LEA – LA CULTURE ELECTRONIQUE DE LA SCENE MUSICALE LIEGEOISE

Photographies © Virginie Godfrin
Chronique > Arthur Perini, membre du Collectif Ascidiacea.

 

 

 

Le samedi 25 février dernier Quatremille s’est rendu au KulturA pour assister au premier événement de LEA Liège Electronic Archives. Voici notre compte-rendu !

 

 

 

LA CHRONIQUE DE ARTHUR PERINI :

 

 

 

Programme serré ce samedi 25 février 2017 pour les amateurs de musiques électroniques en région liégeoise. En guise d’entrée en matière, le crew de l’ASBL LEA (Liège Electronic Archives) remplit le flambant neuf KulturA en Roture de tous les éléments de leur passion commune : première étape avec une foire aux disques et, pour chaque regard curieux ou intéressé sur les bacs remplis, l’occasion d’une rencontre avec les labels locaux et les passionnés de ce petit monde de l’édition et de la distribution des musiques électroniques ; ensuite, la conférence des ambassadeurs du projet Herrmutt Lobby, démonstration et mise à disposition de leurs instruments numériques interactifs ; et, finalement, l’ouverture d’une nuit entière pulsée aux rythmes de toute la palette que l’électronique musicale donne à entendre, sous le patronage de Cristian Vogel, spécialement dépêché pour l’occasion par les 5 comparses de LEA. La philosophie de leurs événements s’exprime ainsi :  proposer des formules résolument plurielles qui rassemblent en un même lieu des univers qui ne se rencontrent pas toujours si facilement.

Derrière ce dispositif, et sa réussite manifeste tout au long de la journée et de la nuit, il y a une interrogation critique : comment se représente-t-on la place et les liens entre nos communautés sociales actuelles et leurs histoires relatives aux courants des musiques électroniques ? Liège vit depuis plusieurs décennies maintenant au rythme de cette constellation de genres et de sous-genre des musiques électroniques. Et si l’on entend encore, par-ci, par-là, certains des noms de lieux ou des personnes emblématiques qui ont donné vie à ce grand mouvement esthétique de l’électronique dans les contrées du 4000, il est certain qu’en la matière, le souvenir et la mémoire individuelle ne devraient pas constituer nos seuls recours pour transmettre cette culture sociale si intimement liée à l’esprit de fête. On pressent les risques ou les défis à trop s’y fier ou s’y reposer, et de succomber à son évanescence. Cette culture se vit encore le plus souvent dans les couloirs parfois étroits de l’extase et de l’ivresse, aux effets qui ne se conjugueraient qu’à l’immédiateté du présent. Mais si l’histoire de ces rituels festifs et musicaux actuels ne trouve pas de supports plus solides, comment véritablement savoir ce qui in fine est célébré ? Quelle passion, quel attachement en transmet-on alors véritablement ? Entre ineffable sensation et oubli éthéré dans l’emportement de la nuit… Comment rendre plus tangibles les produits de ces grandes messes musicales et dansantes qui rythment nos vies actuelles ?

Poser ces questions permet de faire le premier pas vers des solutions originales pour écrire l’histoire et équiper notre mémoire commune de ce mouvement culturel. C’est dans cette voie que LEA fonce désormais, porté par l’engouement collectif que l’annonce de leur création a suscité à Liège, dans ses environs, sur les réseaux sociaux et chez nous à Quatremille. LEA prend donc acte de cet état de fait et propose de redonner son patrimoine historique au monument liégeois de cette électronique festive et culturelle. Comment ? En proposant de constituer le premier fond d’archive institutionnel de ce mouvement de société qui fait bouger les esprits et les corps de toute une population, en n’oubliant pas d’illustrer comment Liège s’est singularisée sur cette scène internationale de l’électronique. Avec des propositions concrètes et accordées à l’air du temps : outils multimédias et plateforme web permettant de connecter tout un ensemble de documents de différentes natures, fresques chronologiques rétrospectives du mouvement ou encore l’installation dans les lieux de fêtes d’une Record-Box, cabine permettant de recueillir les récits à vif des expériences, en solo ou en groupe, qui sont vécues sur le moment. L’arsenal d’idées utiles demande encore à être complété, LEA reste pour le moment ouvert aux nombreuses suggestions qui lui parviennent avant de se fixer à des objectifs plus déterminés.

Les opportunités sont énormes, parce que l’intérêt est manifeste auprès du public et la place est libre dans le secteur institutionnel. LEA profite de l’influence de modèles d’organisations ayant réussi dans d’autres domaines musicaux, avec comme exemple les médiathèques publiques de la ville et de la province ou la maison du Jazz, le grand centre de référence, de documentation et d’animation des cultures jazz en communauté française de Belgique. L’ambition est celle-ci : façonner un lieu qui fasse office de plateforme de rencontre entre les cultures savantes et populaires des musiques électroniques, offrant des formations techniques et historiques sur la production musicale  assistée par ordinateur (MAO) ou sur l’histoire des courants et espaces belgo-belges de l’électronique musicale, créer une base de donnée communautaire qui recevrait les récits et témoignages des personnages emblématiques de la scène belge et liégeoise ou des passionnés du genre et, en fin de compte, tisser les premiers maillages du réseau institutionnel d’acteurs et d’organismes porteurs d’une reconnaissance vis-à-vis de l’amplitude et de la vivacité culturelle de ce domaine de création. Ailleurs, on aurait pu dire que LEA propose l’ouverture d’une grande entreprise institutionnelle de social digging musical et de crowdfunding documentaire pour étayer l’histoire du territoire liégeois des musiques électroniques.

Pour l’instant, l’heure est au rassemblement des énergies et des idées. LEA garde l’œil et l’oreille ouverte à toutes les initiatives que leur première impulsion aura permis de faire émerger. Les instances politiques semblent prêtes à soutenir leur initiative mais c’est surtout à partir d’une base collective volontaire – partageant leur engouement et leur excitation à semer les premières pousses de cette histoire sociale – que ce projet pourra se réaliser concrètement. L’appel est donc lancé, et leur équipe toute prête à recueillir vos témoignages et vos suggestions pour se donner les moyens de lutter ensemble contre l’amnésie ou l’oubli qui menace cette culture liégeoise des musiques électroniques. Cette enquête communautaire promet déjà, plus que de laisser une simple empreinte du passé, d’ouvrir plus largement l’horizon d’une conscience créative pour les générations d’amateurs et de mélomanes et d’amplifier la dynamique présente et les plaisirs déjà éprouvés et approuvés dans l’enceinte ardente de ce monde musical de l’électronique.

 

Quelques photos pour se remettre dans l’ambiance :

     

     

     

     

 

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