Interview : Cécile Botton / photos : Bouchra Draoui, Valda & Samir Sam’touch

À l’occasion des 24 heures slam qui se sont déroulées à La Zone, Quatremille est parti à la rencontre de Lisette Lombé. Poétesse et slameuse, cette artiste liégeoise est à l’origine du collectif L-Slam.

© Bouchra Draoui

Les aléas de la vie ont souvent leurs lots de surprises… En burn-out, Lisette est invitée à réciter un texte. « Une personne dans le public m’a entendue et m’a introduite dans le slam. Grâce à celle-ci, ma vie a changé… un revirement professionnel ! »

Un véritable cadeau que l’artiste veut offrir à d’autres femmes ! Elle organise alors une première scène avec un système de marrainage où slameuses expérimentées et nouvelles venues se rencontrent.

Depuis 2015, mis en place par les femmes pour les femmes, L-Slam offre un espace entre l’écriture et la scène, sur laquelle s’invitent encore trop peu d’entre elles. « Barricade, notre maison-mère offre aux femmes un lieu pour prendre confiance dans leur voix avant de participer à un micro-ouvert, des moments où chacune apprend de l’autre ! », explique Lisette. Cependant, les ateliers ne sont pas qu’une invitation à écrire, les participantes y viennent avec leurs productions. « Des textes écrits avec les tripes, l’âme et le cœur ! » Ensemble, elles les tirent vers l’oralité avec des techniques plus « slam » et travaillent le coaching scénique: respiration, souffle, ancrage, mise en mouvement afin que le corps puisse prendre de plus en plus sa place sur scène.

© Samir Sam’Touch

Derrière L-Slam, des femmes et du slam… une manière démocratique pour partager la poésie, accessible à tous. Un même temps de parole pour chacun, trois minutes, une entrée gratuite ou un prix libre, pas de costumes, décors, matériel ou autre musique, juste une voix a cappella. « Un format épuré, dépoussiéré de la poésie qui remet du souffle, de l’âme, du cœur ! Quand le texte est mémorisé alors là, on n’a besoin de rien, on vient comme on est, on est juste là ! »

© Samir Sam’Touch

Bien loin de la poésie classique, le slam s’assimile à trois minutes de liberté totale : rime ou prose, flow très lent ou très rapide, parfois thème intimiste mais souvent sociétal, écrit pour être partagé avec le public dans une espèce d’urgence. « C’est là-dedans que tient le souffle du slam. Dans cette famille, on trouve des poètes, des conteurs, des écrivains, des gens qui viennent du cabaret, des personnes qui ne sont pas artistes mais sont juste amoureuses des mots… »

Actuellement, le slam a le vent en poupe, comme en témoigne Lisette. « Quand j’étends un planisphère à plat, je vois que le slam se développe partout, en lien avec la question des droits des femmes. Il y a beaucoup de slameuses qui l’utilisent pour défendre leurs idées au sein de collectifs parce que c’est mobilisateur, démocratique, gratuit et qu’on n’a pas besoin de beaucoup de matériel. » L-Slam, c’est aussi un projet nomade qui se déplace au gré des besoins d’expression autour de thématiques comme le droit des femmes, l’orientation sexuelle, la citoyenneté au sens large, le travail…

© Samir Sam’Touch

Lors des 24 heures de slam à la Zone, le collectif a disposé de la scène une heure. Un moment 100% féminin intitulé « sans feuilles » où des poétesses sont venues, dans la plus pure tradition du slam, performer leur texte. Une heure de partages intenses emplis d’émotions. Vous pourrez d’ailleurs retrouver certains textes dans le livre « On ne s’excuse de rien !» qui sortira le 8 mai prochain, dans le cadre du Fiestival, à Bruxelles.

24 h de la Zone

« La poésie a redonné du sens à ma vie. J’ai également voulu la partager à travers une conférence-débat basée sur mon expérience, et sur des témoignages récoltés auprès de mes anciennes collègues et de participantes d’ateliers. Cette conférence s’appelle la magie du burn-out », poursuit Lisette. Un moment d’échanges, un peu hybride où l’artiste tente d’inscrire le burn-out dans notre système capitaliste, patriarcal, en alternant questions et échanges avec le public, lecture et slam. Une manière de déconstruire les stéréotypes liés à l’épuisement professionnel.

La magie du burn-out

Par ailleurs, Lisette forme des personnes amenées à prendre la parole en public et ayant besoin de renforcement afin d’être plus à l’aise. « Ce n’est pas une formation classique puisque j’utilise le slam qui nous place dans une parole authentique liée à l’émotion », enchaine la coach. « Il s’agit d’apprendre à s’accepter tel qu’on est. », il s’agit d’apprendre à s’accepter tel qu’on est. »

Et de conclure, le slam, une manière de grandir collectivement, une nourriture pour l’oreille parce qu’en slam on écoute 99% du temps : trois minutes de parole sur une soirée de 3 heures. Alors qui a dit que le slam, c’est un art de la parole ? Ne devrions-nous pas plutôt dire un art de l’écoute?

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