L’INCONTOURNABLE BRADERIE DE L’ART

Questions > Rachel Thonart / Réponses > Aurélie Portois / Rédaction > Thomas Renauld

 

À vos agendas ! Ces 11 et 12 novembre 2017, le B9 (ESA Saint-Luc Supérieur Liège) accueillera la 8e édition de la Braderie de l’Art. Un événement 100% récup’, 24h non-stop, offrant la possibilité d’acquérir des œuvres d’art à prix démocratique (entre 1€ et 300€) et, plus particulièrement, celle d’assister à leurs créations !

Un projet multiple et alléchant mais encore trop mystérieux aux yeux de Quatremille. Nous avons dès lors interviewé Aurélie Portois, une des initiatrices du projet, afin qu’elle éclaire nos lanternes.  

Quatremille : Hello Aurélie ! Pourrais-tu, pour commencer, développer les trois axes-clés de cet événement : « 100% recyclé », « 24h non-stop » et « ventes directes de 1 à 300€ » en quelques mots ?

Aurélie : En fait, la Braderie de l’Art est née il y plus de 26 ans à Roubaix, dans le nord de la France, sous l’impulsion d’une artiste locale, Fanny Bouyagui. À l’époque, cela se passait entre amis dans une grande cave. L’idée était de trouver un maximum d’objets « bons à jeter » et de les détourner de façon directe, spontanée et collective pendant 24 heures non-stop – il parait qu’après 12h de création, on entre dans un état « second » qui génère une toute nouvelle sorte d’inspiration. Dès la première édition, les gens faisaient la queue pour assister à cette séance déjantée de détournement et, belle surprise, nombreux sont ceux qui voulaient acheter les créations. Comme il s’agissait de récup’, les prix étaient minis. Le concept de la Braderie de l’Art était né et il n’a jamais changé depuis ! 

Nous l’avons exporté à Liège en 2010 et respectons depuis lors les 3 contraintes imposées de ce format, c’est la règle si on veut pouvoir utiliser le titre du concept.

Nous invitons donc chaque année à Saint-Luc plus de 70 artistes, nous leur fournissons plusieurs tonnes de déchets encombrants et industriels (la déchetterie) et nous les invitons à créer du samedi matin au dimanche soir des créations qui seront vendues entre 1€ minimum et 300€ maximum. L’entrée est gratuite et accessible au public du samedi 18h au dimanche 18h. Chaque année, ce sont plusieurs milliers de visiteurs qui accèdent à cet atelier géant et ils sont de plus en plus nombreux à acquérir des pièces uniques, originales et totalement récup’.

Quatremille : La Braderie de l’Art est notamment définie comme l’opportunité de fusionner le monde créatif et celui de la consommation. Pourrais-tu développer ce concept ?

Aurélie : En effet, avec des objectifs très clairement affichés de développement durable, l’intention de la Braderie de l’Art est d’amener une réflexion sur nos modes de consommation.

Notre société génère beaucoup (trop) de déchets et ces objets, laissés pour compte, deviennent à travers ce concept une nouvelle matière première. Les créatifs interviennent et prolongent ainsi la durée de vie des matériaux. C’est une belle façon de démontrer qu’il est possible, en modifiant l’usage ou la forme, d’éviter la production de déchets. Il n’y pas de doute sur l’aspect pédagogique d’engager cette démarche directement devant le public : le fait de voir à l’œuvre des créatifs détourner des objets suscite des questionnements et du débat !

Quatremille : La Braderie de l’Art est née à Roubaix. Comment ce projet a-t-il atterri à Liège ?

Aurélie : Comme expliqué avant, le concept est né en 1991 pas loin de Lille et il n’a cessé de grandir depuis. Il y une dizaine d’années, plusieurs artistes liégeois avaient été retenus pour participer à l’édition française et ils avaient ramené avec eux, pour certains, une furieuse envie de voir ce concept se développer à Liège. Avec notre association ETNIK’Art, nous organisions depuis 2007 des expositions pluridisciplinaires dans des friches liégeoises, avec pour objectif de « ré-humaniser la création ». Comme nous avions les moyens logistiques de mettre en place l’organisation (costaude) de cette manifestation, nous sommes allées à Roubaix avec ma collègue Audrey, nous avons parlé de nos motivations à l’équipe d’Art Point M et ils nous ont laissé notre chance de défendre leur concept sur notre région. C’était en 2010.

Quatremille : Comment le public liégeois a-t-il reçu votre initiative ?

Aurélie : Au départ, avec beaucoup de curiosité ! Nous avions organisé la première édition dans le cadre du chapiteau Magic Mirror qui était installé Espace Tivoli. Quelques collectifs avaient répondu présent à notre invitation. Nous avons réussi à tisser un partenariat avec la Ressourcerie du Pays de Liège qui nous a livré un peu de matériel et d’encombrants. C’était une version légère qui nous a permis de nous essayer. Mais la magie a pris directement et les retours du public étaient super bons, d’ailleurs on était à l’étroit dans l’espace. C’était évident qu’il fallait installer le concept dans un endroit plus grand et c’est comme ça que nous nous sommes tournés vers Saint-Luc.

Quatremille : Divers artistes sont invités à venir créer en direct lors de cet événement. Comment les sélectionnez-vous ?

Aurélie : Nous les sélectionnons en rassemblant un jury qui évalue différents critères à travers les dossiers de candidature que les collectifs et les individuels nous transmettent. Nous essayons de cerner les démarches artistiques et nous questionnons la pertinence, l’esthétique, l’originalité et la capacité de production. En fonction de l’espace disponible, nous retenons un nombre suffisant de dossiers. Cela a toujours lieu un mois avant la manifestation et c’est toujours un moment passionnant mais aussi difficile, car nous ne pouvons pas répondre positivement à tout le monde.

Quatremille : Est-ce que le fait de rassembler des dizaines de créateurs en un même lieu fait naître une émulation positive ou est-ce que, au contraire, chacun travaille « dans son coin » ?

Aurélie : Chaque artiste est différent, tant dans sa personnalité que dans son approche. Nous tenons à respecter chaque singularité et ne forçons en rien la création collective. Par contre, il est clair que le rapprochement et la proximité génère des interactions inédites qui ne pourraient pas avoir lieu dans d’autres cadres.

Certains créatifs sont concentrés sur leur démarche, mais ils ne résistent pas longtemps à la tentation d’échanger entre eux. Certains se limitent à l’échange d’outils, ou à des discussions pendant les moments de pause, mais d’autres poussent la démarche collective beaucoup plus loin en mixant les techniques sur un seul objet, ou en décidant purement et simplement de ne générer que des œuvres créées à plusieurs mains. Le plus intéressant, pour nous qui vivons l’expérience au plus près d’eux, c’est la bienveillance et la solidarité présentes entre tous. Il n’est pas rare de voir se créer des amitiés et des connexions artistiques, qui aboutissent parfois à la création de nouveaux collectifs pendant ou après l’événement. Et de les retrouver, l’année suivante, postuler ensemble. 🙂

Quatremille : Vous en êtes déjà à votre 8e Braderie de l’Art. Quelles ont été les grandes étapes de l’évolution de ce projet ? Et, que nous réservez-vous pour cette nouvelle édition ?

Aurélie : Depuis notre arrivée à Saint-Luc, le concept a rassemblé chaque année un nombre croissant de visiteurs. Du côté de l’organisation, nous avons fait évoluer plein de choses : la musique, la gestion des déchets, les partenariats industriels, la sélection des produits vendus au bar, avec pour objectif de rendre la manifestation toujours plus cohérente avec tous les objectifs que nous lui incombons. Notre Braderie de l’Art, sauce liégeoise, a très clairement une tendance « design-objet ». Nous y avons apporté notre couche numérique (notamment quand nous avons participé au lancement du fablab de Liège) et accueillons depuis chaque année au moins un collectif de bidouilleurs digitaux.

L’an dernier, nous avons aussi réalisé une étude auprès des artistes et du public, pour nous aider à réfléchir à l’impact réel de cette action et c’est pour cette raison que nous avons décidé d’y ajouter cette année une dimension participative. Nous essayons de garder un regard critique sur notre démarche et nous nous efforçons d’être à l’écoute des tendances émergentes.

Quatremille : Parallèlement à son concept de base, la Braderie de l’Art 2017 proposera également le projet de La Disco Soupe. Pourrais-tu nous en dire plus ?

Aurélie : Oui c’est cela. Avec l’invitation du collectif DISCO SOUPE (http://discosoupe.org) cette année, nous pensons apporter cette dimension participative qui semblait nécessaire à une évolution positive de la Braderie de l’Art.  La Disco Soupe, c’est un mouvement solidaire et festif qui s’approprie l’espace public et le rebut de la grande distribution pour sensibiliser au gaspillage alimentaire. Les inviter à nous rejoindre, c’est aussi une manière de renforcer le positionnement de la communauté ETNIK’Art dans le mouvement de « transition culturelle, artistique et sociale ». Disco Soupe propose une activité centrée sur l’innovation sociale, en activant la participation citoyenne, le tout ancré dans une démarche de développement soutenable. Autant vous dire qu’on ne pouvait que bien s’entendre.

Quatremille : Selon toi, qu’est-ce qui rend la Braderie de l’Art incontournable ?

Aurélie : C’est au public de répondre à cette question, mais probablement que c’est une recette qui plaît et qui est différente chaque année en fonction des ingrédients qui la composent. Par contre, ce qui doit plaire aux visiteurs et leur donner envie d’en parler et d’y revenir, c’est qu’on y trouve toujours les mêmes bases : de la créativité, de la récupération, de la spontanéité et surtout une bonne dose de convivialité dont seuls les liégeois ont le secret !

Quatremille : Merci Aurélie et félicitations. On se voit là-bas !

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QUELQUES PHOTOS DE LA BDA PRECEDENTE © PIERRE REMACLE

 

 

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