LA POINTE DE LA DANSE

Rédaction : Naomi Buscaglia Photographies : Costin Radu

Le weekend du 16 mars 2019 avait lieu la septième édition des Hivernales de la danse. Un rendez-vous artistique haut en couleurs et en célébrités, organisé par la danseuse classique liégeoise Marie Doutrepont. La Caserne Fonck a ainsi accueilli deux spectacles identiques le samedi soir et le dimanche après-midi.

© Costin Radu

Une arrivée chaotique : alors que les grêlons commencent à tomber, la file à l’entrée de la Caserne Fonck se resserre, mais ne diminue pas pour autant. C’est une salle comble qui nous accueille : pour la première fois en sept ans, les deux spectacles du week-end sont complets. Les visiteurs qui ont eu la chance de rencontrer les danseurs étoilés après leur entraînement dégustent désormais une coupe de champagne. On ne tarde pas à prendre place, les lumières de la salle se tamisent déjà. 

Les Hivernales de la danse sont une idée de Marie Doutrepont, désireuse d’offrir la possibilité à chacun de découvrir la danse classique, sous une forme pas si classique que ça. Réunir une quinzaine de danseurs Étoiles des plus prestigieuses compagnies du monde et composer un programme accessible à tous, pour enfin faire taire les dires sur la danse classique poussiéreuse et obsolète. À voir la salle pleine de spectateurs de tous horizons et de tout âge, le pari semble réussi.

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Nejma Ben Brahim et Marie Doutrepont foulent la scène pour remercier les participants ainsi que le public présent au rendez-vous. Nejma reprend le micro pour annoncer les premiers ballets et, déjà, le public murmure en entendant les noms cités. On sent l’anticipation et l’enthousiasme, peut-être que la danse classique a quelque chose à nous apprendre. Lorsque l’on ne connaît ni cet art, ni ses musiques, ni ses étoiles, il est facile de se sentir « de côté ». Et pourtant, il ne faut pas plus qu’une dizaine d’enfants en tutus pour nous faire sourire. Les « Étoiles de demain » ouvrent le bal sur une chorégraphie de Marie Doutrepont. L’ambiance se relaxe, le show a démarré. « Place à l’émerveillement ! »

Durant la première partie, on se rend compte d’une chose : on ne savait pas qu’un corps pouvait réagir ainsi à la rencontre d’un autre. Ça paraît fou dit comme ça, mais c’est l’impression que nous laissent les trois premiers ballets. Une impression de jamais vu, d’irréel. Ce que l’on observe sur scène paraît physiquement impossible, douloureux certes, mais impossible. Les trois scènes présentées par des étoiles et des freelances, s’imposent comme une transition de notre monde vers le leur. Osiel Gounéo, Étoile du ballet de Munich, représente la jeunesse et la force. Igone de Jongh, Étoile du Het Nationale Ballet, représente la douceur et l’amour. Elle joue Juliette, c’est normal. On retrouve tout de même une musique de Radiohead et on s’étonne, durant un show de danse classique, qu’on ose nous présenter du moderne. Le duo d’artistes freelance nous fera tout de même chavirer, c’est aussi là le pouvoir de la danse : rassembler plusieurs styles et nous prouver que c’est faisable. Se termine alors la première partie, sur notre gros coup de cœur de l’année : Love Fear Loss, un pas de deux – une danse en duo donc – présentée par Aki Saito et Wim Vanlessen, tous deux Étoiles du Ballet Royal de Flandre. Aki Saito est l’expression même de la danse classique. Tout ce qu’elle incarne alors qu’elle est sur scène mérite d’être reconnu, vu, et revu. Love Fear Loss, c’est surtout une musique de Charles Dumont qui s’inspira d’Edith Piaf et de ses mots durs à la perte de son amoureux. L’entracte arrive, pourtant on ne bouge pas beaucoup, toujours bouche-bée.

La deuxième partie sera rythmée de retrouvailles, de nostalgie et d’étincelles. Les retrouvailles, ce sont celles de Michael Maschlanka et du public belge. Maschlanka, ancien danseur du Ballet de Wallonie, accompagne le soliste freelance Sebastian Kloborg en simplicité et c’est peu dire. La nostalgie, on la retrouve dans les bouches du public alors qu’il chante presqu’à l’unisson les paroles de Barbara « Dis quand reviendras-tu ? » Les danseurs du Béjart Ballet de Lausanne interprètent un solo et un pas de deux du récent ballet Brel et Barbara de Maurice Béjart, reprenant les plus grands classiques des deux icônes de la chanson française. Les étincelles, enfin, sont celles qui brillent dans nos yeux lorsque Osiel Gounéo et Nancy Osbaldeston prennent la scène pour clôturer les Hivernales « avant » la clôture. Diane et Actéon, le ballet qu’ils interprètent est, selon un des autres artistes « bien difficile, et bien mieux lorsqu’on est jeune ». Et ça se comprend ! Osiel est sans cesse dans les airs alors que Nancy, elle, ne quitte pas ses pointes. C’est à croire que tout ce pas de deux est une ode à la souffrance musculaire, et pourtant. C’est d’une beauté vive, crue, incroyable. On ne s’y attend pas, mais ils arrivent encore à nous surprendre, ça ne s’arrête jamais. 

La fin approche et bientôt, l’entièreté des Étoiles de cette édition se retrouvent sur scène accompagnés des enfants de l‘ouverture et de l’organisatrice. Le gala se termine. En musique, bien sûr !

© Costin Radu

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