LUIS SALAZAR, ENTRE PASSION ET INTROSPECTION

Rédaction : Giulia Calamia // Photos : Ludovic Minon

Cet automne, Luis Salazar est de retour à Liège pour une rétrospective couvrant quarante années de travail et de vie. Jusqu’au 20 octobre, le Musée la Boverie accueille les oeuvres du peintre liégeois, depuis ses 22 ans jusqu’aux dernières réalisées en 2019. De quoi re/découvrir l’artiste à travers un parcours chronologique.

Salazar, l’abstraction baroque

Salazar a su se démarquer des deux grands courants de l’art abstrait, en refusant aussi bien une abstraction purement froide et géométrique qu’un lyrisme expressif exclusif. Bien plus complexe, le peintre offre un tourbillon captivant de couleurs et de formes. Mais ce chaos n’est en réalité qu’une apparence. Derrière celle-ci, un travail intellectuel rigoureux de création des formes et de composition des couleurs. Partant d’un premier projet sur papier, Salazar construit des formes individuelles qui, ensemble, deviennent une « superforme », prétexte à la formation d’une « superstructure », celle-ci donnant naissance par le même procédé à une nouvelle « super-superstructure », etc.

Outre une exposition pleine de formes puissantes et de couleurs explosives, la Boverie propose diverses activités autour de l’exhibition. Le 3 octobre dernier, le musée a diffusé deux courts-métrages consacrés au peintre, celui-ci passant alors du statut d’artiste à celui d’objet artistique : Luis Salazar, le cri du chaos organisé d’Arnaud Hay et Sébastien Beckers (2008), et Non seulement le bleu de Sophie Charlier (2018).

Luis Salazar, le cri du chaos organisé

Arnaud Hay et Sébastien Beckers nous montrent un artiste prolixe, mais aussi un immigré basque fuyant la dictature franquiste des années 60, un intellectuel philosophe, un père de famille et un mari aimant, un peintre et un homme qui en réalité ne font qu’un. « J’écris comme je parle et je parle comme je peins. » D’après Salazar, ce qui constitue l’essence d’un artiste, c’est son cri. Ce cri est à l’origine de la volonté créatrice de celui qui n’aura d’autre choix que de trouver un moyen d’expression, « un style », afin de concrétiser ce besoin intérieur irrépressible. Ce cri peut avoir des modes d’expression très variés, mais il ne manquera pas de susciter une réaction, un sentiment. Et c’est dès le moment où le spectateur cherche à comprendre pourquoi que l’appropriation de l’œuvre et l’examen de soi peuvent commencer.

Non seulement le bleu

Sophie Charlier séduit le spectateur par un fil rouge : une toile blanche, dont on voit au fur et à mesure émerger la peinture, étape par étape. Une grande sensualité s’en dégage, à travers la respiration lente de l’artiste ou encore la douceur de la toile qu’on caresse à coups de pinceau bien lisse. Le titre renvoie à une des couleurs récurrentes de la peinture de Salazar, mais sans doute aussi au célèbre « bleu Salazar », cette variété de bleu mise au point par l’artiste. Elle évoque pour lui le souvenir de la voiture qui l’a conduit à l’hôpital le jour où, suite à une chute à l’âge de trois ans, la mort a failli lui tomber dessus. Le « bleu Salazar » n’est jamais fixé car le peintre ne parvient pas encore à atteindre la réalité du souvenir et cherche constamment à capturer cette réminiscence imparfaitement saisissable. Le film se conclut par des plans alternés entre la toile et Salazar, celui-ci regardant fixement son œuvre. Mais que peut-il bien chercher ? Que voit-il, ce peintre qui a déjà passé de très longues heures face au tableau ? Lorsqu’on lui pose la question, la réponse est plutôt simple, un peu surprenante : il cherche à lire et à comprendre ce qu’il a fait.

Une introspection à partager

Toutes semblables et pourtant toutes si singulières, les réalisations de Salazar offrent au spectateur l’opportunité de s’arrêter pour faire un voyage d’introspection au sein de la pensée de l’artiste. Tenter de déchiffrer le langage de formes et de couleurs du peintre, c’est forcément plonger en soi pour tenter de découvrir un sens qui ne sera vrai que pour nous. Même si toutes les peintures de Salazar sont des autoportraits, c’est l’universalité des problématiques qui marquent ses œuvres qui permet à chacun de se les approprier et de s’améliorer à travers elles. En contraste, la Vie et la Mort imprègnent les toiles du peintre. Ce « désespéré gai », terriblement conscient et angoissé par la mort inévitable et le « plus jamais » qui suivra, mais infiniment libre, amoureux de la vie (mais pas autant que de son épouse) et prêt à vivre sans concession. Au fond, nous cherchons tous un moyen d’exister, ce qui justifiera notre temps de passage sur Terre, une raison qui vaudra la peine de ne pas mourir demain. En quête de ce Saint-Graal, le spectateur de l’exposition pourra peut-être trouver des éléments de réponse dans l’art, dans l’autre, dans l’amour, et dans cet hommage à la Vie réalisé par Luis Salazar.

Salazar Retrospective - La Boverie © Ludovic Minon
Salazar Retrospective – La Boverie © Ludovic Minon
Salazar Retrospective - La Boverie © Ludovic Minon
Salazar Retrospective – La Boverie © Ludovic Minon
Salazar Retrospective - La Boverie © Ludovic Minon
Salazar Retrospective – La Boverie © Ludovic Minon
Salazar Retrospective - La Boverie © Ludovic Minon
Salazar Retrospective – La Boverie © Ludovic Minon
Salazar Retrospective - La Boverie © Ludovic Minon
Salazar Retrospective – La Boverie © Ludovic Minon
Salazar Retrospective - La Boverie © Ludovic Minon
Salazar Retrospective – La Boverie © Ludovic Minon
Salazar Retrospective - La Boverie © Ludovic Minon
Salazar Retrospective – La Boverie © Ludovic Minon
Salazar Retrospective - La Boverie © Ludovic Minon
Salazar Retrospective – La Boverie © Ludovic Minon
Salazar Retrospective - La Boverie © Ludovic Minon
Salazar Retrospective – La Boverie © Ludovic Minon
Salazar Retrospective - La Boverie © Ludovic Minon
Salazar Retrospective – La Boverie © Ludovic Minon

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