LES DÉTROITS DU PÉLICAN… ENGAGÉS, ENGAGEANTS !

Interview : Cécile Botton / Photos : Jehanne Paulus

 À l’occasion de la sortie de Misère en Wifi, Quatremille est parti à la rencontre de Lionel et d’Augustin, chanteurs et guitaristes, des Détroits du Pélican. Ceux-ci nous ont confié l’histoire de leur groupe. 

© Jehanne Paulus

 Trois à l’origine, ils sont maintenant six à porter les couleurs du groupe. « À la fin du secondaire, Lionel Briké, le guitariste, chanteur, auteur et compositeur, Bertrand Deschene, le bassiste et moi-même avons créé le groupe », explique Augustin Bodeson, guitariste et chanteur. Au fil des années, l’ensemble n’a cessé d’évoluer et connait, depuis un an et demi, sa forme actuelle. Aux trois musiciens de départ, se sont ajoutés Pierre Braun au violon, Martin Pichault à la trompette et Camille Robustelli à la batterie.

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La conception de Misère en wifi, leur premier album, a duré un an. Celui-ci a été totalement financé avec l’argent récolté lors de leurs concerts. En 2017, ils en ont donnés pas moins de 30 dans divers petits endroits sympas. Pour eux, peu importe le lieu du moment qu’ils jouent… « Parfois, on se demande si ça va prendre, si les gens vont être réceptifs », enchaine Augustin, «mais, au final, on est souvent agréablement surpris. » Leur voyage en Bretagne crée une nouvelle dynamique dans le groupe, car ils y rencontrent des gens géniaux qui les suivent tout au long de la tournée. « Au départ, j’étais dans l’idée du musicien qui veut vivre de sa musique », poursuit Lionel, « mais, si nos finalités ont été financièrement revues à la baisse, elles sont humainement à la hausse… ».  Ils n’ont plus qu’une envie : faire de la musique pour rencontrer des gens biens, qui œuvrent pour leur communauté, qui ont envie de partager en prenant parfois des risques financiers pour soutenir de chouettes artistes.

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Pour cet opus, ils se sont impliqués à tous les niveaux : graphisme, pochette, promotion… et même pour la soirée de lancement où ils n’ont pas voulu être mis en avant. « On a invité des gens avec qui on a des affinités, qui parfois n’étaient jamais montés sur scène, mais qui touchent par leurs textes en français ! », lâche Augustin.

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C’est pour leur amour des mots que Les Détroits du Pélican chantent en français. Et puis, ce groupe engagé n’a guère envie de s’inscrire dans la mouvance anglo-saxonne des musiques actuelles. « Un courant qui parait parfois étouffant et qui porte de moins en moins l’attention sur les mots et sur le texte », enchaine Augustin.

« En fait, les textes qui me touchent le plus sont souvent en français, ça me fait vibrer, c’est une corde sensible en moi, ça me parait plus puissant » explique Lionel. Puissant, c’est peu de le dire… Avec des titres comme « Voici votre révolution », « Sur le rond-point des droits de l’homme », ou encore « Les jeunes en boite », ils n’ont de cesse de dénoncer les dysfonctionnements de notre société. Influencé par la poésie, Noir Désir et Léo Ferré, Lionel enchaine : « Critiquer la société, c’est une source d’inspiration vraiment géniale… Tu prends le bus et deux arrêts plus loin, tu pourrais écrire deux chansons ! »

Misère en wifi, une association quelque peu originale, en lien  avec la chanson de l’album « Voici votre révolution », dans laquelle Steve Jobs propose aux prolétaires la révolution technologique. « Aujourd’hui, la misère, ils vont bientôt l’envoyer par wifi, elle est là partout… pas forcément due à un manque d’argent, mais plutôt dans les idées. » explique Lionel.

© Jehanne Paulus

Pour le groupe, la musique est au service du texte. Il s’agit d’épurer l’accompagnement pour lui laisser plus de place, pour que les gens puissent écouter plus attentivement. Ils improvisent ensemble sur les titres proposés par Lionel. Chacun, à sa manière, colore les morceaux. Les solos de Martin et de Pedro donnent une respiration au texte. « Parfois, Camille démarre, suivi par Martin et Pierre qui amènent des mélodies… du coup, ça se nourrit, c’est sympa ! »  Si l’autoproduction n’était pas un choix au départ, elle leur offre une liberté qu’ils apprécient. « On a pu faire des choses qu’on aime bien écouter et regarder, un produit dont on est fier ! » conclut Augustin. Actuellement, ils sont à la recherche de personnes qui pourraient les faire tourner. La musique est un moyen de voyager et de rencontrer des gens. L’année prochaine, ils partiront au Québec où ils ont quelques contacts. « On va y aller parce qu’on a envie de se faire plaisir ! » explique Lionel. « J’ai par ailleurs découvert qu’en Russie, ils étaient vachement francophiles et je connais quelqu’un qui pourrait nous établir des contacts. »

Le plaisir de jouer, de chanter ensemble poussent ces jeunes à aller au bout de leur rêve ! Et de conclure,  Misère en wifi, une très belle découverte, qui ne peut renier les influences de Noir Désir !

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