LIEGE WEB FEST #4 – INTIMITES NUMERIQUES & JARDIN NUMERIQUE

{ Chronique de l’événement }
Photographies © Emilie Cronet
Rédaction > Sophie Breyer

 

 

Il y a peu, Quatremille est parti à la découverte du Liège Web Fest (qui se déroulait au Reflektor, à la Cité Miroir et au Point Culture)! Vous avez peut-être déjà lu notre interview de Marine Haverland, co-fondatrice du festival ? Sinon, c’est l’occasion d’y jeter un oeil après avoir lu notre compte-rendu tout frais!

 

LA CHRONIQUE DE SOPHIE BREYER :

 

« Troisième jour du Liège Web Fest : le programme mystérieux attise ma curiosité. La carte blanche d’Elisabeth Meur-Poniris va-t-elle éclairer  ma vie amoureuse à coup de Lovebot? Quelles bizarreries exotiques allons-nous découvrir au Jardin Numérique? Pour me plonger dans le bain, je parcours les œuvres transmedia sélectionnées et exposées la veille par le festival. Je découvre que je fais partie de la Génération quoi? faisant probablement aussi partie des futurs Nouveaux pauvres. Alléchant.

 

Arrivée au Point Culture, sur fond de clips électro, j’attends Elisabeth Meur-Poniris – lauréate du prix Voix de femme et investigatrice du projet Intimités Numériques. Après un temps, elle engage la rencontre durant laquelle nous allons aborder l’impact des nouvelles technologies sur nos relations sociales, amoureuses et sexuelles. Finalement, le point de départ de sa réflexion fut sans doute sa première rencontre via Caramail, terminant en eau de boudin au centre commercial de Woluwe. L’assemblée rigole d’une seule voix, l’ambiance se détend. Pour nous confronter directement aux sujets tabous, nous sommes invités à jouer à « Je n’ai jamais! » à l’aide de sifflets : « Je n’ai jamais envoyé de snap sexy! », « Je n’ai jamais fait faire d’orgie à mes Sims! », « Je n’ai jamais photographié mon sexe! ». Le public sifflote timidement en laissant échapper des rictus gênés ici et là. Les balises sont plantées, nous pouvons enfin rentrer dans le vif du sujet.

 

Pendant deux heures, les intervenantes – Marine Haverland, Nathalie Grandjean, Mademoiselle Cordelia et Elisabeth – prennent tour à tour la parole, échangent entre elles et avec nous, sur des sujets plus divers les uns que les autres, mais toujours de façon à interroger notre nouvelle manière d’être au monde 2.0. Loin d’être à la pointe de la technologie, je découvre de nouveaux termes recouvrant une réalité plus si neuve à présent. Je réalise que je suis peut-être trop IRL – in real life – pour mon époque. Beaucoup de thèmes y passent : le porno féministe d’Erika Lust, la censure d’Instagram face à la terrible menace que représente une photo de menstruation, le cyber-féminisme, l’altérité falsifiée qu’offre réellement le web. Je me laisse porter par des questions que je ne m’étais jamais posées et par des vidéos projetées, glaçantes pour certaines (Definy Beauty-Am I ugly de Marie Schuller), étonnantes pour d’autres (The Machine to be another). Ensemble, dans cette pièce, nous parlons de la liberté que nous offrent nos nouveaux outils. Quelles sont les vraies possibilités de se laisser surprendre par ce qu’est Autre? Le débat est lancé : l’interaction promise en début de rencontre pointe seulement le bout de son nez alors que celle-ci touche déjà à sa fin.

 

Les idées se bousculent dans ma tête et je me précipite dans le dispositif de rencontres mis au point par Elisabeth : la fameuse Lovebot. Je pars à la conquête de l’amour dans cette boite aux allures de photomatons. La Lovebot me photographie à mon insu en me complimentant, puis, me rappelle, en jouant et détournant les codes de Tinder & cie, que je ne suis pas dans un supermarché de l’amour. Avouons : sur le plan amoureux, c’est un échec cuisant. J’en sors amusée, pas chamboulée.

 

Je file rapidement vers le Reflektor pour lever le voile sur l’énigmatique Jardin Numérique installé pour l’occasion. Nous pénétrons dans la salle : sur chaque table, un casque. Nous ne le savons pas encore mais nous partons à la conquête d’un autre monde, ou plutôt, de ces autres mondes. Intriguée, je mets le casque et on me met en garde : « Si vous avez peur du mouvement, je vous conseille de commencer par Sonar! ». J’appuie sur play.

 

Le film s’enclenche. Je ne regarde pas le film, je suis dans le film! Je vis ma première expérience filmique en VR – réalité virtuelle – immergée dans l’espace. Ma capsule avance à tâtons vers des contrées intergalactiques. J’entends une voix, bien réelle cette fois, qui me lance moqueuse « La chaise tourne sur elle-même. ». Entre la terre ferme et le néant, mon cœur balance. Je pivote, je regarde en haut, en bas : je suis pilote d’une capsule spatiale qui finira pas s’écraser parmi des corps errants. Ceci n’est pas réel. Ceci n’est pas réel et pourtant l’image de synthèse en 360 degrés me coupe le souffle au sens littéral du terme. Le deuxième film, Dernière mission avant départ, est une production Canal : je baroude dans les rues parisiennes en moto, chargée d’une mission secrète. Pour dire vrai, je suis un peu déçue de la narration bien qu’abasourdie par les propositions sans limite de notre ère technologique. Le troisième et dernier film, aux accents plus poétiques, éprouve mon vertige des toits brésiliens à ceux de Bombay. Je suis au centre d’une romance, d’une correspondance aux visions inclassables et aux horizons infinis. Jetlag m’apaise et me berce de musique tout autant qu’il joue avec mes sens et ma peur du vide.

 

J’enlève le casque. Les jardiniers numériques me demandent si cela s’est bien passé. Oui, oui, très bien. Je suis un peu vaseuse. Il me faut de l’air. Ils rigolent, sans doute habitués à ce genre de remarque. Plusieurs membres de Quatremille sont venus, eux aussi, expérimenter ce nouvel univers audiovisuel qui a désormais évincé le cadre. C’est génial! C’est fou! Cette folie est à double tranchant : aussi belle que dangereuse, aussi attirante qu’inquiétante. Nous imaginons déjà le nombre d’ados boutonneux de 2025, enfermés dans leur chambre, aveuglés par un casque à force de trop vouloir voir. La VR réinvente notre manière de regarder l’illusion, et, il faut le dire, c’est agréable, surprenant et incroyable sur le plan technique. Elle acte la naissance d’une nouvelle réception mais aussi de nouvelles techniques cinématographiques : se fabriquant à base de plans séquences, nécessitant l’absence complète d’équipe technique dans un champ sans borne, pas moins de six caméras pour composer l’image, impliquant donc six fois plus de temps pour le montage. En discutant avec l’un des gérants du poste, je prends conscience que, d’ici peu, les productions prendront part elles aussi à cette nouvelle aventure du 21ème siècle pour redessiner nos sensibilités et façonner une ère visuelle, brouillant un peu plus les frontières entre le réel et la fiction. Pensive, je quitte le Web Fest en imaginant demain avec plus de questions que de réponses, et c’est déjà pas mal. »

 

Quelques photos pour se replonger dans l’atmosphère particulière du Jardin Numérique : 

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Si vous aussi vous voulez vivre des péripéties numériques ou en savoir plus sur d’autres postes de VR, jetez un oeil à la page de Poolpio productionOn like, on partage et on suit la page du Liège Web Fest !