INTERVIEW LA PLAGE

(Flore Mercier, Nicolas Grombeer & Loic Braibant)
Photographies © Géraldine Thiriart
Rédaction > Rachel Thonart Nardellotto
Chroniques > Héloise Husquinet & Nader Mansour

 


 

Quatremille :  « Votre punchline? »

La Plage : « Allier sincérité et exigence! »

 

Quatremille : « Pourquoi « La Plage »? »

Flore : « Le nom, Loic et Nico l’ont choisi avant que j’intègre le groupe donc je les laisserai expliquer leurs motivations premières! A mon sens, l’image de la plage évoque un paradoxe : à la fois superficielle et naturelle. On retrouve cette ambivalence dans notre projet : d’une part, on a envie de faire de la pop, de l’accessible et du léger; et, d’autre part, on cherche à ce que notre musique soit profonde et ait du sens, pour nous comme pour les autres. »

Nico & Loic : « On avait choisi ce nom parce que, justement, on n’a pas à l’expliquer (rires)! C’est un terme générique et chacun en a sa propre représentation. C’est assez lié à notre façon de faire de la musique : on produit quelque chose, on le « donne » et les gens le reçoivent à leur manière. On n’a plus de prise là-dessus. La plage, ça peut rappeler tant un lieu minuscule, vide et tranquille, que Torremolinos avec 150 mille personnes et plein de bières! C’est ça qui nous a plu : un nom universel et singulier. »

 

Quatremille : « Comment définiriez-vous votre projet musical? Votre style, vos influences? »

Nico : « C’est, avant tout, une rencontre (rires)! On a chacun des personnalités, des préférences et cultures musicales fort différentes. Du coup, ensemble, ça donne un mélange particulier et parfois improbable qui est très chouette! Il y a forcément des choses sur lesquelles on se retrouve mais qu’on apprécie différemment. »

Loic : « Oui, notamment la musique brésilienne! On a découvert et « creusé » ça ensemble. On peut dire que ça fait partie de nos influences mais plus en terme d’énergie et d’intention qu’en terme de style à proprement parler. La Bossa Nova, par exemple, est considérée comme « easy listening » – on ne doit pas avoir fait le Conservatoire pour y avoir accès – alors que ça demande beaucoup de savoir-faire! »

Flore : « D’ailleurs, on s’est rendu compte que pas mal d’artistes qu’on apprécie s’inspirent aussi de ce type de musique, comme Sebastien Tellier. J’ajouterais qu’un artiste qui nous a fortement marqués, tous les trois, est Steve Reich avec, notamment, « Musique pour 18 musiciens ». Puis, François de Roubaix, qui a produit des choses extrêmement poétiques autant que des jingles de pub. Toujours avec un certain humour et du second degré! »

Nico : « C’est également quelque chose qui définit bien notre manière de fonctionner : le mélange de ce qui ne devrait pas aller ensemble! C’est ce qu’a pu faire De Roubaix en rajoutant des accords de variété française sur des sons créés avec des percus ramenées de ses voyages au quatre coins du monde. »

Loic : « Nos plus grosses influences communes ont « les mêmes lettres majuscules ». Dans le sens où, que ça soit Steve Reich, la musique brésilienne, De Roubaix, Tellier, Satie ou Phoenix, on observe le même genre de schéma : de la simplicité, des motifs qui se répètent et montent les uns sur les autres mais dont on capte facilement la structure. Le tout dans une certaine profondeur. C’est ce qu’on veut proposer comme genre de musique. »

Nico : « Oui, le but est là : des morceaux qui paraissent simples et peu travaillés mais qui sont tout le contraire! Et des mélanges, en effet. C’est comme le métissage dans la culture populaire : il était interdit et très mal vu mais, au final, on remarque qu’il rend les gens plus ouverts, plus beaux et plus intelligents.»

 

Quatremille : « Vous formez un sacré trio! Comment ça se passe au sein de votre groupe au niveau de la création? »

Nico : « Les bonnes idées, en général, c’est moi (rires)! »
Loic : « Il y a des choses un peu définies comme le fait que Flore chante et écrit les paroles – heureusement pour vous (rires) – mais pour ce qui est de la musique, on fait ça à trois. Ca ne marche pas si l’un de nous amène une proposition quasi aboutie et que les autres doivent se calquer dessus. On essaie d’assez vite se partager nos idées pour pouvoir y travailler ensemble. »

 

Quatremille : «  Flore, au niveau de la création des textes, tu travailles comment? »

Flore : « C’est ma première expérience d’écriture de chansons donc je n’ai pas encore de schéma de travail défini. C’est aléatoire. Il y a même des moments où j’ai complètement bloqué. La solution que j’ai trouvée à ça est d’aller piocher dans ma bibliothèque et de lire des trucs, parfois presque au hasard! Pour notre EP, c’est un petit livre de Haïku – poèmes japonais – qui m’a particulièrement inspirée car il parle à la fois de nature, de minimalisme et d’humanité et ce, tout en simplicité. Je pourrais aussi citer Colette, pour les mêmes raisons. Je suis également assez inspirée par des chanteuses des sixties, comme France Gall, qui arrivent à exprimer quelque chose de chouette mais avec beaucoup de naïveté. Je pense que j’ai récupéré ça dans ma manière d’écrire. »

Nico : « Avec Loic, on a un peu plus de recul vis-à-vis de l’écriture de Flore et on trouve que qu’elle fait de la poésie et à un état très pur, justement! »

 

Quatremille : « C’est quoi faire de la musique à une époque où la création musicale est devenue beaucoup plus accessible et où tout le monde peut s’improviser musicien et propager directement son travail sur le web? Comment vous positionnez-vous par rapport à cette réalité et qu’est-ce qui fait de vous (ou d’autres) des « musiciens » ? »

Loic : « On passe parfois des soirées voire des journées entières à en parler mais on a toujours pas trouvé de réponse à cette question! »

Nico : « Il y a mille réponses : autant de réponses que de personnes qui font de la musique. »

Loic : « Je dirais que c’est quand ça touche à « quelque chose de profond ». Mais, finalement, peut-être que ce n’est pas une question à poser. A mon sens, si quelqu’un aime ce qu’il écoute, libre à lui de considérer ça comme de la musique! Il n’y a pas vraiment de grille de lecture : l’artiste n’existe que si les gens le considèrent comme tel, au final! »

Flore : « C’est ce qui fait le tri, d’une certaine manière. Face à la masse de choses qui sont produites, une quantité de gens vont considérer quelqu’un comme un artiste et c’est comme ça qu’il va pouvoir se démarquer. »

 

Quatremille : « C’est quoi faire de la musique à Liège? Que dire de la scène musicale de notre ville? »

Flore : « C’est une question pute ça (rires)! Justement, dans le contexte que l’on vient d’aborder, la ville dans laquelle on évolue a de moins en moins d’importance! Cela dit, Liège est ambivalente au niveau artistique parce que : d’une part, elle peut paraître « trop petite » et donner l’impression que grandir est compromis et, d’autre part, elle peut être très stimulante car il y naît un tas de projets musicaux intéressants et dans des styles très variés. »

Nico : « J’ai l’impression qu’on aurait créé la même chose, avec Flore et Loic, n’importe où! »

 

Quatremille : « Quelles actus pour La Plage dans les mois à venir? »

Flore : « Notre premier objectif, concrètement, ce sont les concerts! Evidemment, continuer à composer – ce qui représentait 90% de notre travail ces derniers temps – mais, surtout, trouver la « formule » qui nous convient sur scène et acquérir de l’expérience dans ce domaine. »

Loic : « On est complètement indépendants donc on est amenés à organiser nos concerts par nous-mêmes. On lance ça de manière autonome mais, à terme, le but sera d’être épaulé, que ça soit par un proche ou par une plus grosse structure. »

Nico : « On vient de sortir un EP et un clip (réalisé par Corentin Cuvelier et Camille Schumacher) que vous pourrez trouver sur le net. On fantasme carrément sur le fait de faire un album mais, tant qu’à présent, on prend un peu trop de temps à écrire nos chansons (rires)! Cela dit, c’est déjà un EP de six titres! »

 

Quatremille : « Merci les gars! »

 

L’AVIS DE NOS CHRONIQUEURS!

 

Héloise Husquinet :

« Mélodies envoûtantes, voix sensuelle, lignes de basse chaudes et langoureuses : la musique de La Plage est un cocktail de fraîcheur et de profondeur, de groove et d’exotisme. Enveloppante, planante, vibrante, elle encourage les corps à se délier. Amoureux de la musique brésilienne, les membres du groupe sont parvenus à recréer ce mélange de complexité et de légèreté, de douceur et de mélancolie, un peu de cette saudade qui laisse méditatif, en même temps qu’elle invite à danser.  Manque encore à Nico, Loïc et Flore d’incarner sur scène leur musique, d’animer leur image soigneusement composée, de bousculer peut-être un peu cet air de ne pas y toucher pour redescendre des nues et répondre en chair et en os à l’appel qu’ils ont lancé. »

Nader Mansour :

« Comme un Haïku, comme une douce rêverie, comme le bruit incessant des vagues : la Plage nous emmène dans un univers sensuel et voluptueux, à l’image de leur chanteuse au charisme frêle mais néanmoins hypnotisant. Pop, easy listening music, aux influences multiples et pointues. La plage est un groupe qui propose, en toute simplicité mais avec une certaine exigence, de la musique que je vous invite à découvrir au plus vite! »

 

On like, on partage, on suit La Plage sur Facebook et on écoute leur nouvel EP!

 

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Puis on jette un oeil curieux à leur nouveau clip « Continente » (réalisé par Corentin Cuvelier et Camille Schumacher)!