LIÈGE, DANSE DIVERCITY

Chronique : Mel Moya // Photos : Catherine Brennecke

Mardi 8 février, le théâtre de Liège présentait deux danseuses chorégraphes liégeoises. Une soirée organisée dans le cadre de Liège Danse DiverCity, pour l’appel à projet « Un Futur pour la culture ». Une démarche qui s’inscrit tant dans l’accompagnement des artistes sélectionnés que dans la promotion de leur création, qui fut soutenue par le Théâtre de Liège lors d’une résidence.

© Catherine Brennecke

Il est 20h. L’entrée de la salle de l’Œil vert est comblée de spectateur.rice.s impatient.e.s, venu.es pour deux représentations de danse. Le dernier verre d’avant spectacle se termine, il est temps de prendre place. Plongé dans l’obscurité, le temps d’une transition vers un BPM rythmé (sur un air de Dont Stop ‘Til You Get Enough de Michael Jackson), la chorégraphe Simone Gomis se dévoile.

Native de Dakar, l’artiste, dont la carrière professionnelle lui a permis de faire un tour du monde, nous propose une création en hommage à son père boxeur. C’est ce dernier qui lui a transmis le gout du voyage et de la curiosité. « Re Born » est une ode aux racines qui nous invite à faire preuve d’humilité face aux parcours pluriels du chemin de la migration. Des petites projections vidéos, mêlant danses et portraits, viennent appuyer la performance.

La salle est tenue en haleine, devant le corps en mouvement d’une femme fière et souriante. Sa prestance et son énergie nous sont données en cadeau. Chaque regard suit très précisément chaque déplacement, comme une intrigue aussi bouleversante que fascinante. Soudain, des bruits sourds et aquatiques s’emparent de nos pavillons, une bande sonore, qui ne nous est pas inconnue, vient réveiller le souvenir d’un milieu que nous avons tous.tes bien connu ; remontons le temps, à l’heure où nous étions encore logé.e.s dans cette chaleureuse matrice. Nous assistons à cette renaissance et suivons son évolution comme celle de l’enfant qui apprend. Une manière de dire que la vie à différentes façons de nous souhaiter la bienvenue. Comme un griot, c’est un appel aux ancêtres et à leur protection, avec des chants pour se donner force et courage et ainsi braver la mer. Une mer, qui nourrit, mais qui sentence aussi. Vêtue d’une longue robe rouge, elle dépose un drap blanc sur le sol au côté d’une pierre. « Va en paix, les anciens sont venus te chercher », ce sont les mots prononcés par l’artiste, nous annonçant que la mer avait repris un frère. Danser pour raconter, témoigner, propager les histoires et les parcours à travers le mouvement, mais surtout nous rappeler « Nio Fãr », que nous sommes ensemble.

© Catherine Brennecke

L’entracte s’annonce et nous invite à quitter la salle afin de laisser le prochain décor s’installer.

Radah, a été créé et mis en scène par Dounia Devesna, chorégraphe et interprète belgo-marocaine de danse fusion, mêlant le traditionnel bengale et contemporain indien. Le projet est né en 2017, Dounia s’interroge sur les pensées de Radah et nous les livre libre d’interprétation. Comment s’approprier ce que nous voyons ?

C’est le moment de laisser redescendre les énergies pour prendre part à une histoire d’amour et de désirs. Un décor bollywoodien, un éclairage tamisé, c’est dans cette ambiance intimiste, que la magie sur scène opère. Il y a une fenêtre suspendue, comme une ouverture, nous invitant dans cette histoire qui se raconte par la danse. Une sensation de rêve éveillé, où les couleurs sont pensées pour accompagner l’émotion.

Nous voilà partis pour tenter de déchiffrer les codes d’une danse pleine de symboliques, où se mêlent une touche d’humour et de poésie. L’artiste nous montre alors une nouvelle vision des célèbres textes écrits par le poète indien Chandidasa « Les amours de Rada et Krichna ». Racontés à travers le personnage légendaire de Radah, sous le prisme de la danse, ils sont bercés par deux aspects principaux : l’amour dévotionnel et les désirs féminins. Chaque mouvement est opéré avec une délicatesse et une agilité remarquable, le public, ému par le récit, ne manque pas d’applaudir entre chaque passage de scène. Il y a, pour nous aiguiller, des petits interludes narratifs, qui permettent de replacer le contexte ou les pensées du personnage. Accompagné sur scène, pour un passage, le percussionniste, Balkumar Paramalingam, accompagné de son mridangam, vient aussi prêter sa voix.

© Catherine Brennecke

L’ambiance propagée durant cette prestation met tout le monde d’accord. D’ailleurs, une ovation générale clôture cette dernière danse.