LES ARTISTES DE L’OMBRE : COURGETTE ÉDITIONS

Rédaction : Cécile Botton // Photos : Isabelle Belloi

Les artistes de l’ombre ou l’envie de mettre en avant des artistes vivant dans les coulisses culturels ! Dans cette nouvelle série, Quatremille vous présentera différents métiers en lien direct avec l’art et la culture. Pour cette première, nous avons poussé la porte d’une toute jeune maison d’éditions. Rencontre avec Cindy Vandermeulen, fondatrice de Courgette éditions.

Amoureuse des mots

« Toute petite, je voulais être écrivaine… J’ai commencé à rédiger et réciter mes premières poésies vers sept ou huit ans. Ça a toujours été une passion ! » confie Cindy Vandermeulen. Seulement voilà, artiste, ce n’est pas un vrai métier. Malgré des études en latin-grec suivies d’un master en sciences politiques et un parcours professionnel assez éclectique, son rêve de petite fille, être écrivaine, ne la quitte pas. Interpellée par Lisette Lombé en 2015 : « Tu écris, tu as fait du théâtre, tu viendras bien slamer ! » C’est ainsi que cette année-là, Cindy slame son premier texte lors des 24 heures slam de la Zone. « J’ai kiffé, kiffé et petit à petit, j’ai commencé à écrire, suivre des formations, des coaching scéniques, des ateliers d’écriture, à me professionnaliser au niveau de l’écriture. »

© Isabelle Belloi
Courgette éditions
© Courgette éditions

« C’est une idée qui m’est venue pendant le premier confinement… Enfin, un petit peu avant ! C’est parti d’un besoin d’autoédition pour mon deuxième livre, Tatie A. » lâche d’emblée Cindy. En 2018, Edilivre publie son premier roman Sentiments dévoués. À l’époque, trop contente, elle ne se rend pas bien compte qu’il s’agit d’une maison à compte d’auteur et pas à compte d’éditeur où aucun accompagnement éditorial ni aucune diffusion ne sont prévus. Cela lui a porté un peu préjudice et elle éprouve dès lors le besoin de se réapproprier les droits d’auteur de son premier roman. Obtenant le statut d’artiste en 2019, écriture, scènes artistiques et ateliers d’écriture deviennent son métier.

Autoédition, mais pas que

Faisant partie du collectif L-Slam qui aide les femmes à monter sur scène, il lui paraissait tout naturel de leur permettre d’accéder à l’édition. Une manière de mettre en valeur des voix qu’on n’entend pas. « Et puis, je n’ai pas envie de nourrir des multinationales, donc je vais créer un site Internet pour vendre mes bouquins moi-même. » Peu à peu, confinement aidant, Courgette éditions prend vie.

Créer une maison d’éditions, tout un parcours

« Dans un premier temps, j’ai contacté la coopérative Smart pour créer une structure juridique et l’association des éditeurs belges afin d’être épaulée par des pairs. » Pour Cindy, il est important d’utiliser les ressources locales pour fabriquer ses livres. Elle prend alors contact avec la responsable de AZ-Print, pionnière en matière d’écologie : encre non-toxique, énergie réutilisable et papier issu de forêts gérées de façon éco-responsable. 

Éditer un livre, c’est lire les propositions, sélectionner les auteurs, les rencontrer, corriger les manuscrits, imaginer la couverture, mettre le texte en page dans le format à transmettre à l’imprimeur, gérer les aller-retours avec ce dernier. Ensuite, il y a les codes ISBN à introduire dans les bases de données professionnelles, la promotion de l’ouvrage, sa diffusion auprès des libraires, la distribution via le site internet. « Cela demande un travail de malade, il y a l’édition papier, les formats epub, et aussi les formats audios que j’aimerais mettre en place. » Dans les grandes maisons d’éditions, tous ces postes-là sont attribués à des personnes différentes. Mais ici, Cindy est toute seule !

Il faut tenir compte de beaucoup de paramètres que l’éditrice ne maitrise pas encore. Par exemple, changer la taille de la police a un effet domino sur la taille, la tranche, le poids… et modifie donc les prix d’expéditions. En phase de lancement, elle découvre et procède par essai et erreur, ce qui prend du temps ! « Mais je pense que le jeu en vaut la chandelle ! J’ai pour objectif une maison d’éditions 100% made in Belgium avec des autrices et des auteurs issu.es de notre pays. » En français dans un premier temps, Cindy n’exclut pas d’éditer dans les autres langues nationales et vise également le marché de la francophonie en général. « La Belgique, c’est tout petit et j’ai des ambitions bien plus grandes à ce niveau-là ! »
Premières publications

Pour la rentrée littéraire de septembre, un coup de cœur pour une autrice : Jacinthe Mazzocchetti sera publiée. « C’est un OLNI, un objet littéraire non identifié, parce que ce n’est pas de la poésie, c’est de la prose, c’est un format un peu spécial, un truc où j’ai juste fait “Waouh“. » Pour septembre, il y aura également un calendrier qui traitera des masculinités positives par opposition aux masculinités toxiques.

Cindy compte ensuite se réapproprier Sentiments dévoués et publier son second livre, Tati A. C’est un roman (ou plutôt une pièce au théâtre qui pourra se lire comme un roman) basé sur une véritable conversation que l’auteure a eue avec sa tante Arlette atteinte d’Alzheimer. « J’ai envie de sensibiliser aux ressentis des gens qui ont un proche qu’on doit mettre en maison de repos, à la culpabilité que la famille peut avoir de ne pas pouvoir s’en occuper. Une façon d’ouvrir le débat sur la maladie, de mettre des mots sur des situations qu’on ne comprend pas toujours ! »

Sentiments dévoués de Cindy Vandermeulen © Courgettes éditions
Sentiments dévoués de Cindy Vandermeulen © Courgettes éditions

Ce livre est également né d’un concours de circonstance, entre une envie d’écrire des pièces de théâtre avec des personnages féminins et une discussion menée avec une metteuse en scène trouvant qu’il n’y pas suffisamment rôles féminins, la majorité des rôles à pourvoir étant essentiellement masculins.

Et de conclure

« Je suis très contente d’avoir franchi le cap, il y a un réel engouement, une réelle demande de plus d’inclusivité, de plus de paroles différentes. Je commence à recevoir énormément de manuscrits, c’est beaucoup de travail, beaucoup bonheur et de joie, c’est enthousiasmant de voir toutes ces personnes qui écrivent, c’est boostant ! »

Pour le moment, Cindy ne veut pas trop publier car elle a envie de donner à chaque ouvrage l’attention et la diffusion qu’il mérite. Elle contacte donc un coup de cœur,  laisse d’autres ouvrages sur le côté et surtout elle est en train de monter un comité de lecture car il lui est impossible de lire tout ce qu’on lui envoie.  « Il faut que je délègue certaines choses afin de pouvoir assumer tout ce qui arrive ! »

Cindy Vandermeulen, fondatrice de Courgette éditions © Isabelle Belloi
Cindy Vandermeulen, fondatrice de Courgette éditions © Isabelle Belloi