ORELSAN, RILES, DRAKE
FOCUS SUR LE DEBUT DE CARRIERE
BOUILLANT DU GRAPHISTE 3D
JULIEN MISSAIRE

Rédaction : Anthony Katone

Fraîchement diplômé de Saint Luc en graphisme, Julien Missaire a.k.a. Corsac vit une ascension rêvée depuis deux ans. De ses projets plus personnels aux travaux de plus grande ampleur aux côtés du réalisateur français Quentin Deronzier, le graphiste liégeois passionné de 3D enchaine les projets et les clients de prestige tels que Rilès, Orelsan ou encore Drake.


Julien Missaire a.k.a. Corsac © Laureen Missaire
Julien Missaire a.k.a. Corsac © Laureen Missaire
« Ce n’était juste pas fait pour moi ! »

Inscrit quelque peu malgré lui dans le bachelier en communication visuelle et graphique de Saint-Luc, Julien réussit tout de même à incorporer dès qu’il le peut des créations 3D dans ses projets qui sont l’essence de sa réelle passion. Créations qu’il enverra à la société WOVE et qui lui permettront de décrocher ses premiers travaux freelances auprès de Quentin Deronzier. Et pourquoi commencer petit quand on peut le faire grandiose ? Les djs Jonas Blue (2019 Tour, Quentin Deronzier, Scott McPherson & Julien Missaire) et Petit Biscuit (I Leave Again, 2020, Quentin Deronzier & Julien Missaire) lui serviront d’entrée en matière dans son nouveau métier. La pression ? Un rafraichissement pour le graphiste âgé alors de 21 ans. « C’est fou parce que le premier qui m’a donné envie de bosser dans la 3D c’est Quentin avec qui je travaille depuis deux ans maintenant ! J’étais tombé sur le clip Beam de Petit Biscuit et je n’en revenais pas qu’un mec puisse réal’ ça tout seul. Ça m’a éclaté ! De là j’ai commencé à suivre pleins d’artistes indépendants 3D qui apprenaient en autodidacte comme Aeforia par exemple » explique Corsac. Une autoformation qui a donc payé et qui semble indispensable dans un milieu nourri continuellement d’innovations techniques.

« La 3D ça bouge de ouf ! »

S’il est évident que l’innovation est par définition perpétuelle, la vitesse avec laquelle elle s’effectue dans ce domaine reste phénoménale. Que ce soit sur les mises à jour de programmes ou les nouveaux logiciels à maitriser, les passionnés d’un tel univers ne peuvent se reposer sur leurs acquis. Tout en nous conseillant le making of de la série The Mandolarian qui illustre les avancées technologiques en matière de 3D, Corsac s’extasie : « La 3D ça bouge de ouf ! Il faut se tenir informer sinon le bateau peut partir pendant que tu restes à quai et tu te fais devancer par d’autres gars plus à l’affut (…). Maintenant on peut remplacer les fonds verts par des écrans avec des environnements 3D faits en temps réels alors que mon ordi met encore une nuit pour faire un rendu* de dix secondes ! » (2’40’’, The Virtual Production of The Mandalorian, 2020). Une mise au vert constante qui demande un temps précieux à prendre entre les différentes commandes et les essais personnels.

L’équilibre entre commandes et projets personnels

Lié à son directeur artistique Quentin Deronzier, lui-même rattaché à la boite de production LA/PAC, Corsac supervise dorénavant la confection des clips, covers ou campagnes publicitaires en dirigeant d’autres artistes freelances. « Quentin me donne ses directives avec des mood boards. Notre expérience commune fait que je comprends maintenant bien ce qu’il recherche. Et ensuite je supervise un ou deux autres graphistes. Ce qui est un peu frustrant c’est que lorsque tu supervises tu touches un peu moins à la création pure. J’alterne entre supervision et création. ». Libre de tout contrat d’exclusivité, Julien travaille aussi indépendamment avec d’autres artistes. Dernière collaboration en date : le photographe Koria pour qui il a bossé sur la cover du rappeur marseillais YL. Des journées longues qui laissent moins de temps pour ses initiatives créatrices “gratuites”. « Je suis super heureux de travailler là-dedans. Je vois où ça me mène sans plan de carrière. Si ça se trouve, dans 10 ans je voudrais faire des projets plus intimes où je proposerais ma vision des œuvres » développe-t-il en pensant avoir trouver le juste équilibre pour sa créativité.


Lost boy (Julien Missaire, 2018)

Inspiré du clip Malade de Roméo Elvis, Julien avait à cœur de re-modéliser à sa sauce l’ambiance ce vieux port industriel désaffecté. Une œuvre où il nous explique vouloir intriguer par une pointe de surréalisme. « Comparé à la vidéo, il y a un avantage avec les images avec lesquelles tu peux te permettre plus de liberté au niveau des effets. Par exemple ici j’ai fait le feu en 3D et puis je l’ai retravaillé sur photoshop pour ajouter du réalisme. » En parcourant son instagram, on remarque une certaine récurrence dans la mise en scène de personnages solitaires installés dans des paysages froids aux couleurs ultra saturés.

Lost Boy, 2018 © Julien Missaire
Lost Boy, 2018 © Julien Missaire

« Je reviens souvent sur ce même délire avec des couchés de soleil et des éléments réels qui sont associés de manière improbable. J’aime bien imaginer ce que Magritte aurait fait à notre époque en 3D, on n’a rien inventé à ce niveau-là. »


Rilès - Tiger Tour, 2019 © Julien Missaire
Rilès – Tiger Tour, 2019 © Julien Missaire
Riles – Tiger Tour (Quentin Deronzier, Scott McPherson & Julien Missaire, 2019)

« On a bossé sur ses visuels lives et du coup on a reçu l’album deux mois à l’avance. Imagine mon état d’avoir le son en exclu, surtout j’étais trop fan à l’époque ! Vu qu’on bosse sur le visuel des concerts, on doit avoir le son pour coordonner ça parfaitement. Ce qui est marrant avec ce genre de projet c’est que ça m’est arrivé une fois de recevoir le son pas fini avec l’instrumental et les chants en topline mais bon t’as le timing, le tempo, les kicks, ce qu’il nous faut pour savoir faire tes cuts. »


Drake – Dark Lane Demo Tapes (Quentin Deronzier, Julien Missaire & Guillaume Cottet, 2020)

« C’est lunaire ce projet ! La vidéo fait 30 secondes. C’est Quentin qui réussit à avoir le contact de Drake, et ils sont chaud bosser ensemble sur un teaser. Il me dit ça samedi et la vidéo doit sortir le vendredi. Ça s’est fait en quatre jours où je n’ai pas beaucoup dormi (rires) ! J’ai bossé sur les environnements, la ville, les textures et sur les vêtements. La plupart du temps je pense qu’on dirait non pour un délai aussi court mais bon là, c’est Drake (rires) ! »

Drake - Dark Lane Demo Tapes, 2020 © Julien Missaire
Drake – Dark Lane Demo Tapes, 2020 © Julien Missaire