LE HANGAR, 16 ANS ET UNE ÉPIDÉMIE PLUS TARD

Interview : Nader Mansour // Rédaction : Ludovic Minon // Photos : Simon Verjus

Entre restrictions sanitaires et budget vacillant, quel avenir pour l’événementiel liégeois ? Incontournable de la scène alternative, le Hangar propose cet été une programmation intense comme potentiel dernier baroud d’honneur. Rencontre avec Vincent Cotteleer et Julien Hockers, les passionnés aux commandes de l’asbl.

Vincent Cotteleer et Julien Hockers du Hangar asbl © Simon Verjus
Vincent Cotteleer et Julien Hockers du Hangar asbl © Simon Verjus

« Si tu programmes des groupes bruxellois, des groupes pointus qui sont connus et reconnus… Tu les mets à Liège, avec une entrée de 5€ ? Il n’y aura personne. Personne ! Tant que tu ne fais pas du liégeois et du gratuit, c’est galère. » Les particularités du public liégeois, Vincent Cotteleer les connait bien : ça fait maintenant 16 ans qu’il a créé Le Hangar asbl, devenu depuis un incontournable de l’événementiel alternatif liégeois. « Mais les gars vont te claquer 30€ en bières hein… Mais une entrée à 5€, putain, c’est du vol ! » Cet ardent public a pourtant répondu présent à l’appel du Hangar, qui a misé cet été sur une série d’événements dominicaux en petit comité. Une fois n’est pas coutume, l’asbl a pris le pari de ne proposer qu’un nombre restreint d’entrées sur réservation uniquement. « On est déjà sold-out jusqu’en août ! » sourit Julien Hockers, responsable de la programmation au Hangar.

Vincent Cotteleer du Hangar asbl © Simon Verjus
Vincent Cotteleer du Hangar asbl © Simon Verjus
Le Hangar, quésako ?
En décembre 2003, une bande d’amis artistes se met en tête de lancer un marché de Noël alternatif. Vincent Cotteleer accueille l’événement dans son hangar situé sur le quai Saint-Léonard. « On n’avait rien à l’époque. On avait tapé des cathy cabines et tiré plein de cables pour l’électricité… » raconte Vincent. « On a eu plus de 3000 visiteurs sur le weekend, c’était la folie ! » Quelques mois plus tard, l’asbl Le Hangar est née. De quelques événements par an, l’endroit est vite devenu un des lieux phares de la culture alternative liégeoise. « Notre valeur première est l’accessibilité » développe Vincent. « Mettre à disposition une scène abordable pour les artistes, sans qu’ils aient besoin d’investir de l’argent. » Groupes improbables, premières scènes, tests grandeur nature… « Le Hangar est un lieu où la folie est permise » lance Julien Hockers. « L’événement qui marche le mieux ? Le championnat mondial du pull moche ! » 

Si l’asbl a opté pour une telle formule, ce n’est pas par hasard mais bien pour adhérer aux règles sanitaires en vigueur dans l’événementiel post-confinement. Un public limité à 50 personnes, une réservation obligatoire… En termes de budget, ce plan de bataille estival aide tout juste le Hangar à sauver les meubles. « Ça nous permet de garder la tête hors de l’eau jusqu’à la rentrée » confie Vincent Cotteleer. « À l’heure actuelle, on ne sait pas si on sera encore là l’année prochaine. » Vous l’apprenez peut-être en lisant ces lignes, mais l’événementiel alternatif liégeois marche sur des oeufs depuis un bon moment. Et l’arrêt récent des activités n’a pas arrangé le phénomène. « C’était déjà compliqué avant… » commence Vincent. « Durant le confinement, le remboursement du prêt pour refaire la toiture du Hangar a été mis en suspens. Et à part ça, nous n’avons presque pas de frais. » Mais quid de la rentrée ? « Notre peur est qu’on puisse reprendre à 30% de notre activité, mais que nos frais reprennent entièrement. Comment tenir dans ces conditions ? » continue Vincent. « Pour la première fois en 16 ans, nous allons avoir recours à des bénévoles. Pour ce qui est des éventuels subsides, nous n’avons jamais fait de demandes depuis la création de l’asbl… Et c’est un pré-requis la plupart du temps ! » Loin d’être un cas isolé, le Hangar se trouve dans une situation comparable à celle du Garage, de l’An Vert, de l’Aquilone, du Blues-Sphere, du Kultura, et de tous ces lieux dédiés au milieu créatif liégeois. Quelle place auront nos artistes demain ?

Les dimanches du Hangar, c’est l’occasion de re-découvrir un incontournable. Une programmation qui fait la part belle aux habitués de sa scène : Gaëtan Streel, Psoman, Luis Pincheira… Le tout dans un cadre intimiste assumé : les 50 personnes présentes pourront explorer les jardins du Hangar, aménagés pour l’occasion, de 18h à 22h. Une entrée à 5€ — 7€ pour l’entrée solidaire — et un repas à 10€. Que demande le peuple ?
  • Vincent Cotteleer du Hangar asbl © Simon Verjus
  • Julien Hockers du Hangar asbl © Simon Verjus
  • Les jardins du Hangar © Simon Verjus

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