!

 

 

 

 

 

On like, on partage, et on jette un oeil au site de Manu Louis!

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