LA LEGERETE DE JEHANNE MOLL

Photographies de l’interview © Gilles Charlier
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Quatremille a rencontré la photographe et entrepreneuse liégeoise Jehanne Moll ! On vous livre notre compte rendu sur cette rencontre ainsi qu’une interview de l’artiste !

LA CHRONIQUE DE EUGENIE BAHARLOO

Avant de rencontrer Jehanne Moll, j’avais encore beaucoup de préjugés sur les photographies de mariages : trop clichés, parfois mièvres ou encore de mauvais goût. En découvrant ses photographies sur son site web, mes aprioris ont disparu. Tendres, belles, lumineuses. Voilà les premiers mots qui me sont venus. En la rencontrant, j’ai compris qu’elle mettait un peu d’elle-même dans son travail ; on retrouve dans sa personnalité la douceur et la féminité présentes dans ses photographies. Cette femme artiste, qui se revendique également entrepreneuse, réussit à marier subtilement art, sincérité et professionnalisme. À découvrir absolument et à contacter de tout urgence si vous désirez immortaliser un instant important de votre vie.

L’INTERVIEW

Quatremille : Quelle est ta punchline (credo/maxime) ?

Jehanne Moll : Il s’agit de la devise « tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ».

Quatremille : Comment définirais-tu ton projet artistique ? (Influences/activités/objectifs)

Jehanne Moll : Mon travail est divisé en deux parties : la partie « mariage » qui représente environ 80% de mon travail, et la partie « mode et portrait ». Au niveau de mes influences, en mode j’aime beaucoup Erwin Olaf. En mariage, j’essaie d’éviter de regarder le travail des autres et de me comparer. Mais le photographe australien Jonas Peterson est l’une de mes références. Il m’a permis d’imaginer une vision moins classique du mariage, beaucoup plus axée sur l’humain. Il y a aussi le photographe anglais Ed Peers. Et en termes d’objectifs, j’essaie de faire plus de voyages à l’étranger.

Quatremille : Quand as-tu commencé à faire de la photographie ?

Jehanne Moll : Il y a dix ans. Mon père avait reçu un appareil photo quand j’avais 15 ou 16 ans, et je pense que je l’ai plus utilisé que lui! À ce moment-là, je détestais l’école et mes parents ont fini par accepter de m’inscrire à Saint-Luc en secondaire, et j’ai continué là en supérieur. Mais après mes études, je n’avais pas encore envie de travailler. Donc j’ai étudié la communication à la Haute Ecole de la Province de Liège. Enfin, j’ai fait un formation chez CréaPME pour créer mon entreprise, qui a maintenant un an et demi.

Quatremille : Si tu devais définir ton univers photographique en un paradoxe, quel serait-il ?

Jehanne Moll : Tout le monde me dit que mes photos sont très douces et lumineuses, je pense que c’est principalement défini sur mes photos de mariages et de portraits. Mais c’est vrai que j’aime que mes photos soient légères.

Quatremille : Qu’entends-tu par « légères » ?

Jehanne Moll : J’aime qu’elles soient agréables à regarder, quel que soit le thème. Ne pas avoir une sensation de lourdeur ou de manque de lumière. Mais là, je viens de faire des photos un peu plus sombres, comme mes photos de Londres. Et ce qui m’intéresse beaucoup pour le moment, c’est la matière, que ce soit de la peau ou du tissu, j’essaie de faire ressortir du contraste. Par exemple, si j’ai une maman qui va poser sa main sur l’épaule de sa fille, je vais vraiment m’axer sur le côté « peau à peau », plutôt que seulement sur le geste.

Quatremille : Peux-tu nous expliquer ton expérience londonienne ?

Jehanne Moll : J’y suis allée pour le boulot, j’avais un mariage à Londres. Ça m’a vraiment fait du bien de changer complètement de décor. J’étais très attachée à plein de détails qu’eux ne voient même plus, à force de les voir tous les jours. Et j’en ai profité pour rester un peu plus longtemps et faire d’autres photos.

Quatremille : Dans cette société inondée d’images, qu’est-ce qui, selon toi, fais sortir les tiennes du lot ? Et comment te positionnes-tu en tant que photographe vis-à-vis de cette réalité ?

Jehanne Moll : Je crois que ce qui fait que je suis toujours là après dix ans, c’est que je ne lâche pas le morceau. Tous les matins je regarde mes souvenirs Facebook « ce jour-là », et il ne se passe pas un jour sans que je vois que je recherchais des modèles, ou que je publiais des photos.

Quatremille : Et quand tu regardes ces anciennes photos, vois-tu des évolutions par rapport à maintenant ? Est-ce que tu t’autocritiques ?

Jehanne Moll : En mariage, oui, il y a clairement une grosse évolution. Sur les autres photos, il y en a que je regarde avec tendresse. Et il y en a d’autres où je me dis que j’avais un sacré culot. La pire chose que j’ai pu faire, c’est d’envoyer au Vif Week-End une proposition de cover où j’avais détourer le logo du magazine sur Paint. J’avais fait un autoportrait, mais les photos étaient abjectes. Ils ne m’ont jamais répondu. À l’époque, il y a beaucoup de choses que j’osais, je pense que je me posais moins de questions, étant plus jeune.

Quatremille : Au niveau du mariage, comment fais-tu pour ne pas tomber dans le cliché ? Et aussi, comment fais-tu pour mettre ta personnalité dans ta photographie ?

Jehanne Moll : Je guide mes clients. Je leur dis toujours que je fonctionne de manière entière, j’essaie d’être comme une amie qui va faire un reportage, pouvoir me faufiler un peu partout et ne pas mettre de distance entre eux et moi. Je me sens super libre, la plupart de mes clients me disent qu’ils me font confiance.

Quatremille : Comment rencontres-tu tes clients ?

Jehanne Moll : Il y a beaucoup de bouche à oreille. Liège est un village donc les noms circulent assez vite. J’ai pas mal de clients grâce à des blogs, un qui m’a beaucoup aidé c’est And I Said Yes. Parfois, ce sont des connexions improbables. Par exemple, j’ai fait un shooting avec la boutique vintage Miscellany car elle avait vu une de mes interviews dans le magazine Kactus.

Quatremille : Si tu devais définir ton style ? Quelle est l’âme de tes photos ?

Jehanne Moll : Je pense que « lumineux » est un terme qui revient souvent. « Féminin » aussi. En tout cas, j’essaie toujours de mettre une histoire dans mes photos.

Maintenant pour le mariage, il y a des moments que je sais anticiper. Je sais dire si une personne va pleurer, il y a des signes que j’arrive à reconnaître. Généralement, j’attends que ce moment se termine, car ce n’est pas le plus intéressant. Par exemple, si des personnes se prennent dans les bras, j’attends qu’elles se reculent, qu’elles se regardent. L’émotion retombe et il y a des échanges, des regards beaucoup plus intenses.

Quatremille : Quel a été ton meilleur souvenir ou ta meilleure expérience ?

Jehanne Moll : Je pense que c’est lorsque j’ai rencontré Agnes Obel en étant l’assistante de Lisa Carletta. Je l’ai revue aux Ardentes et elle m’a reconnue grâce à mes cheveux, c’était complètement dingue car je n’étais que la stagiaire ! Elle m’a alors proposée de l’accompagner dans sa loge alors qu’elle avait une interview avec la RTBF. J’en ai profité pour faire quelques photos discrètement, pour ne pas déranger les journalistes.

Quatremille : Quel rôle Liège a-t-elle joué dans la construction de ton projet (tremplins/freins) ? Est-ce une ville où il est possible de vivre de son art, selon toi, et est-ce ton cas ?

Jehanne Moll : Je suis partie un an et demi, mais je suis revenue car j’étais trop loin de Liège selon moi. Je pense que ce qui fait aussi la réussite d’un entrepreneur, c’est d’être tout le temps dans le flot de ce qui se fait, il y a toujours des connexions à faire. Cela fait un an et demi que je suis de nouveau à Liège, et ma carrière a vraiment évolué depuis. Je me sens bien ici, et ça ne m’empêche pas d’aller dans d’autres villes. À Liège, j’ai l’impression que tout le monde se connaît et qu’il y a beaucoup de respect entre les entrepreneurs.

Quatremille : Si tout était possible, quel sujet rêverais-tu de photographier ?

Jehanne Moll : J’aimerais bien refaire des portraits avec des musiciens. Un jour je me suis retrouvée à l’ancienne Belgique et j’ai été parler au manager de Thomas Azier en lui disant que je ne partirais pas tant que je n’aurais pas d’adresse mail. Je voulais absolument faire des photos avec lui, c’est mon objectif de cette année. Je pense que les moments où j’ai vraiment avancé, c’était grâce à mon culot.

Quatremille : Peux-tu nous parler de ton rôle dans Boulette à la Liégeoise ?

Jehanne Moll : Je suis juste rédactrice, j’ai rejoint l’équipe il y a un peu plus d’un an et demi. Je fais des photos aussi, et en termes d’articles ce sont surtout des chroniques sur des ouvertures de lieux qui me plaisent ou sur des sujets un peu plus poussés, ou alors des portraits d’artistes.

Quatremille : Quelles sont tes actualités à venir ?

Jehanne Moll : Dans un mois, je pars en formation dans une ferme en Islande. J’ai choisi de faire un workshop mariage en me disant que ça me permettrait un peu de changer, de faire des photos en pleine nature, avec des paysages qui font rêver.

Généralement, je suis plus dans l’humain que dans la nature, même si j’essaie parfois d’intégrer des paysages dans mes reportages. Les photos qui arrivent à raconter des histoires juste avec des paysages, ça me fascine, mais je n’y arrive pas encore. C’est aussi pour ça que je fais ce workshop avec des photographes qui sont très habitués à faire du « story-telling » en image.

Quatremille : L’interview touche à sa fin, veux-tu rajouter un mot ?

Jehanne Moll : Ce qui m’a beaucoup aidée c’est de me définir comme entrepreneuse, je me sens plus entrepreneuse qu’artiste. Le fait d’être indépendante me rend plus sûre de moi. Et j’ai l’impression que je suis sortie de l’image négative qu’on peut avoir du statut d’artiste.

Quelques photos de l’interview !

    

    

    

    

…et quelques photos de ses travaux !

     

     

     

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