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LE BAL DE L’AIGUILLE

LE BAL DE L’AIGUILLE

Astrid Maigné-Carn

Que serait Rigoletto sans sa coiffe biscornue ? Carmen chanterait-elle toujours l’amour sans son bustier rouge vif ? Depuis près de 2 siècles, l’Opéra Royal de Wallonie nous fait rêver avec ses costumes que l’on croirait venu d’un autre temps. Mais d’où viennent-ils vraiment ?

L’Opéra Mac Beth – Crédit : © Opéra Royal de Wallonie-Liège

Acte I : Les coulisses

En entendant “costume” et “Opéra”, on se surprend à rêver de l’atelier de couture pittoresque caché dans les sous-sols de l’Opéra liégeois… Et pourtant ! Les ateliers de couture de l’Opéra se trouvent à Ans, cachés derrière les archives nationales et une montagne de conteneurs. Les portes vitrées et les nombreuses fenêtres attisent la curiosité sur ces locaux modernes. On ose à peine y pénétrer tant la quiétude des lieux laisse penser que le bâtiment est vide. Tout se passe à l’étage. Après avoir monté le petit escalier, où sont accrochées les photos des spectacles passés, s’offre alors à nous le grand atelier de confection. Le spectacle commence ici. À peine a-t-on poussé la porte que le ronronnement des machines à coudre, la musique, les discussions et les rires se font entendre. Au total, une douzaine de personnes travaillent dans ces ateliers. La pièce est immense. Dans chaque recoin, les portants débordent de costumes, les étagères de bobines. Sur les vastes tables de coutures gisent cahiers de croquis, mètres et chutes de tissu.

Une partie des costumes sur scène. Crédit : © Opéra Royal de Wallonie, Liège

Acte II : Les maestros du fil

Ce matin, malgré l’ambiance joviale, ouvrières et ouvriers n’ont pas de temps à perdre. Près d’une quarantaine de costumes doit partir demain pour les essayages à l’Opéra. Chacun à son poste : les couturières à leur machine, les coupeurs à la découpe et pour le repassage, chacun pour soi ! Le lancement de la chaîne de production a beau se faire près d’un an avant la première, tout se joue dans les dernières heures. “Certains costumiers changent tout jusqu’au dernier moment, même les boutons de chemise alors qu’on ne les voit même pas du fond de la salle…” ricane Charlotte, couturière depuis quelques années.

L’atelier confectionne les costumes pour MacBeth, spectacle de juin 2018. Mais il faut aussi faire les retouches pour Donatella en urgence. ”Un bon velcro et on en parle plus !” solutionne Lucie, qui est en charge de la décoration des costumes. L’équipe s’adonne alors à un festival de tirettes, de coups de marteau pour aplatir les coutures et de conseils… Oui, de conseils. “On montre nos techniques. On apprend toujours les unes des autres “ explique Gisèle, la doyenne de l’atelier. Ici, le travail d’équipe et la bonne humeur sont de rigueur.

Acte III : Une partition sur mesure

La matinée touche à sa fin. Toutes et tous se réunissent autour de la table de couture de Fernand, costumier en chef. En son absence, Didier devient le chef d’orchestre. Il est coupeur. Il entonne une réunion de mise au point pour rappeler comment les différentes pièces vont s’articuler les unes avec les autres, comment réaliser le pli, les effets de retombée, etc. et surtout il motive les troupes. Pour mercredi matin, les chapeaux doivent être solidifiés, les tenues rouges et les blanches terminées. “- Vous finissez les tenues rouges, et on passe aux capes vertes” “- Ah c’est la petite mierda ?” ronchonne Dominique. La “petite mierda”, c’est le velours de soie, une matière compliquée à travailler. En donnant leurs maquettes et dans l’émulsion de la création, les costumiers ne pensent pas à l’aspect technique. Didier se veut rassurant: “On ne dit jamais que ce n’est pas possible. Tout est possible. C’est un plaisir de rechercher des solutions techniques aux inventions artistiques”.

Marie-Lee, nouvelle recrue, termine son jupon. Crédit photo : Astrid Maigné-Carn

Final : Cantate de tissu

2018 est une année très productive pour les ateliers de couture. Pas moins de neuf nouveaux spectacles au programme. “C’est énorme! D’habitude on est plutôt sur six!” s’étonne Dominique, en poste depuis 15 ans. L’ampleur du travail de création est inimaginable. Pour un Opéra, il peut y avoir jusqu’à cent personnes sur scène, pour un tableau. Les costumes changent pour chaque tableau. Un spectacle ce sont des milliers de pièces. Mais depuis toujours, la même émotion anime les équipes: la fierté, la féérie de l’acteur qui donne vie au costume. Et ce soir encore, dentelles et rubans de satin illumineront les planches de l’Opéra Royal.

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