INTERVIEW LAURENT HENRION

Photographies © Laurent Henrion
Rédaction > Rachel Thonart Nardellotto
Chroniques > Héloise Husquinet & Esther Hansenne

 


 

Quatremille : « Ta punchline? »

Laurent : « On peut faire du profond avec du beau! »

Quatremille : « Comment définirais-tu ton projet photographique? »

Laurent : « J’ai d’abord fait beaucoup de dessin, de la peinture et de la BD puis j’ai arrêté parce que je me suis rendu compte que je n’arrivais pas à réellement m’exprimer là-dedans. Je me suis retrouvé en « industrie graphique » et, là, je suis tombé amoureux de la photo. On est forcé de se trouver des codes et un style qui nous est propre en tant que photographe et le mien reste intimement lié aux Beaux-Arts : les estampes japonaises, la peinture classique et la sculpture. Par ailleurs, mon travail s’inspire et se retrouve à la rencontre de la photo de mode et du travail dit d’auteur. Mes références? Elles sont multiples. Il y a notamment Harley Weir et Viviane Sassen. Aussi, je peux dire que le premier travail de photographe pour lequel j’ai vraiment eu un coup de coeur est celui de Sally Mann! Et mes objectifs? Il y a un an, j’aurais dit « imposer mes objectifs/valeurs dans le monde de la photo de mode », contrecarrer l’hypocrisie omniprésente dans ce milieu. Aujourd’hui, je me rends compte que j’ai envie de voir plus large : j’ai envie de toucher à tout! »

 

Quatremille : « C’est quoi être photographe dans une société de l’image et à une époque où tout le monde à accès à la photographie? Comment te positionnes-tu par rapport à cette réalité et qu’est-ce qui fait de toi (ou d’un autre) un « photographe » ? »

Laurent : « Je me suis souvent posé cette question. La surconsommation d’images, en clair : ça me fait chier (rires)! En fait, c’est à double tranchant : d’une part, je me suis demandé « à quoi bon faire des photos vu que tout le monde en fait et qu’on est déjà submergés par les visuels? » et, d’autre part, je me rends compte que je n’aurais peut-être jamais fait de photographie si je n’y avais pas pris goût en voyant toutes ces images. Cela dit, je n’aime pas m’autoproclamer « photographe », je préfère le terme de « faiseur d’images ». Et, à mon sens, ce qui différencie « le faux du vrai » concerne l’authenticité d’un photographe et son goût de se renouveler. C’est quelque chose d’important pour moi et que j’ai tendance à attendre des autres : la recherche constante. »

 

Quatremille : « Est-ce que Liège est une source d’inspiration, de sujets et/ou de matière photographique? Qu’est-ce que tu photographies, au final? »

Laurent : « A la base, Liège n’était pas censée être une source d’inspiration étant donné que je travaille surtout avec des mises en scène et en studio. Finalement, lors d’un workshop auquel j’ai participé sur le thème de la nuit – un travail de reportage d’une semaine – j’ai passé énormément de temps dans les rues de la ville et, là, je peux affirmer que Liège a été un bon « terreau ». Elle a été une belle toile pour ce que j’avais envie d’exprimer sur le sujet, sur mes angoisses. »

 

Quatremille : « L’expérimentation semble très présente dans ton travail: pourquoi et en quoi? »

Laurent : « Pourquoi? Déjà, parce que j’en ai envie (rires)! Surtout, parce que je n’ai pas envie de m’enfermer. Pour moi, – et ça s’applique à toute chose – il faut « décodifier » et faire péter toutes les cases! Notamment, faire tomber les murs entre les différents genres de photographie (mode, auteur, etc.). J’essaie de tout mélanger tout en créant quelque chose de cohérent. En quoi? J’utilise énormément le scanner sur lequel je compose avec des objets, mon visage, des tirages, etc. Je travaille aussi régulièrement avec une vitre partiellement peinte que je place devant mon sujet. En fait, mon « terreau » de base c’est le modèle, que j’agrémente d’abstrait au fur et à mesure. Les éléments qui se retrouvent souvent dans mon travail sont les fleurs, les os, l’eau, le feu, la farine et la peinture. Je remarque que je crée souvent des ambiances assez oniriques. »

 

Quatremille : « Quelles actus pour toi dans les mois à venir? »

« Je participe à la Triennale de l’Art contemporain, au Centre culturel d’Hasselt, où je présenterai au moins trois séries de photos. Je crois que ça va être une très belle expérience. J’ai également une exposition à la Galerie Quai 4, du 22 septembre au 16 octobre. Par ailleurs, j’ai en tête un projet de livre! A suivre. »

 

Quatremille : « Merci Laurent! »

 

L’AVIS DE NOS CHRONIQUEURS!

 

Héloise Husquinet :

« Les photographies de Laurent Henrion sont une invitation au voyage. Une exploration de la matière et des corps, qui passe presqu’autant par le goût, par le toucher, que par la vue. Quand je regarde les compositions de celui qui se décrit comme un « faiseur d’images », deux mots me viennent en tête : association, évocation. Association de matières, de formes et de couleurs. Ce mélange des éléments, ces mises en scène posent face à face des contrastes essentiels. Le chaud et le froid, la dureté et la douceur, la force et la fragilité. « L’eau végétale bleue, m’explique-t-il à propos de sa série Murmures d’Icare, évolue vers un flottement métaphorique et physique ». Dramatique et violente ambivalence entre l’atteinte du soleil et la chute dans l’eau. Je revois cette image célébrant le mariage des fleurs fanées – tiges dressées – et de l’eau mousseuse : érotisme, pulsation première, la vie et la mort cherchant sans cesse à s’engendrer. On repère, dans toutes les photographies, cette association entre le vivant et l’inanimé. C’est qu’au-delà de la recherche esthétique, elle exprime une posture, la configuration d’un corps dans l’espace : de la présence au monde, tout à la fois la difficulté d’être et la puissance d’exister. »

 

Esther Hansenne :

« Mythique, onirique et surréaliste, le style de Laurent Henrion nous propulse dans un monde à part. Ce « faiseur d’images » défie les schémas auxquels nous sommes habitués. Inspiré par le dessin, la sculpture et le graphisme : il fait se rencontrer les disciplines, les éléments et les matières. Sa vision permet l’évasion, et son œil crée la métamorphose. De sa perception est créé l’art. Surprenant, déroutant et à la fois intriguant, il nous fait voyager et nous initie à un autre genre. Ambitieux, il ne s’arrêtera pas là et on s’impatiente déjà de voir arriver la suite. Un artiste à découvrir au plus vite ! »

 

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