LE MICRO FESTIVAL 2017

Photographies © Maeva Brifflot
Chronique > Thomas Renauld

 

 

Quatremille a assisté au Micro Festival 2017 ! Voici la chronique de Thomas Renauld !

 

 

Le Micro Festival a toujours plus ou moins cultivé l’image du festival un peu à part dans le paysage musical liégeois. Si depuis deux ans, le Supervue Festival lui offre une « concurrence » relative bienvenue, c’est bien le Micro Festival qui a instigué et commercialisé cette idée de festival hybride, fruit de la rencontre de l’esprit familial avec une certaine idée de désordre organisé. Comme depuis 2012, lors de la troisième édition, se sont  succédé, deux jours durant, bon nombre d’acteurs de l’année musicale écoulée. Cette fois-ci, le choix s’est porté sur des musiques rock, punk, indus, new-cold wave et autres genres assimilés. Le premier jour incarnera la violence dans son essence la plus pure, alors que le second jour sera pour sa part placé sous des auspices plus tempérés… quoique ! Mais commençons par le début.

Vendredi. Les montres indiquent 16 heures 45. Aux « travaux de chantier » (sic) de Suiker Zuiker présentés par l’annonceur font suite quatre Anglais à la dégaine anglaise, produisant de la musique anglaise : les Crows entrent en action. Au programme, arrangements vitaminés au post-punk et chant désabusé. Suant l’urgence de leur art, les membres se répondent lors d’un concert intense, sans concession, laissant pourtant la porte ouverte aux profanes du genre. En effet, les références sont multiples mais l’énergie dégagée par cette prestation permet aux plus jeunes de danser, comme poussés par des envies primitives. Enjoués par ce tableau enivrant et contrasté, nous nous satisfaisons des dernières notes de basse ainsi que des ultimes déambulations désorganisées du chanteur dans le public. Applaudissements, bière.

Bière, applaudissements. Trente minutes ont passé. Le temps de nous abreuver, de découvrir la jolie scène dédiée aux DJ sets et l’heure d’accueillir Bad Breeding sonne déjà. Bad Breeding, ce sont quatre Anglais – tiens donc – qui, placés juste après Crows, semblent respecter l’envie de crescendos violents organisés par les instigateurs du Micro Festival en cette première journée. En effet, tout semble calculé, durant cette après-midi inaugurale, pour satisfaire les esprits les plus énergiques. Dans le même esprit de chaos, Bad Breeding distille donc durant 40 minutes une musique rapide, intense, aussi déconcertante que la gestuelle et le regard du chanteur la laissent entrevoir. Une franche réussite donc, même si la batterie semble laisser trop peu de place au chant pour que ce dernier puisse être apprécié à sa juste valeur. La performance qui suit est-elle vraiment propice à traiter de chant et d’équilibre des instruments ? Rien n’est moins sûr. Et pour cause : Cocaine Piss, groupe liégeois qui succède à Bad Breeding sur la scène principale, est coutumier des lives extrêmes, fun et surtout très courts. Jouissant de leur réputation, les membres du groupe jouent de leur attitude punk, s’amusant des codes du genre pour proposer vingt-cinq minutes pleines et étonnamment joyeuses. Un moment fort du festival, à n’en point douter, et une excellente manière de saluer une première fois la tombée du jour.

Les secondes salutations faites au crépuscule se nomment King Kahn & The Shrins. Après un premier quart d’heure qui peut paraître trop propre et en inadéquation avec la philosophie du festival, King Kahn ôte son costume – au propre comme au figuré – pour nous offrir une combinaison noire satinée du plus bel effet. Musicalement, l’effet est le même. Les arrangements s’intensifient, gagnent en bruit. Le spectacle est total et le public ne s’y trompe pas : pendant une heure, la foule se meut sous les variations hypnotiques des nombreux instruments, le tout chapeauté d’une acoustique très agréable.

Le reste de la soirée est, pour sa part, monolithique. Faire se succéder Uniform, Blank Mass et Osica est une idée lumineuse, mais qui peut ne pas s’avérer payante. Si les fréquences saturées du premier font mouche directement et abruptement sur les corps, Blank Mass nous lasse et nous fascine, par intermittence. Globalement grisant, son live mériterait peut-être d’être plus court. Biaisés par ce sentiment, nous n’entrons pas complétement dans l’aventure Osica, mais la satisfaction est malgré tout au rendez-vous et au bout de cette première journée, le public semble repu.

À seconde journée, choix réfléchis. Les souvenirs diffus de la veille manifestent leur aplomb dans les genoux et l’estomac. Face à ce douloureux retour sur Terre, le programme est varié et reposant. Nous choisissons le coin   « chill » et ses bancs faits maison reposant les corps qu’alimentent les stands de nourriture. Le temps presse, pourtant : Mario Batkovic, accordéoniste de génie au sourire enjoué, s’apprête à investir les lieux. Hormis ce sourire frappant, c’est sa créativité sur et en dehors de l’accordéon qui frappe l’esprit. Au final, le concert passe à une vitesse lumière et les dernières notes d’une performance qu’on aurait voulue plus longue s’éloignent déjà. Elles lèguent leur place aux DJ’s de la scène prévue à cet effet, puis aux membres d’Altin Gün et leur « rock turc » envoûtant. La chanteuse et ses acolytes offrent un concert plutôt lisse mais très réussi, très propre. Dans la même optique, Phoenician Drive, sextet bruxellois aux légères influences krautrock, ne parvient pas à nous transcender.

Globalement et contrairement à la veille, c’est la scène dédiée aux DJ’s qui semble mouvoir la foule durant cette après-midi du second jour de festival. Le Supervue Soundsystem, les Balades Sonores et enfin Maria Green nous gratifient de sets fun et solides, parfaits moments électronisés insérés entre trois performances – Altin Gün, Phoenician Drive et Joasinho – peu inspirantes, dans le contexte donné. Un mot tout de même sur la place laissée aux DJ’s : il est un fait certain que ces derniers manquent quelque peu de considération. En effet, systématiquement, les DJ’s sont coupés dans leur élan, voyant leur travail réduit au rang d’interlude. S’il s’agit forcément là de décisions logistiques, cela n’en demeure pas moins dommageable. Carton jaune, donc, en espérant voir des DJ sets complets en 2018, ou pas de DJ du tout.

Il nous reste à traiter de ce qui fut peut-être le meilleur moment du Micro festival cuvée 2017. De ce moment, coupé en deux concerts bien distincts, émanait une seule idée :  la danse. À l’aide d’un matériel minimaliste, les deux membres de K-X-P d’abord, Usé ensuite, nous offrent un final en apothéose. K-X-P invoque l’esprit de Suicide – groupe culte des années ’70 et ’80 au minimalisme puissant, propice à la trance – alors qu’Usé semble invoquer son propre esprit, en trance lui aussi. Pêle-mêle, ce sont des cymbales criardes, une guitare utilisée comme percussion, le corps d’Usé lui-même et sa voix, triturée, qui chatouillent nos oreilles usées par l’énergie des deux derniers jours. Une conclusion parfaite, donc, qui aurait mérité de clore le festival. Tropical Camel, dernier artiste programmé sur la grande scène, peine à nous convaincre. La faute à une technique un peu bancale, mais aussi et surtout aux deux concerts d’anthologie qui ont précédé.

En définitive, le Micro Festival, c’est toujours autant d’amour et de passion. Les lieux du festival sont agréablement investis par toute l’équipe et par les différents stands extérieurs. Ces derniers semblent d’ailleurs heureux d’être là. Félicitons tout de même toute l’équipe du Micro Festival, elle qui met un point d’honneur à mettre en lumière ce statut d’éco-festival de la plus belle des manières : par les actes. Alimentation et développement durables, Mobilité… Tout est mis en place pour transformer le terme « éco-responsable » en quelque chose de naturel et bienveillant. Chapeau Bas.

 

Les photos de Maeva Brifflot:

     

     

     

     

     

     

     

     

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