L-SLAM, ON NE S’EXCUSE DE RIEN

Une chronique de Mel. // Photos © Isabelle Belloi – Émulsion Photographique

Mi-décembre dernier, le parquet du théâtre de Liège accueillait la dernière scène de l’année pour le collectif L-Slam. Une soirée reportée depuis 2020, l’apnée entrainée par la crise sanitaire nous rappelant la fragilité de la place qu’occupe le secteur culturel.

L-Slam © Isabelle Belloi - Emulsion photographique
L-Slam © Isabelle Belloi – Emulsion photographique

Un événement sold-out, avec une liste de 70 inscrits sur liste d’attente. De quoi constater un « besoin de poésie, de belle rencontres » : ce sont les mots de Claire Gavray, membre de l’organisation Fer Uliège. C’est pour célébrer les 20 ans de l’organisation qu’une carte blanche a été donnée au collectif liégeois L-Slam.

Sur place, il y a comme une chaleur qui transcende nos corps, nous invitant à un murmure pour chaque mot déclamé par les poétesses du collectif. Émancipation de mots en sens, sous la devise du recueil On ne s’excuse de rien, paru en 2019 chez Maelström reEvolution à l’initiative de Lisette Lombe, co-fondatrice du collectif.

Ce soir-là était aussi l’occasion d’entendre de nouveaux coups de coeurs et voix émergentes. Une soirée de marrainage, qui nous invite à ce mantra : « seule cela n’a pas de sens », devise qui se confirme pour ce collectif poétique. Et quelle énergie ! Plus qu’une prestation artistique, un alliage combinant le regard de chaque artiste, aussi pluriel que singulier, dont chaque mot s’inscrit dans une démarche tantôt militante tantôt introspective. Une délicate apesanteur nous invitant à enfin se relâcher et se sentir connecté, ensemble, content.e de chaque passage, comme une hâte retrouvée qui se répète à l’appel de chaque nom de scène, de chaque blase prononcé. Comme le confie la metteuse en scène et autrice Ruby Piñata, après son passage sur scène : « l’image mentale qui me restera de cette soirée, c’est un patchwork avec le regard de chaque artiste, avant et après scène, avec cette brillance dans la rétine d’être ensemble et de ce qu’on accompli. » Constat : la sororité était bien en place en cette fin d’année au sein de la salle verte.

Sur scène, des femmes. Debout, fières, corps bien ancrés, une chaine salvatrice qui nous rappelle également que « ta lumière ne me fait pas ombrage », devise inscrite et signée L-SLam dans le projet Women we share de la photographe Nafi Yao pour son livre Légitime (édité chez Courgette Éditions, une maison d’édition liégeoise dont la fondatrice, Cindy Vandermeulen, présente sur scène, s’inscrit dans une démarche éthique et inclusive).

Rappelons qu’il n’y a pas si longtemps que ça, les femmes et les minorités étaient à peine mis.es en avant lors de scènes ou micros ouverts, la majorité des voix entendues étant souvent celles

d’hommes cisgenres. Depuis quelques années, la tendance s’inverse pour le plus grand bonheur de l’inclusion. Et d’un monde qui tourne plus rond ? Pour nous le rappeler, la slameuse Vinz Zek nous a offert une poésie à la fois douce et engagée, qui souligne l’importance de l’inclusion et de tous les « petits plus » qui continuent de construire notre société. LGBTQIA+, c’est sa famille à elle !

Quelque chose de fort s’est construit et il n’y a pas de marche arrière possible. Quand la poésie s’inscrit dans le social, effaçant ainsi les barrières de la langue, il faut l’accueillir comme bien plus qu’une performance : c’est une résonance… La jeune Soma nous l’a bien démontré, à travers un texte reflétant son parcours sur les chemins de l’exil. La déclamation tantôt en français tantôt appuyée par quelques mots perses nous transperce et nous enlace à la fois. Il y avait comme un lourd silence dans le public, comme si chaque mot acquiescé étaient bercé d’empathie et renvoyé en amour. Cette poétesse tadjik nous a partagé son histoire sur un air de souvenirs, une madeleine de Proust jetée à la mer.

Une soirée démocratisant le saint Graal des cercles fermés d’élitistes férus de littérature et de poésie presque morte — je ne m’excuserai pas du terme —, la soirée du 15 décembre s’est inscrite dans une pluralité aussi forte que fluide et a redonné un souffle collectif pour sa nouvelle entrée en 2022. Un franc succès !