LA MAGIE DES COULEURS

Chronique Cécile Botton / Illustrations : Anaïse Lafontaine / Photos : Albane Rodrigues

Ce mercredi 23 octobre, Livres aux Trésors accueillait trois passionnées de couleurs ! Profitant de sa carte blanche, Cécile Barraud de Lagerie nous propose une rencontre à l’intersection de la couleur, de l’art et de la science avec Marie-Sarah Adenis et Pernelle Poyet. Quatremille vous livre les secrets de cette rencontre ô combien surprenante ! 

©Albane Rodrigues

Une bien curieuse résidence

©Elise Dutrieux

Depuis 2016, le festival biennal Voix de Femmes développe, lors des « années sans », un projet d’accompagnement artistique entièrement modulable ayant pour objectif d’encourager le processus de recherche et de création. Durant toute une année, il offre une « Curieuse Résidence » tentant de répondre aux besoins spécifiques d’une artiste ou d’un collectif. En 2018, c’est Cécile Barraud de Lagerie, designer multi-facettes, spécialisée dans les couleurs, les imprimés et le tissage pour les industries du textile et de la mode qui a eu la grande chance d’y participer. À l’occasion de sa « Curieuse Résidence », l‘artiste décide d’embarquer à bord d’un cargo porte-conteneurs reliant Anvers à Miami. Durant la traversée de l’océan Atlantique, elle travaille sur les couleurs que lui offrent mer et ciel. Son exposition « L’eau du ciel », inspirée de ce voyage à l’atmosphère visuelle et sensorielle singulière, nous montre une sélection de ses recherches sur les couleurs. 

© Elise Dutrieux

Au regard de cette exposition, Cécile a choisi d’inviter deux artistes qui résonnent particulièrement avec ses recherches menées sur le bateau, et mettent l’accent sur trois aspects particuliers : la couleur, le paysage et l’abstraction.

Magie des bactéries et subtilité des couleurs  

Marie-Sarah Adenis, designer et biologiste, met sur pied des usines cellulaires de la couleur afin de développer l’art de collaborer avec les bactéries. En quelques mots, il s’agit de biologie synthétique où l’on met des enzymes côte à côte afin de créer des bactéries qui, en fermentant, se multiplient et produisent des colorants pour le textile. Un projet industriel pour créer une alternative à un autre projet industriel ! La pétrochimie est en effet une grande source de pollution. Mais que ce serait un monde sans couleur ? À l’origine, les couleurs sont issues de végétaux ou d’animaux. L’invention de la couleur pétrochimique revient à Perkin. Il y a 150 ans, au cours d’une erreur de manipulation, ce chercheur découvre par hasard le mauve. S’en suit une course aux couleurs les plus folles, mais aussi les plus polluantes !

©Anaïse Lafontaine

Dans un monde qui prône l’écologie, pourquoi ne pas revenir aux couleurs végétales ? Contrairement à ce que l’on pourrait penser, tout ce qui est naturel n’est pas pour autant écologique. À titre d’exemple, pour produire l’indigo nécessaire à la fabrication de tous les jeans de la planète, il faudrait recouvrir l’entièreté de la surface de l’Allemagne d’indigo. Il est dès lors impossible de produire la couleur végétale à grande échelle. Par contre, pas mal d’avantages plaident en faveur de la culture des bactéries : pas de ressources fossiles utilisées, une température comprise entre 25 à 30 degrés et une reproduction rapide. 

© Lothaire Hucki

Faisant suite à ce projet très terre à terre, Pernelle Poyet nous emmène dans un tout autre registre, les couleurs dans toutes leurs subtilités ! « Pourquoi les planches de rendus des architectes sont-elles toujours blanches ? », telle est la question de cette artiste, designer et scénographe. S’en suit toute une recherche sur les nuances de couleurs. Partant du principe que la photographie supprime pas mal de nuances, l’artiste décide transcrire les toiles en 3D. En effet, la couleur dépend de la matière ainsi que du volume de l’objet. Pernelle effectue donc tout un travail de recherche sur le verre et la porcelaine. Un jeu constant d’allers-retours entre les nuanciers de couleurs et les matières travaillées, ce qui offre un panel de couleurs aux nuances très subtiles. 

À travers leurs témoignages, ces trois femmes veulent avant tout passer le flambeau afin d’encourager d’autres femmes à montrer leur travail, à dépasser leurs peurs, à ne jamais baisser la tête et à foncer quoiqu’il advienne ! 

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