LUTTES SOCIALES ET FÉMINISTES, MÊME COMBAT

Rédaction : Mélanie Sigaud // Photos : Albane Rodrigues

Concerts, théâtre, expo… La diversité du festival Voix de Femmes réside également dans le type d’activités proposées. Rencontre avec l’autrice afro-féministe Laura Nsafou, écoute collective sur le thème « la voix des femmes dans le mouvement des gilets jaunes. Retour sur événement avec Mélanie Sigaud.

Les Femmes dans le mouvement des gilets jaunes

La voix des femmes dans le mouvement des gilets jaunes, Voix de Femmes 2019 © Albane Rodrigues
La voix des femmes dans le mouvement des gilets jaunes, Voix de Femmes 2019 © Albane Rodrigues

Le Centre PolyCulturel Résistances (CPCR) nous accueillait ce mardi passé pour une écoute collective de textes et podcasts concernant la voix de la femme dans le mouvement des Gilets Jaunes. Ce même mouvement était d’ores et déjà mis en avant dans la cafétéria du centre qui accueillait une partie de l’exposition Gilets Jaunes (actuellement accessible aux Chiroux) et proposait des exemplaires de journaux relatant les témoignages d’acteurs du mouvement.

Aurélie William Levaux nous a tout d’abord livré une lecture qu’elle confessait avoir testée sans succès sur ses étudiants plus tôt dans la journée. Peut-être était-ce le cadre scolaire qui leur avait valu une critique si sévère car, confortablement installée sur des chaises ou coussins de la salle du CPCR,  l’assemblée présente a eu l’air pour sa part d’apprécier son monologue, aussi touchant qu’il était sincère. Ainsi, Aurélie nous narre avec humour une conversation – fictive ? – qu’elle a eue avec celui qui partage son lit, consistant à l’intelligence de ce qui ne tourne décidément pas rond autour d’eux.

Écoute suivante : le podcast « Du pain et des roses, quand les femmes s’engagent » de Charlotte Bienaimé pour Arte radio. Les témoignages touchants de femmes Gilets Jaunes (représentant 70% des travailleurs précaires) se succèdent et expliquent l’émergence de groupes non mixtes de soutien au sein du mouvement. Il y a deux façons d’accueillir ce podcast : l’accablement, face à la compréhension (ou plutôt le rappel) que les femmes, de concert avec les autres acteurs précaires de la société, sont décidément mal loties,  ou l’enthousiasme partagé avec (ou grâce à) ces irréductibles combattantes qui, malgré tout, ne baissent pas les bras. 

L’épisode « Où sont les casseuses ? » du podcast « Les couilles sur la table », lui, soulève les différences dans les façons de manifester entre les hommes et les femmes Gilets Jaunes. En France, on remarque que la majorité des destructions matérielles étaient du fait des hommes : pourquoi ça ? L’explication est partiellement trouvée dans l’éducation qu’on a donnée aux petites filles, qui devaient être calmes et prendre le moins de place possible. Alors que cette observation pourrait sembler évidente et sans intérêt, il s’avère qu’elle a permis de faire tomber la pièce pour un certain nombre d’entre nous : pensons par exemple à une cours de récréation et aux matches de football « sauvages » y émergeant… À qui demande-t-on de se mettre hors du chemin alors que les garçons courent frénétiquement derrière le ballon, occupant tout l’espace ? Dans la plupart des cas, quand les filles se joignent à ces jeux (en demandant bien sûr l’autorisation aux garçons au préalable), elles se trouvent, quant à elles, restreintes dans leurs mouvements par la conscience de la présence des autres enfants qui risquent d’être bousculés. Ainsi, ces codes sont intégrés dès le plus jeune âge pour ensuite paraitre normaux aux yeux de tous. 

Il apparait clairement, après écoute et réflexion commune, que le mouvement des Gilets Jaunes ne peut se passer de la voix des femmes, et vice versa. « Le féminisme est une révolution, pas un réaménagement des consignes marketting. »

Rencontre avec Laura Nsafou

Rencontre avec Laura Nsafou, Voix de Femmes 2019 © Albane Rodrigues
Rencontre avec Laura Nsafou, Voix de Femmes 2019 © Albane Rodrigues

Le lendemain, à Barricade, nous rencontrons Laura Nsafou pour une interview très vivante et réjouissante par la bloggeuse Selemani G. Djemba. L’écrivaine est venue nous parler de son livre « Comme un million de Papillons noirs » et de l’accueil qui lui a été réservé, aussi bien par le public que par les maisons d’édition.

Alors que la littérature de jeunesse n’était pas son genre de prédilection, Nsafou a écrit son livre pour « résoudre une non-représentation » dans la littérature française : jamais au centre, les enfants noirs sont au mieux les copains du héros de l’histoire.  Ainsi, Adé, l’héroïne de son livre, est née de ce qu’elle n’avait pas et lui permet de parler de racisme, sujet que la littérature française a beaucoup de mal à traiter, particulièrement en littérature jeunesse. Elle nous précise alors avoir porté une attention particulière sur les différentes carnations de peau ainsi qu’à la texture des cheveux au niveau des dessins. La représentation des cheveux est politique, et le soin accordé à leur dessin traduit d’une certaine manière le respect qu’on leur accorde (et par extension, qu’on accorde à la personne à qui appartiennent ces cheveux). 

L’importance de ce livre, après les déboires de la littérature coloniale dont nous retrouvons encore des ombres en notre siècle, est dans sa représentation d’une héroïne (ou d’un héros si ç’avait été un garçon) noire en contexte occidental pour la première fois en littérature jeunesse francophone. Les seuls héros noirs de cette littérature étaient ceux placés dans le contexte exotique de l’Afrique. Ironiquement, son livre a été refusé par maintes maisons d’édition qui lui ont reproché de ne pas être universelle et que les enfants ne se retrouveraient pas dans son personnage …  C’est vrai qu’après tout, un enfant c’est toujours blanc, on l’avait presque oublié ! Après avoir relaté différents retours de lecteurs, Laura Nsafou nous précise avec raison que « les enfants se mettent moins de barrières que nous quand il est question de s’identifier à un personnage ». Tiens donc ?

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