CONCERT DE LA PLAGE AU REFLEKTOR: EVASION ET INCONSCIENCE DE L’ESPRIT

Photographies © Maxime Lenglois
Interview & Rédaction > Eugénie Baharloo
Chroniques > Vincent Abieri & Mike Van Bogget

 

 

 

Il y a peu Quatremille s’est rendu au Reflektor pour assister au concert de La Plage. On vous livre notre compte rendu sur cet événement ainsi qu’une interview du groupe !

 

 

 

LA CHRONIQUE DE VINCENT ABIERI:

 

 

 

C’est devant un public nombreux et impatient que le trio liègeois de pop minimaliste fait son apparition tandis qu’une lumière bleue envahit lentement la scéne . Bleue comme la mer, cette lueur apparaissant dans l’obscurité, plane comme une aura sur les musiciens. C’est alors que jaillit la voix de velours de Flore, suivie par le synthétiseur et la boite à rythme de Loic et Nico. Une porte s’ouvre, elle invite les spectateurs à pénétrer dans un monde onirique, là où les rêves et les plaisirs simples constitués de légèreté et de tendresse, se trouvant enfuis à l’intérieur de nous-même, ressurgissent. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, derrière le groupe, tournent sur la toile des images de bâtiments urbains et de sphinx égyptiens, suggérant l’évasion mais également l’inconscience de l’esprit. Lorsque le groupe interprète « Jubilée », titre tiré de leur EP Saint-Antoine, on ne peut s’empêcher de songer à nos premiers amours ainsi qu’au crépuscule des sentiments, le tout empreint d’une forte dose de mélancolie. Par sa tenue et ses mimiques, Flore, la chanteuse, nous évoque curieusement Eli Medeiros du célèbre duo pop Eli et Jacno, énigmatique formation française du début des années 80. Quant à Loic et Nico, c’est bien la tonalité si particulière de leurs instruments qui procure une cohérence à l’ensemble, si bien que le spectateur peut à tout instant flotter sur un nuage. Car ici, c’est bien d’un rêve éveillé qu’il s’agit, là où les accords joués et les mélodies nous guident à travers nos émotions. Se distinguant par leur étonnante et méticuleuse maîtrise, le groupe La Plage est parvenu à faire entrer le public dans son univers unique en ayant créé une alchimie entre les deux parties. Une superbe performance qui nous communique une chose à ne jamais oublier : rêver est cruellement nécessaire.

 

 

 

CHRONIQUE DE MIKE VAN BOGGET (ANCIEN MEMBRE DE LA PLAGE)

 

 

 

 

Ce mercredi 15 février, c’est dans un Reflektor quasi comble que le trio liégeois La Plage est (enfin) venu présenter Saint-Antoine, leur excellent EP sorti l’été dernier, à un public aussi curieux qu’impatient. Car oui, étant donné qu’ils sont parvenus à mettre tout le monde d’accord avec les sept perles que celui-ci renferme en son sein (Graal), dire qu’on les attendait au tournant serait un doux euphémisme. Signe avant-coureur, le soleil nous avait lui aussi donné rendez-vous en cette délicieuse après-midi, et il m’est d’avis que siroter un verre en terrasse à cette période de l’année ne pouvait qu’être de bon augure pour un groupe dont le nom invite naturellement au voyage et à l’évasion.

Ceux qui suivent le groupe depuis la première heure (à savoir, depuis 2013) ont déjà eu l’occasion de les apercevoir aux nuits Bota en 2014, et ça et là dans quelques concerts anecdotiques. Quelques dates un peu forcées d’un groupe alors à ses balbutiements, évoluant sous différentes formules, en recherche d’identité et moyennement sûr de ce qu’il avait à proposer à ce moment-là. Tirant des enrichissements de ces expériences, et ce malgré l’énorme buzz – Les Inrocks, Tsugi, Konbini et tous les gros blogs de la hype musicale craquent pour leur remix du morceau «Trying to be cool» de Phoenix et les portent ensuite aux nues avec leur 1er single, le tubesque «Rendez-vous» –, Loïc, Nico et Flore refusent de surfer sur la vague (un comble…) et décident de jouer la carte de la lenteur (de la patience ?), prennent le risque de se faire oublier, s’entourent des bonnes personnes et peaufinent trois années durant un produit à leur image, charismatique et exigeant, qu’ils seront cette fois-ci désireux et surtout fiers de présenter.

Préparé depuis de longs mois, c’est donc un show savamment millimétré, ne laissant par conséquent que très peu de place à l’improvisation, que le trio nous a donné à voir. Et si l’on pouvait craindre un live un peu trop « smooth », c’est avec étonnement que l’on se prend un déferlante de (très) bonnes vibes et d’énergie contenue. Flore, entre timidité gracile et assurance décontractée, nous charme de sa voix délicate qui ne connaît pas la définition de la fausse note ; Nico, claviériste et bidouilleur touche-à-tout, maîtrise son matos sur le bout des doigts et sait exactement ce qu’il doit en faire ; enfin, Loïc, véritable pile électrique, fait claquer ses guitares le plus spontanément du monde, tout en assurant en parallèle sur les beats et les samples, qu’il gère avec un naturel confondant. Le public rapidement acquis, le groupe relâche peu à peu la pression et c’est avec un sourire jusqu’aux oreilles que Flore nous annonce qu’ils sont très contents d’être là. On la croit sans problème, et ça tombe bien, parce que nous aussi.

De la pop acidulée et entêtante des débuts, La Plage n’a gardé que l’efficacité. Des morceaux de Saint-Antoine, le groupe a fignolé les textures, apporté de nouvelles couleurs, parfait les contours, soigné les enchaînements. Agrémenté de visuels classieux tantôt discrets, tantôt imposants, mais jamais écrasants, les morceaux s’enchaînent au rythme des pas de danses qu’ils décrochent et des dodelinements qu’ils provoquent. Et au moment où l’ambiance est la plus électrique, voilà que point déjà le dernier morceau. Pas rassasiés, les spectateurs en redemandent et poussent le groupe à remonter sur scène pour un dernier tour de piste. Certains espèrent et réclament « Rendez-vous », mais leur petit tube poppy n’a pas (plus) sa place ici ; c’est donc une version totalement décontractée de « Jubilée », déjà joué mais on s’en fiche pas mal, qui fera office de rappel. Conquis, malgré ce léger goût de trop peu, le public, indulgent, les autorise à repartir comme ils ont été accueillis : sous une nuée d’applaudissements, de sifflements, de sourires et de «woohoo» en tous genres.

Alors certes, tout n’était pas parfait. Le concert est emballé en 40 minutes à peine (mais est-ce la durée qui compte ?), il y a des maladresses, de la candeur, quelques hésitations aussi, et un stress inhérent aux premières fois. Mais la passion qui transpire de La Plage balaie tout cela d’un souffle. Ces trois-là ont la passion de la musique dans le sang, et leur besoin de la communiquer se ressent incontestablement. Leur musique, en plus d’être éclectique, se veut avant tout exigeante. Pointue. Expérimentale, même (à l’image de leur nouveau morceau sans titre, un inédit qui n’était pas sur l’EP). Avec une science de la déconstruction vraiment intelligente qui enrichit, davantage qu’elle ne s’y substitue, ce sens de la mélodie raffinée et évidente qui caractérise le groupe depuis toujours.

Bien que La Plage existe depuis maintenant quatre ans, c’est pourtant ce mercredi qu’on a réellement eu l’impression de les voir éclore. Et parce qu’assister à la naissance de quelque chose et le voir grandir font partie de ces moments de vie privilégiés, c’est avec beaucoup de bienveillance, d’intérêt et de fierté (celle de dire : « J’y étais ! ») que l’on prend et prendra plaisir à accompagner ce petit groupe qui a déjà tout d’un grand dans son initiation, sa confirmation, son explosion. S’ils s’en donnent les moyens, ils iront très loin. Et puisqu’ils s’en donnent les moyens…

 

 

 

L’INTERVIEW

 

 

 

 

Quatremille : « Quoi de neuf depuis notre dernière interview ? »

Flore : « À l’époque on t’avait dit qu’on était en train de préparer tout ce qui se passe maintenant mais sans avoir mis les pieds dedans. Là c’est clairement le début de la pratique de concerts ! »

Loïc : « C’est super chouette parce qu’à ce moment-là, je me souviens qu’on avait dit qu’on voulait préparer les lives mais on était au point zéro. On n’avait même pas encore sorti les instruments pour répéter mais on y croyait. Donc c’est vraiment cool de se retrouver moins d’un an après et d’y être arrivé. C’était inattendu mais chouette ! »

Nico : « Inattendu mais voulu ! (rires) »

 

Quatremille : « Au niveau de la présence sur scène, vous avez travaillé dur ? »

Loïc : « Non, on est des bêtes de scène ! »

Nico : « Ouais c’est clair, on a répété deux trois fois puis on a tout balancé ! »

Loïc : « On est né sur scène en fait ! (rires) »

Nico : « Non sérieusement, on a beaucoup bossé chez nous. »

Flore : « C’est certain et l’aspect scénique, on l’a travaillé avec la comédienne Aurelie Plaut et ça a été vraiment utile parce que quand on répète chez nous, on ne peut pas prendre en considération notre présence. On avait vraiment besoin d’un regard extérieur et professionnel. Enfin, c’est un travail qui est en train de s’enclencher. »

Nico : « Oui, ça va encore prendre du temps. »

 

Quatremille : « Il semble que vous étiez bien entouré pour ce concert ? »

Nico : « C’est clair ! Il y avait Aurélie qui a fait un super bon boulot mais aussi Cédric au son live. Le frère de Loïc, et Jeda se sont occupés des lumières. Géraldine Thiriart est à l’origine des photos et vidéos qu’on voit sur scène. Enfin, c’est Adrien Cronet qui nous filmait. »

Flore : « Géraldine et Adrien que Quatremille connait bien d’ailleurs. »

 

Quatremille : « C’est vrai ! Elle fait de très belles photos pour Quatremille et Adrien a réalisé les deux supers vidéos de lancement pour nos magazines, Liège est un grand village! (rires) »

Flore : « Oui et c’est une belle équipe, on les remercie. »

 

Quatremille : « J’ai beaucoup dansé à ce concert, c’était vraiment cool mais honnêtement je pensais que ça allait être plus « chill », comme votre album. C’était voulu ? »

Flore : « Je pense qu’il faut toujours une plus-value quand on va à un concert. L’album que tu écoutes chez toi c’est une chose, mais après nous on avait quand même l’envie de proposer quelque chose de plus en live. »

Loïc : « Quand on faisait les morceaux chez nous, le but était de faire danser les gens et c’était un peu amusant d’avoir des retours du genre : “ La plage c’est très cool, très reposant ! ”. On se disait “ Ahh putain, non mais on voulait te faire bouger ! ”. Au final, pour les concerts on a remarqué qu’on n’avait pas besoin de les retoucher, il y avait une dynamique intrinsèque. Donc on ne s’était peut-être pas tout à fait planté ! (rires) »

Nico : « Oui en plus, ici au Reflektor, il y a un gros système son avec le ressenti des basses, ça envoie ! »

 

Quatremille : « Et pour demain, le Botanique, du stress ? »

Loïc : « moi je pensais surtout à aujourd’hui et je suis encore au stade de penser à aujourd’hui ! Je n’arrive pas encore à envisager demain… »

Nico : « YOLO quoi ! »

Loïc : « Tu voulais le placer celui-là ! (rires) »

Flore : « Chaque étape franchie te met en confiance pour la suite, surtout quand ça se passe bien comme ce soir. Du coup je me réjouis d’être au Botanique. »

Loïc : « Un concert c’est comme un examen oral, soit tu l’as super bien étudié et tu vas tout faire pour le réussir parce que tu vises le dix-huit. Dans ce cas, à moins qu’il y ait des questions vraiment tricky, ça devrait bien se passer. Puis t’as l’exam où tu te dis, c’est bon je tente ma chance… Et c’est la première fois de toute ma vie de musicien que je me dis : « C’est bon j’ai bien révisé ma copie ». On est pas les meilleurs mais au moins on a bien bossé et c’est une sensation qui nous permet de ne plus être parasités par des doutes. »

 

Quatremille : « Bonne chance alors pour votre concert de demain, vous voulez rajouter quelque chose ? »

Flore : « Juste dire encore merci au public de Liège, il y avait une chaleur et une bienveillance et ça été la clef de ce qu’on a pu proposer ce soir. Je ne dis pas ça en mode bateau, ça a super fort compté dans ce qu’on a pu délivrer. »

Loïc : « On est conscient d’être chanceux car on était dans une salle incroyable, avec un système son de dingue, une équipe autour de nous qu’on admire, un public de fou ! Vraiment ils ont tous géré comme des dieux ! »

 

 

Quelques photos et un peu de musique pour se replonger dans l’ambiance:

 

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